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Unissant leurs voix, huit chefs autochtones rejettent catégoriquement la suspension de certains articles de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones, une loi provinciale, aussi appelée DRIPA. Ils remettent désormais en question le leadership de David Eby comme premier ministre de la Colombie-Britannique.
David Eby entend déposer un projet de loi pour suspendre en partie la DRIPA jusqu’au 31 mai 2029. Cela pourrait se faire dès la semaine du 13 avril. CBC/Radio-Canada a obtenu une copie des documents qui décrivent les articles qui pourraient être suspendus.
Une partie de cette suspension est liée au fait que la Colombie-Britannique doit harmoniser ses lois avec l'article 35 de la Constitution du Canada et avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Toujours vendredi, le premier ministre a mis l’accent sur la décision concernant les droits miniers des nations Gitxaala et Ehattesaht qui affirme que la loi provinciale ne s'harmonise pas avec la DRIPA.
David Eby croit que cette décision rend la Colombie-Britannique vulnérable aux litiges et pourrait remettre en cause de grands projets de ressources naturelles de la province.
Cette volonté de suspendre en partie la DRIPA irrite des chefs autochtones, puisque, selon eux, légalement, la Colombie-Britannique ne serait plus forcée d'arrimer ses lois avec les droits constitutionnels des Autochtones. Ils considèrent la DRIPA comme un outil de travail qui permet aux deux gouvernements de négocier de bonne foi.
La cheffe héréditaire de Lyackson, Shana Thomas, et le chef de la Première Nation Simpcw, George Lampreau, affirment que, sans cet outil, les Premières Nations seront forcées de saisir la justice si leurs droits n'étaient pas respectés.
George Lampreau ajoute que c’est, selon lui, David Eby qui alimente l’incertitude face aux grands projets de ressources naturelles qui sont allés de l’avant grâce au processus de consultation avec des communautés autochtones.
Si vous, [David Eby], décidez de suspendre nos droits de manière unilatérale, que pensez-vous qu’il va arriver lorsque nous allons suspendre nos approbations des projets sur nos territoires?
Les chefs de ces Premières Nations dénoncent aussi le climat politique toxique et la montée du racisme qu’ils observent dans leurs communautés.
Ils soulignent que, d’un côté, le Parti conservateur, qui représente l’opposition officielle, veut abroger la DRIPA, et que, de l'autre côté, le Nouveau Parti démocratique (NPD) de David Eby veut modifier ou suspendre la loi provinciale.
Un caucus déchiré?
Les huit chefs de Premières Nations ont aussi fait appel au caucus néo-démocrate et aux autres députés qui ont les droits des personnes à cœur pour qu'ils votent contre le projet de loi.
Il s'agit notamment du grand chef Stewart Phillip, dont la femme, Joan Phillip, est une députée néo-démocrate. Il affirme que cette situation pèse sur les épaules de cette dernière qui se bat pour défendre les droits des Autochtones depuis son adolescence.
Joan est accablée de chagrin par la situation. Je ne veux pas parler en son nom, mais je sais qu’elle est contre toute modification à la DRIPA.
Le grand chef prévient aussi le caucus néo-démocrate qu’il a un grand problème de leadership, soit celui de David Eby. Ce problème colossal de leadership vous coûtera les élections et entachera la crédibilité de votre parti.

La députée néo-démocrate de Vancouver-Strathcona, Joan Phillip, est élue depuis 2023. Elle est ici aux côtés de son conjoint, le grand chef Stewart Phillip, lors de la soirée électorale en octobre 2024.
Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck
Ce sentiment est le même du côté du chef régional de l'Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique, Terry Teegee, qui croit que le gouvernement s’est mis à dos les Premières Nations.
De plus, Stewart Phillip allègue que le premier ministre n’a pas mis son caucus au courant des décisions qu’il a prises, comme les premiers changements proposés à la loi provinciale, la suspension en partie de la DRIPA et le projet de loi lié à un vote de confiance.
Selon des sources, plusieurs membres du caucus néo-démocrate ont mentionné leurs craintes face à la suspension en partie de la DRIPA à David Ebylors d'une rencontre jeudi.
L’ancien député du Parti vert et négociateur de la Première Nation Tsartlip, Adam Olsen, était aux côtés des chefs. Il reconnaît que cette situation met beaucoup de pression sur certains élus.
Ce projet de loi [soumis à un vote de confiance] met beaucoup de pression sur certains députés néo-démocrates. Il revient aux autres d’alléger la tension et de se soulever pour les droits de la personne.
En tout, trois députés du NPD sont Autochtones : Joan Phillip, Debra Toporowski et Tamara Davidson.
David Eby assure que son caucus a des points de vue différents, mais qu’il est uni et que les députés peuvent librement parler pour le bien de leur communauté, y compris Joan Phillip.
Comme le projet de loi sera soumis à un vote de confiance, si celui-ci n’est pas adopté, le gouvernement de David Eby tombera, et de nouvelles élections seront déclenchées.


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