Plus de 330 espèces d’oiseaux se partagent les marais qui entourent les pas de tir de Cap Canaveral. Leur présence doit peu à la bienveillance de la NASA, et beaucoup à sa prudence.
Tout part d’une peur : celle d’une fusée qui explose au décollage.
À retenir
- La NASA a acheté 140 000 acres autour de Cap Canaveral en 1962 pour tenir le public éloigné des fusées.
- Sans urbanisation possible sur cette zone tampon, les marais et broussailles côtières sont restés intacts.
- Le refuge Merritt Island accueille aujourd’hui 358 espèces d’oiseaux, soit 70% des espèces observées en Floride.
Sommaire
Une distance de sécurité devenue sanctuaire
En 1962, la NASA acquiert 140 000 acres de terres, d’eau et de marais sur Merritt Island, à côté de Cap Canaveral, sur la côte est de la Floride. Cela représente environ 570 km², soit plus de cinq fois la superficie de Paris intra-muros. L’objectif est de tenir le public et toute construction à distance des rampes de lancement, au cas où un tir tournerait mal. Le futur Kennedy Space Center s’installe au milieu de ce vide organisé.
Cette zone tampon reste interdite à l’urbanisation sur la majeure partie du domaine. Faute de lotissements, de routes et de marinas, les marais saumâtres et les broussailles côtières sont restés intacts, alors que d’autres tronçons du littoral floridien se sont urbanisés. Sans l’avoir cherché, la NASA a fabriqué un conservatoire.
L’US Fish and Wildlife Service s’est chargé de le faire vivre. Le Merritt Island National Wildlife Refuge y a été créé en 1963 pour protéger les oiseaux migrateurs, par un accord qui le superpose au domaine du Kennedy Space Center. La NASA garde donc ses installations, et l’agence fédérale de la faune gère les terres non aménagées.
Un compteur qui ne cesse de grimper
Le chiffre de 330 espèces est déjà dépassé.
L’USFWS recense aujourd’hui 358 espèces d’oiseaux sur le refuge. Le site se trouve sur l’Atlantic Flyway, un grand couloir de migration, et sert de halte à de nombreux migrateurs. Parmi les nicheurs figurent des pygargues à tête blanche, des pélicans bruns, des spatules rosées et des aigrettes roussâtres.
Les oiseaux ne sont qu’une partie du tableau. Dunes côtières, marais salés, broussailles, pinèdes et forêts de feuillus se succèdent sur le site, et plus de 1 500 espèces de plantes et d’animaux y vivent, dont 15 espèces inscrites sur la liste fédérale. Le geai des broussailles de Floride, un oiseau endémique de l’État, y trouve l’un de ses derniers bastions, et le lamantin fréquente les lagunes. Les eaux libres accueillent aussi 23 espèces de sauvagine en hiver, tandis que hérons, grandes aigrettes et tantales d’Amérique restent à l’année.
Des hérons à quelques kilomètres des lanceurs
Le refuge ne se contente pas de laisser faire. Il entretient les terres sèches par brûlages dirigés et règle les zones humides en jouant sur les niveaux d’eau. Ces gestes reproduisent les incendies naturels et les cycles d’inondation dont dépendent les broussailles et les marais.
Le tout jouxte des rampes de lancement toujours actives.
Depuis un sentier, on aperçoit le gigantesque Vehicle Assembly Building de l’autre côté de la lagune. La route de la Black Point Wildlife Drive, longue de 7 miles (environ 11 km), est la voie royale pour les observateurs. La haute saison pour les oiseaux d’eau court d’octobre à mars, donc elle s’ouvre dans quelques jours. Un pass est obligatoire, en vente au centre d’accueil ou sur Recreation.gov.
Le refuge reste un espace de 140 000 acres seulement sur le papier, car les descriptions de la NASA évoquent parfois 92 000 acres pour la partie strictement réservée à la faune. Avec 358 espèces observées pour 521 espèces d’oiseaux listées dans tout l’État par la Florida Ornithological Society, ce coin de côte concentre près de sept espèces floridiennes sur dix.
Sources : fws.gov | floridahikes.com


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