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Dans un lac de Champagne se sont posées en un seul jour 268 120 grues cendrées, attirées par une eau qui n’existait pas il y a cinquante ans

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Le 3 novembre 2019, à l’aube, une douzaine de bénévoles postés autour du lac du Der ont compté 268 120 grues cendrées quittant la cuvette en même temps. C’est le record mondial de concentration d’oiseaux stationnant simultanément sur un site, selon la LPO Champagne-Ardenne qui organise ces comptages chaque automne. Un chiffre qui dépasse de loin les scores habituels de la saison, souvent compris entre 50 000 et 90 000 individus au plus fort du pic migratoire.

Ce jour-là, rien n’était prévu à l’avance. Les grues s’étaient accumulées plus au nord, bloquées par une météo capricieuse, avant de repartir toutes en même temps dès qu’un anticyclone s’est installé. Résultat : un record de 268 120 grues, soit presque la totalité des hivernantes d’Espagne concentrées sur ce seul plan d’eau champenois, le temps d’une escale.

Cinq ans plus tôt, en novembre 2014, un précédent record avait déjà été établi. L’équipe de la LPO Champagne-Ardenne avait alors organisé un comptage exceptionnel de dernière minute après avoir constaté l’arrivée massive de vols migratoires venus d’Allemagne et de Belgique, ce qui avait permis de comptabiliser 206 582 grues, un record européen d’oiseaux stationnant simultanément sur un site. Le score de 2019 l’a pulvérisé, avec une hausse spectaculaire des effectifs par rapport à ce précédent maximum.

À retenir

  • Le lac du Der a accueilli 268 120 grues cendrées le 3 novembre 2019, battant le record mondial de concentration d’oiseaux sur un site.
  • Ce plan d’eau de 48 km² est entièrement artificiel, construit en 1974 pour réguler les crues de la Marne.
  • Le pic migratoire automnal culmine généralement en novembre, avec environ 300 000 grues transitant par le site chaque année.

Sommaire

  1. Un lac qui n’existait pas il y a cinquante ans
  2. Un aimant à oiseaux devenu incontournable
  3. 2019, une exception qui ne se reproduit pas chaque année

Un lac qui n’existait pas il y a cinquante ans

Voilà le paradoxe : cette marée d’oiseaux se pose sur une étendue d’eau totalement artificielle. Le lac du Der est né en 1974, après dix ans de travaux gigantesques, conçu avant tout comme un réservoir pour réguler les niveaux d’eau de la rivière Marne qui alimente la Seine. En 1976, il y a tout juste cinquante ans, le plan d’eau existait à peine depuis deux ans.

Sa fonction première n’a rien de naturel. Le réservoir-Marne, dit lac du Der-Chantecoq, a pour but de renforcer le débit de la Marne en étiage et d’en atténuer l’ampleur des crues, et doit son nom au village de Chantecoq qui fut détruit ainsi que ceux de Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois lors des travaux. Trois villages engloutis pour protéger Paris des inondations.

La cicatrice industrielle s’est muée en sanctuaire. Avec ses 48 km², le lac du Der reste le plus grand lac artificiel de France métropolitaine en superficie, capable de stocker 350 millions de mètres cubes d’eau. Autour de ses 77 kilomètres de rives, une mosaïque de prairies humides et de hauts-fonds s’est installée, offrant aux grues un dortoir sécurisé au milieu de l’eau, loin des prédateurs terrestres.

Un aimant à oiseaux devenu incontournable

L’ampleur du phénomène s’est construite en quelques décennies. En 1977, 40 000 grues transitaient par le lac du Der, elles sont aujourd’hui près de 300 000 à migrer via ce site. Une multiplication par sept ou huit du trafic aérien, sans qu’aucun aménagement humain n’ait été pensé pour ça au départ.

Le mécanisme est simple. Le jour, les grues quittent le lac pour aller se nourrir dans les champs environnants, du maïs resté au sol après les moissons notamment. La nuit, elles reviennent dormir sur l’eau, debout dans les hauts-fonds, en sécurité.

Le passage automnal démarre en octobre et culmine généralement en novembre. Les comptages menés depuis 2017 par la LPO Champagne-Ardenne montrent que le pic ne tombe jamais avant la mi-octobre ni après le 20 novembre. Un week-end de fin octobre ou de début novembre reste le créneau le plus prometteur pour observer ce ballet.

2019, une exception qui ne se reproduit pas chaque année

Il faut se garder d’attendre un nouveau 268 120 chaque automne. Cette année-là reste, d’après les observateurs de terrain, un concours de circonstances météorologiques rare plutôt qu’une tendance de fond. Les saisons suivantes affichent des maxima nettement plus modestes, ce qui n’enlève rien au spectacle.

Le lac reste classé en zone de protection spéciale depuis 1986, sur 5 000 hectares. Une reconnaissance qui garantit, en théorie, la tranquillité de ce dortoir devenu vital pour une bonne partie de la population européenne de grues cendrées en migration vers l’Espagne, voire le Maroc pour certaines.

Cet automne, les compteurs bénévoles reprennent leur poste chaque dimanche à l’aube. Personne ne sait encore quel chiffre affichera le tableau de novembre 2026, mais le rituel, lui, ne change pas depuis un demi-siècle : des jumelles, un carnet, et le ciel qui se remplit de croix noires en formation.

Sources : notre-planete.info | reporterre.net

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