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Des victimes du fraudeur Daniel Bard racontent leur calvaire

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Les victimes des stratagèmes de fraude de Daniel Bard ont vécu un véritable cauchemar. L’argent qu’ils ont investi et perdu a fragilisé leur entreprise respective. Dans certains cas, ils ont mis une croix sur de nouveaux projets d’affaires. Et le stress du processus judiciaire s'est répercuté sur leur santé physique et psychologique.

Daniel Bard devra passer 5 ans derrière les barreaux. Le 14 juillet dernier, il a été reconnu coupable de fraude, de tentative de fraude, de possession de biens criminellement obtenus et de blanchiment d’argent.

Daniel Bard à sa sortie du palais de justice de Moncton.

Daniel Bard à la sortie du palais de justice de Moncton lors de son deuxième procès en janvier 2026.

Photo : Radio-Canada / Rachel Gauvin

Il devra rembourser 531 000 $ aux entreprises à qui il a soutiré de l’argent, et ce, avant 2036, sans quoi il devra purger quatre années supplémentaires de prison.

Des victimes rencontrées au lendemain du prononcé de sa peine ont accepté de nous raconter leur histoire. Ils nous expliquent comment cette saga judiciaire a eu non seulement un impact sur leur entreprise, mais aussi sur leur santé.

La trahison d'un ami

L’homme d'affaires Luc Bernard n'aurait jamais cru être trahi de la sorte par son ami Daniel Bard. Ils se connaissaient depuis près de 30 ans.

Ma relation avec Daniel remonte à loin. Dans les années 90, il était vendeur et il venait chez nous une fois par mois. Je le connaissais très bien. On sortait dîner et je le considérais comme un ami, raconte-t-il.

Un homme fait du jardinage

Luc Bernard a décidé de prendre une semi-retraite après ce long procès qui lui a causé des problèmes de santé.

Photo : Radio-Canada / Gilles Boudreau

En 2016, Luc Bernard fonde une compagnie, HIL Group. Il veut ouvrir une usine dans le Restigouche pour transformer des déchets organiques en capsules combustibles.

On faisait beaucoup de recherche et de développement avec l’Université de Fredericton. Il a su entre les branches qu’on cherchait une ligne pour faire le recyclage des déchets organiques. Il connaissait une compagnie en Espagne. Nous sommes allés [la] visiter. C’était vraiment bien. C’est là qu’on a commencé notre relation d’affaires.

Daniel Bard lui a fait miroiter un prêt de 4 millions de dollars pour réaliser ce projet, un prêt qu'il n'aurait pas à rembourser. Sa compagnie devait seulement verser de l'argent pour les honoraires d'avocats et les frais administratifs. Luc Bernard a donc investi 100 000 $, dont une partie provenait de l'argent reçu des assurances après le décès de son fils.

Malheureusement je ne croyais pas que quelqu’un pouvait être cruel de même.

Un homme nous pointe un tableau où on voit des photos de son fils décédé

Le fils de Luc Bernard, Hervé, est décédé accidentellement en 2012. Il voulait investir l'argent qu'il avait reçu des assurances dans un projet de développement économique dans le Restigouche.

Photo : Radio-Canada / Gilles Boudreau

C’est comme si la plaie de son décès était ouverte de nouveau. C’était vraiment dur à prendre, j’ai fait une grosse dépression. Pendant cinq ans j’avais de la misère à fonctionner. J’ai pogné toutes sortes de maladies causées par le stress. J’avais honte, c’est comme si j’avais trahi mon garçon. J’avais perdu l’argent qui était fait pour aider. Je me sentais coupable, dit-il aujourd'hui.

Un projet familial brisé

Daniel Bard a aussi ruiné le projet d’affaires d’Étienne Haché et sa famille. En 2019, ils voulaient ouvrir une usine de cannabis médical dans la région de Miramichi.

Ils ont été présentés à Daniel Bard par un courtier financier en qui ils faisaient confiance. Ils ont perdu 200 000 $, dans cette relation d'affaires. Selon son modus operandi, Daniel Bard leur promettait un prêt non remboursable de plusieurs millions de dollars.

On avait reçu tous les permis de Santé Canada. On était dans le dernier processus. On avait acheté une bâtisse. On avait acheté des serres. On était presque prêts et on avait besoin d’un investissement pour finir le projet parce qu’on avait déjà mis beaucoup de notre propre argent, relate Étienne Haché.

Un homme avec une chemise grise devant un mur de brique

Étienne Haché était dans la jeune vingtaine lorsque la compagnie familiale a été victime de fraude de la part de Daniel Bard.

Photo : Radio-Canada / Gille Boudreau

Quand il a réalisé que Daniel Bard n’allait pas le rembourser, il est tout de même resté en contact avec lui, dans l'espoir de récupérer son argent.

