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Terre-Neuve-et-Labrador connaîtrait, pour une rare fois de son histoire, une vague d’immigrants francophones en provenance du Québec. La principale raison : la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), en novembre 2025, et les restrictions en matière d’immigration qui font en sorte que plusieurs nouveaux arrivants ressentent le besoin de quitter rapidement la Belle Province.
C’est le cas d’Andrii Oliinyk, qui a immigré seul au Québec à l’âge de 20 ans pour fuir la guerre en Ukraine, son pays d’origine. S’il a appris le français, travaillé et bâti sa vie pendant trois ans, il affirme qu’aucun programme ne lui permet aujourd’hui de présenter une demande de résidence permanente au Québec.
Je trouve que la vie au Canada, c'est beaucoup mieux. Je voudrais vivre ici. Mais au Québec, il n'y a pas de choix pour moi.
Bien que le ministre de l'Immigration du Québec, François Bonnardel, a annoncé que le PEQ rouvrira le 2 juillet 2026 pour deux ans, France Houle, professeure titulaire à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, pense que la confiance est maintenant brisée.
Selon elle, si les nouveaux arrivants n’avaient pas atteint les objectifs du PEQ au 19 novembre 2025, ils ne pourront pas présenter une nouvelle candidature dans l'état actuel des choses. Espérer un changement après les élections québécoises du 5 octobre s’accompagne aussi de nombreuses incertitudes.
Ces personnes sont pourtant, pour la plupart, francophones ou ont appris le français grâce à des programmes d’immersion ou en vivant au Québec. Elles y ont travaillé, suivi des formations, apprivoisé la culture québécoise, trouvé un emploi et un logement.
Mais rapidement, l’espoir de pouvoir y rester s’est transformé en illusion.

Régis Guyot, directeur général d'Horizon TNL, un réseau de développement économique francophone à Terre-Neuve-et-Labrador, en marge d'une rencontre organisée le 13 novembre 2025 à Saint-Jean. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Une situation que Régis Guyot, directeur général depuis huit ans à Horizon TNL, un organisme francophone qui accompagne les immigrants d’expression française dans leur recherche d’emploi, voyait venir depuis longtemps.
Selon lui, le fait qu'il soit plus difficile pour les immigrants d’obtenir la résidence permanente au Québec les pousse à venir à Terre-Neuve-et-Labrador.
Je pense qu’ils ont eu une certaine idée de ce qu'était l'immigration au Québec et de promesses qui n'ont peut-être pas abouti.
Ça a commencé il y a à peu près trois ou quatre mois. On a eu une dizaine de personnes, puis une trentaine. Puis là, je pense qu'on arrive peut-être à la quarantaine, explique Régis Guyot. On s’est dit : comment on va faire pour accueillir autant de gens?
Partir et aider dans l'urgence
Ce sont souvent les mêmes profils, c'est-à-dire des gens qui n'arrivent pas à renouveler leur permis et [...] dont le permis expire dans deux ou trois mois. Donc ils sont un petit peu en état d'urgence, dit M. Guyot.
Andrii Oliinyk, installé à Saint-Jean depuis maintenant huit mois, a aussi trouvé son chemin via Horizon TNL. Il redonne maintenant aux autres en travaillant comme coordonnateur de l’intégration économique auprès des immigrants temporaires titulaires d’un permis de travail ou d’études.
Les gens qui viennent au Canada, ce n’est pas juste pour deux ou trois ans. Ils veulent vraiment vivre ici!
La tâche est toutefois immense compte tenu du nombre croissant de nouveaux arrivants francophones qu'anticipe Horizon TNL. Il y a vraiment beaucoup de personnes qui arrivent. On voit notamment de plus en plus de gens venir du Québec parce que leur permis de travail arrive à échéance, explique M. Oliinyk.
Dans le cadre de son travail, il a rencontré de nombreuses personnes ayant étudié et obtenu un diplôme au Québec et acquis les compétences recherchées sur le marché du travail. Pourtant, en raison de la fin du PEQ, plusieurs d’entre elles estiment n’avoir aucune possibilité d’obtenir la résidence permanente au Québec.

