L’ambassade de Russie à Berne a publié mardi un communiqué acide sur «la situation des droits de l’homme en Suisse». «L’image de la Confédération comme pays modèle en matière de droits de l’homme est compromise», affirme-t-elle. Le texte évoque des «carences graves», parmi lesquelles une augmentation des actes antisémites et de la discrimination envers les citoyens russes, les pratiques contestées de plusieurs multinationales dont Glencore et Nestlé et un système politique imparfait.
La Russie, dont le président Vladimir Poutine est visé depuis 2023 par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, s’étonne que le pays n’ait organisé aucun référendum national à propos des sanctions contre Moscou et sur la participation de Berne à des accords et projets militaires européens. «Des référendums sont souvent organisés sur des sujets mineurs et sans importance, tandis que les décisions et actions gouvernementales clés en matière de politique étrangère et de défense ne sont souvent même pas soumises au vote», juge l’ambassade, sise rue Brunnadernrain à Berne.
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Ce diagnostic, aussi acerbe qu’intéressé, fait suite à un rapport de 1700 de pages des ministères des Affaires étrangères russe et biélorusse – deux pays accusés de torture, détentions arbitraires et disparitions forcées. Publié en juin dernier, ce dossier est consacré aux violations des droits humains commises dans les pays qui composent le bloc occidental; en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie.
La fin du rapport est agrémentée de nombreuses photos, notamment d’images d’une prison suisse et de policiers lors de manifestations pour la Palestine à Berne, Zurich et Lausanne. Il contient aussi des références d’articles de Swissinfo, de 24 Heures, du Berner Zeitung et de la RTS, notamment. Les auteurs reprochent toutefois à la presse de minimiser les écarts aux droits humains dans le pays. Ils seraient «publiés avec parcimonie et à contrecœur par les sources gouvernementales suisses et les principaux médias».
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La communication de l’ambassade intervient à deux mois de la votation sur l’initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse», qui demande que la Suisse n’adhère à aucune alliance militaire ou de défense, ni ne prenne de sanctions économiques ou diplomatiques contre un Etat belligérant – sous réserve de ses obligations envers l’ONU. De l’ingérence très nette, souligne le Tages-Anzeiger. Et la preuve, s’il fallait, que le devenir du texte, qui est donné largement perdant, est attentivement suivi par Moscou.
Dans le Tagi, Walter Wobmann, président du comité d’initiative et ancien conseiller national UDC, estime que le rapport confirme «que nous ne sommes plus perçus comme un pays fiable, digne de confiance et neutre». Il estime compréhensibles les critiques sur le fonctionnement de la démocratie suisse, et rejette tout soupçon de proximité avec la Russie. «Si nous ne pouvons pas voter sur des questions essentielles comme les sanctions, on peut avoir l’impression que notre démocratie directe ne porte que sur des sujets secondaires», détaille-t-il.
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En mars dernier, Sergueï Garmonine, l’ambassadeur de Russie en Suisse, estimait dans les colonnes du Temps que «depuis 2022, les autorités suisses ont pris une position explicitement pro-Kiev, gelé illégalement des avoirs financiers russes et adopté la quasi-totalité des sanctions anti-russes imposées par les Etats-Unis et l’Union européenne».
Pour Moscou, la Suisse n’est pas neutre, exposait-il: «un Etat n’est perçu comme neutre que s’il se comporte de manière impartiale envers les deux parties. Ce n’est manifestement pas le cas de la Berne officielle.» L’homme, qui a également exercé en Birmanie, en Turquie et aux Etats-Unis, saluait toutefois le fait que la Suisse agissait «de manière plus modérée qu’un certain nombre d’autres Etats occidentaux» et annonçait que le pays pourrait servir de lieu potentiel pour des négociations.
Lire aussi: Entre Berne et Moscou, un 80e anniversaire et des cachotteriesEn juin, le Service de renseignement de la Confédération a estimé, dans son rapport 2026 sur la sécurité, que la Russie représentait pour la première fois la menace «la plus sérieuse et la plus aiguë» planant sur Berne. «Notre pays est directement pris pour cible au moyen d’actions d’influence, d’espionnage et de cyberattaques», expliquait sont directeur Serge Bavaud dans nos colonnes. Des dizaines d’officiers du renseignement russe évolueraient sur le sol helvétique, souvent sous couverture diplomatique.


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