Il m’appelait pendant que ça se passait : "On va-tu en Harley, on va-tu pour une drive?" Pendant ce temps-là, je pensais : "Il a acheté sa moto avec notre argent? Ou avec l’argent de toutes les autres personnes fraudées?" C’était encore pire, ça m'enrageait.

Tout cela a été une période difficile de la vie d'Étienne Haché, non seulement parce qu'il a perdu de l'argent, mais en raison de l'impact que cela a eu sur sa famille.

C’était dur sur mes parents, ma mère, mon père, mon oncle qui fait partie de l’entreprise. C’était un temps physiquement dur, mais aussi mentalement dur, confie-t-il.

Un processus judiciaire interminable pour les victimes

Les procédures judiciaires ont été longues. Daniel Bard a été accusé en juillet 2022, mais ce n'est que quatre ans plus tard, après deux procès, qu'il a été reconnu coupable de fraude, de tentative de fraude, de possession de biens criminellement obtenus et de blanchiment d’argent.

Deux hommes à leur sortie du palais de justice de Moncton.

Étienne Haché (à gauche) et son père François Haché ont témoigné avoir donné 200 000 dollars à Daniel Bard et n'avoir rien obtenu en retour.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Au début des procédures judiciaires, Daniel Bard avait demandé l’aide juridique, ce qui lui a été refusé. Il a tout de même obtenu que le gouvernement couvre ses frais juridiques.

Son premier procès a débuté en avril 2025. Son avocat du moment, James Mattheson, s’est retiré du dossier en raison de problèmes de santé. Son procès a alors été annulé par la juge Anne Richard.

Pendant le premier [procès], c’était difficile de s’asseoir en face de lui et de le voir sourire. J'avais l’impression que ça ne le dérangeait pas. Par la suite, avec tous les délais, ç'a été frustrant. Après le premier procès, on avait perdu espoir, on ne pensait pas qu’il allait passer du temps en prison, se remémore Étienne Haché.

Son deuxième procès a débuté en janvier 2026. Son avocat, Nelson Peters, a demandé à deux reprises l’arrêt des procédures en vertu de l’arrêt Jordan, demandes qui ont été refusées.

La façade du palais de justice de Moncton

Le procès de Daniel Bard s'est déroulé en Cour provinciale, au palais de justice de Moncton l'hiver dernier.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

L'attente a été pénible pour les entrepreneurs floués, qui ont dû raconter leur histoire plusieurs fois.

Étienne Haché a eu beaucoup de difficulté à écrire sa déclaration à la cour la veille du prononcé de la peine de Daniel Bard.

Dans une lettre de quatre pages, il a tenu à parler de l’impact que cet épisode a eu sur sa santé mentale.

J’en avais pas beaucoup parlé avant cette lettre-là. Les procureurs m’ont demandé d’aller lire ma lettre en cour, mais j’ai refusé. Ça m’a pris tout mon courage pour écrire cette lettre, c’était difficile, explique-t-il.

Il s'est beaucoup questionné et a souffert d'anxiété.

Au moment des événements j’étais un jeune homme dans ma vingtaine. Je commençais dans l’entreprise à mon père et je ne voulais pas le décevoir.

Pendant cinq ans il ne verra pas le soleil

Luc Bernard et Étienne Haché ont très peu d’espoir de récupérer leur argent.

Ces deux entrepreneurs sont toutefois satisfaits de la peine imposée à leur fraudeur par la juge Anne Richard.

Luc Bernard souhaite que cette peine dissuade d’autres fraudeurs potentiels.

Peut-être que le bon [côté des choses] c’est que ça va envoyer un message aux autres, souhaite-t-il.

Un homme avec une veste jaune et casque blanc sur un site de construction.

Étienne Haché dit que sa famille est soudée serré. C'est ce qui leur a permis de traverser l'épisode de fraude de Daniel Bard.

Photo : Radio-Canada / Gilles Boudreau

Luc Bernard croit qu’un crime financier est aussi douloureux que tout autre crime pour les victimes. Un crime c’est un crime. Je sais qu’un [meurtre], c’est la vie de quelqu’un. Mais ruiner la vie de quelqu’un, c’est quasiment aussi important. Dans les deux cas, tu ruines une vie.

Étienne Haché croit que sa compagnie a survécu à cette épreuve en raison des liens solides qui unissent les membres de sa famille. Aujourd’hui, ils poursuivent leurs activités dans le domaine de la construction.

Il a affecté beaucoup de familles, des petites entreprises, des personnes que c’était leur vie. C’est dur.

Luc Bernard, de son côté, a décidé de prendre une semi-retraite. Il prend maintenant du temps pour lui, après toutes ces années de stress.

Ces hommes d’affaires n’ont aucun regret. Ils disent avoir dénoncé Daniel Bard et témoigné contre lui au nom de la justice, même si la saga a été un long chemin de croix.

Pascal Raiche-Nogue.

2:18

Le fraudeur Daniel Bard est condamné à cinq ans de prison. Les explications du journaliste Pascal Raiche-Nogue.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Léger

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