Des militants se sont réunis à Montréal pour dénoncer la fin du PEQ. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Aimée Lemieux
C’est aussi la situation d’une jeune femme originaire du Maroc qui a décidé de ne pas dévoiler son identité en raison de sa situation délicate.
Elle a récemment fait appel à Horizon TNL pour trouver un emploi, après s'être sentie contrainte de quitter le Québec en plein mois de février. Elle y habitait depuis deux ans et travaillait notamment dans le domaine de la petite enfance, un domaine où il y a pénurie de personnel.
J’ai appris beaucoup de choses, j’ai fait énormément de formations. Dans ma tête, j’ai toujours voulu rester et faire ma demande pour la résidence permanente dans le cadre du PEQ, confie-t-elle.
Et puis en novembre 2025, d’un seul coup, elle apprend que le programme n’existe plus. Loin d’être seule dans cette situation, elle décide de partir.
Ce n’était vraiment pas facile. Tu dois recommencer ta vie encore à zéro. Au Québec, j’avais loué mon appartement, je l’ai meublé, j’étais bien installée. J’avais un travail. Ce n’était pas facile du tout! Et c’est triste! [...] On dirait que j'ai à nouveau changé de pays.
La jeune femme d'origine marocaine explique qu’elle a choisi Terre-Neuve-et-Labrador parce qu’elle a entendu dire qu’il y est plus facile d’obtenir sa résidence permanente. Elle compte bien rester dans cette province si elle réussit à obtenir ce statut. Je suis fidèle, précise-t-elle.
Elle s'estime par ailleurs chanceuse d'avoir décroché un emploi seulement 20 jours après son arrivée, alors qu'elle dit voir beaucoup de personnes qui ne trouvent pas.
Une perte pour le Québec, dit une experte
C'est extrêmement malheureux parce que le Québec a énormément investi dans ces personnes en termes de francisation pour certains et en termes de différents services d'intégration. Ce sont des personnes qui sont bien intégrées, donc ce sont les immigrants que l'on recherche, et là on les perd, affirme France Houle, de l'Université de Montréal.
Selon elle, le gouvernement a aboli le PEQ en grande partie à cause des abus venant des établissements postsecondaires, mais surtout collégiaux, qui avaient créé des programmes uniquement afin d'aller chercher des étudiants internationaux.
Le Québec, depuis la fin de la pandémie, cherche à contrôler son immigration. Puis, il y a certains aspects que le Québec contrôle, mais d'autres non, qui relèvent du gouvernement fédéral. Donc, le PEQ, c'est un programme que le gouvernement du Québec contrôle. Donc, c'était facile de fermer le robinet de ce programme, souligne Mme Houle.
T.-N.-L. soutiendra-t-elle l'immigration francophone?

Tony Wakeham, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, et Lin Paddock, ministre de l'Immigration et des Affaires francophones.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
[La moitié des nouveaux arrivants en provenance du Québec] ne parlent pas anglais. Et la difficulté, elle est là, c'est que dans notre province, on est en minorité. Il faut parler anglais, c'est nécessaire. C'est la principale barrière que l'on a au niveau de ces immigrants temporaires, prend le temps de souligner M. Guyot.
Pour lui, il est donc extrêmement important pour un immigrant d'avoir un suivi en français pour le guider. Le gouvernement provincial devrait alors, selon M. Guyot, appuyer son organisme davantage pour l'aider à bien accueillir ces personnes.
On n'a qu’Andrii qui s’occupe des résidents temporaires. Cette personne va crouler sous le travail. Donc, on demande de l'aide au niveau de la province, une aide supplémentaire pour pallier justement à cette vague migratoire, confie M. Guyot
Lin Paddock, ministre de l'Immigration et des Affaires francophones à Terre-Neuve-et-Labrador, affirme que son gouvernement a offert l’an dernier plus de 200 000 $ à Horizon TNL pour soutenir l’intégration économique des immigrants francophones.
Le ministre affirme que le maintien de ce soutien provincial en 2026 dépendra en grande partie des fonds fédéraux disponibles, malgré des besoins croissants chez les francophones.
Le ministre de l'Immigration du Québec, François Bonnardel, a décliné notre demande d’entrevue.


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