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En 1948, la France met en service son tout premier réacteur nucléaire, Zoé, faisant entrer le pays dans une nouvelle ère énergétique. Mais cette révolution va vite soulever une question cruciale : que faire des déchets radioactifs produits ? Si les résidus de haute activité comme le combustible usé sont entreposés à terre dans des sites de stockage dédiés, la question se pose pour les déchets de faible activité, qui représentent la masse la plus importante. Il s'agit du matériel contaminé comme les vêtements de protection, les filtres, les outils, les déchets de laboratoire ou encore les boues et concentrats radioactifs issus du traitement des eaux des installations nucléaires.
D'où vient cette lumière mystérieuse sous la mer à Los Angeles ?
Le fond de la mer, au large de Los Angeles, contient d'anciens barils qui émettent une lumière étrange. Une étude montre qu'ils contiennent des substances encore plus toxiques que ce que l'on croyait, mais il reste de nombreuses questions sans réponse.... Lire la suite
Fûts à la mer !
Pour éviter d'encombrer les centres de stockage, il est alors décidé de conditionner ces déchets dans des fûts métalliques remplis de ciment et de les jeter... à la mer. Une solution qui peut paraitre aberrante aujourd'hui, mais qui s'était imposée à l'époque au sein de la communauté scientifique internationale comme la meilleure option. Les fonds océaniques représentent en effet un milieu géologiquement stable et isolé, apportant une protection suffisante et surtout très peu couteuse. De plus, on considère que s'il y a des fuites, les faibles quantités de radionucléides seraient très fortement diluées dans l'océan, limitant leur impact sur les écosystèmes.
Entre 1950 et 1990, plus de 200 000 fûts remplis de déchets radioactifs seront ainsi être jetés par-dessus bord dans l'océan Atlantique. Cette pratique, adoptée par la France et plusieurs autres pays, sera finalement interdite en 1993 par la Convention de Londres. « Loin des yeux, loin du cœur » : les fûts abandonnés seront alors progressivement oubliés à leur sort. Jusqu'en 2025. Ces dernières années, une question se pose en effet : ces fûts immergés depuis plus de 35 ans sont-ils encore étanches ? Ont-ils eu un impact sur les fonds marins et représentent-ils encore une menace radiologique ? Pour répondre à ces questions, une seule solution, aller voir sur place. Sauf que personne ne sait exactement où gisent ces milliers de barils.
Image prise en 1984 d'un fût de déchet radioactif posé au fond de l'océan Atlantique © Ifremer, 1984, CC BY 4.0
Évaluer l’état des fûts et leur impact sur les écosystèmes
Durant l'été 2025, le CNRS met donc sur pied une mission océanographique dont le but est dans un premier temps de localiser précisément l'ensemble des fûts grâce à une cartographie sonar des fonds marins. Ce travail réalisé, des équipes de chercheurs ont pu passer à la deuxième phase du projet Nodssum (North-East Atlantic Dumpsite Site Survey Using Mapping and Monitoring). En mai et juin 2026, des scientifiques ont ainsi plongé dans les plaines abyssales de l'Atlantique à bord du sous-marin français Nautile.
Même si la pratique est aujourd’hui interdite, plus de 200 000 fûts remplis de déchets radioactifs gisent au fond de l’océan Atlantique. Que sont-ils devenus ? Ont-ils eu un impact sur les écosystèmes marins ? Pour répondre à ces questions, des équipes de scientifiques vont bientôt prendre la mer avec un premier objectif : cartographier précisément la localisation de chacun de ces fûts.... Lire la suite
À 4 700 mètres de profondeur, ils sont tombés sur les fûts repérés un an plus tôt. Et ce qu'ils ont vu les a plutôt surpris. De nombreux fûts présentent en effet des états de dégradation avancés, mettant à nu leur contenu figé dans de la résine, du bitume ou du ciment. Un déversement de matière est d'ailleurs parfois observé sur le fond.
Fût contenant des déchets radioactifs retrouvés au fond de l'océan Atlantique. On observe une dégradation sévère et un épanchement de matière sur le fond. Malgré cela, le fût a été colonisé par de nombreux organismes marins © Campagne NODSSUM, CNRS, Flotte océanographique française, Ifremer, Miso Facility/WHOI
Des échantillonnages et mesures de radioactivité ont été réalisés. Sans surprise, ces dernières révèlent des concentrations anormalement fortes de certains radionucléides comme le cobalt 60, le plutonium 239-240, le césium 137 et l'américium 241. À noter toutefois que les taux de radioactivité mesurés restent faibles, permettant notamment la manipulation des échantillons sans risque pour les scientifiques.
Une étonnante biodiversité
Mais le vrai étonnement vient de la biodiversité. Loin d'être une zone sans vie, les abords des fûts et les fûts eux-mêmes apparaissent colonisés par de très nombreux organismes marins : anémones, coraux, crabes et poissons, et cela malgré la radioactivité émise localement. Si ces observations apportent donc plutôt de bonnes nouvelles, cela ne signifie pas pour autant que les écosystèmes des grands fonds n'ont pas été impactés et que cette pratique serait à reproduire.
« Les fûts modifient l'environnement en offrant un substrat dur qui se trouve colonisé, facilitant potentiellement ces transferts de radionucléides vers les organismes vivants, avec des conséquences encore inconnues, qui vont être évaluées par le projet NODSSUM, expliquent Javier Escartin et Patrick Chardon, responsables de la mission, dans cet article de The Conversation. Les résultats de l'analyse des échantillons fourniront, dans les mois à venir, des indices sur l'impact de ces écosystèmes, y compris les microorganismes, ainsi que sur leur rôle dans le transfert et la mobilisation de ces radionucléides ».


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