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OPINION. Je souhaite attirer votre attention sur des affiches électorales actuellement installées à Drummondville, dans le cadre de la campagne de Sylvain Marcoux, candidat indépendant dans Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie.
On peut notamment y lire : «Souriez, vous êtes grand-remplacés!», «Seuls les pays blancs sont envahis», «Canadien français d’abord!», ainsi que «0 % Casher et 0 % Halal».
Au-delà du caractère choquant de ces messages, je crois qu’il est important de s’interroger sur leur impact et sur leur banalisation dans l’espace public.
La référence au «grand remplacement» est particulièrement préoccupante. Il ne s’agit pas simplement d’un slogan contre l’immigration. Il s’agit d’une théorie complotiste fondée sur l’idée que les populations blanches seraient délibérément remplacées par des populations non blanches issues de l’immigration. Cette théorie a été reprise par des mouvements nationalistes blancs et invoquée pour justifier des actes de haine et de terrorisme. L’auteur de l’attentat de Christchurch, qui a assassiné 51 personnes dans deux mosquées en 2019, avait notamment intitulé son manifeste «The Great Replacement».
Dans ce contexte, afficher dans nos rues «Souriez, vous êtes grand-remplacés!» puis affirmer que «les pays blancs sont envahis» n’est pas anodin. Ces mots présentent des personnes issues de l’immigration comme des envahisseurs et leur présence comme une menace pour la population blanche. Ce type de discours a des conséquences réelles : il contribue à désigner certaines communautés comme responsables d’une supposée disparition ou dépossession de la population majoritaire.
La mention «Canadien français d’abord!», lorsqu’elle est placée dans le même message que «pays blancs», «envahis», «grand-remplacés», «0 % Casher» et «0 % Halal», soulève également une question sérieuse de discrimination. Elle introduit une hiérarchie entre les citoyens selon leur origine, alors que la Charte québécoise protège le droit à l’égalité sans distinction fondée notamment sur la race, la couleur, la religion et l’origine ethnique ou nationale.
Il ne s’agit pas ici de contester le droit d’un candidat de défendre des positions nationalistes, indépendantistes ou critiques de l’immigration. Il s’agit de se demander où se situe la limite lorsqu’un discours politique présente des groupes définis par leur origine, leur couleur ou leur religion comme des «envahisseurs» qui «remplacent» une population blanche.
Kenza Bouassi, Drummondville
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