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Il n’y a pas de manière plus délicate de le dire : plus le monde brûle, plus nos gouvernements détournent le regard. Chaque Jour de la Terre qui passe, le constat sur l’état de la planète s’enfièvre. La science ne nous dit plus « Attention ! » du bout des lèvres ; elle clame plutôt « Ça y est, nous y voilà ! », tentant de convaincre les autorités du monde entier de l’urgence d’agir. Mais même si la crise s’intensifie, la réponse politique s’amenuise, et prend la forme d’un formidable déni de responsabilité à l’endroit des générations futures.
Les faits ne sont pas des plus rassurants. Même si l’envie est forte de sauter par-dessus les constats alarmants, un bain de lucidité constitue le meilleur prélude à l’action. 2026 pourrait être une nouvelle année de chaleur record dans le monde. Le rapport 2025 du Lancet Countdown conclut que 12 des 20 indicateurs des répercussions du réchauffement climatique sur la santé qu’il surveille ont atteint des niveaux records. Ainsi, la mortalité attribuable à la chaleur a bondi de 63 % depuis les années 1990, faisant en moyenne 546 000 morts par année dans le monde.
Les événements météorologiques extrêmes se multiplient, et le Québec n’y échappe pas le moins du monde. Ils gagnent d’ailleurs tous en intensité avec le temps : les pluies, les sécheresses, les canicules, les incendies. Les océans et les zones gelées se détériorent, source d’impacts majeurs directs sur l’humanité et la biodiversité. Certains points de rupture sont imminents, comme la fonte des calottes glaciaires. Cette crise cause le déplacement de populations par millions et menace la sécurité alimentaire. C’est sans compter les coûts économiques en nette croissance.
Mais un peu partout, malgré ce tableau sombre, on observe le même réflexe gouvernemental. Ce n’est plus le déni du problème qui est devenu politiquement intenable. C’est quelque chose de plus sournois : le déni de responsabilité. « On ne nie pas le problème, mais on n’assume pas notre responsabilité », résume Charles Séguin, professeur au Département des sciences économiques de l’UQAM, dans un article du Devoir. La nuance est cruciale. Elle permet aux autorités de tenir un double discours : reconnaître verbalement la crise, tout en reportant les actions susceptibles de fâcher les lobbys ou de peser sur les sondages.
Un magnifique exemple ? Le gouvernement caquiste, qui vient de reporter de cinq ans, de 2030 à 2035, sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le tout au nom d’une « approche équilibrée et responsable ». Tant à Québec qu’à Ottawa, les derniers temps ont soufflé un vent de retour en arrière en matière de lutte contre les changements climatiques, au point qu’on peut s’interroger sérieusement sur ce que cache ce recul. Le gouvernement libéral de Mark Carney a abandonné la taxe carbone, qui constituait le socle de la politique climatique précédente. Il a approuvé et accéléré des projets de gaz naturel liquéfié (GNL), en plus d’ouvrir la voie à de nouveaux oléoducs.
Au Québec, la porte est ouverte à un mégaprojet d’exportation de GNL prévu à Baie-Comeau (projet de la norvégienne Marinvest) dont on sait trop peu de choses. Le Québec est pourtant membre fondateur et coprésident de la Beyond Oil & Gas Alliance, une coalition internationale qui vise ni plus ni moins que la sortie progressive de la production pétrolière et gazière. C’est à n’y rien comprendre. Dans les derniers mois de son mandat de premier ministre, François Legault avait laissé entendre que les décisions du président américain, Donald Trump, avaient forcé le report de la transition énergétique au Québec. Comme s’il était possible désormais de remiser tout scrupule et de plaider pour une économie tenant plus ou moins compte du bulldozer des changements climatiques.
Est-il encore temps ? Oui, mais à peine. Dans le lot de nouvelles à faire pleurer, il y a des touches d’espoir. Comme le fait qu’en 2025, les énergies renouvelables ont comblé toute la nouvelle demande d’électricité dans le monde, que l’énergie solaire a répondu aux trois quarts de ces besoins et que les centrales au charbon et au gaz ont fait du surplace. Ces centrales aux combustibles fossiles répondent encore à la vaste majorité des besoins en électricité sur la planète, mais leur contribution commence à décliner, au profit de l’énergie propre. C’est une nouvelle digne de mention.
La transition est possible. Mais elle exige des gouvernements qu’ils cessent de traiter l’ambition climatique comme un luxe réservé aux périodes de prospérité. En réalité, c’est l’inverse : plus le temps passe, plus les coûts de l’inaction sont exorbitants et plus les options se réduisent. 2026 marquera-t-elle le moment où les citoyens — électeurs, consommateurs, contribuables — cesseront d’accepter la rhétorique du « oui, mais plus tard » de la part de gouvernements qui ont tous les outils pour agir maintenant ? Le monde brûle maintenant.


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