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Même si les Prairies affichent le taux d'emploi le plus élevé pour les Canadiens noirs, le sous-emploi et la non-reconnaissance des compétences y atteignent des sommets. Des travailleuses de la Saskatchewan racontent la stagnation forcée et le racisme ordinaire vécus au quotidien.
Vous ne correspondez pas au profil recherché. Pour Nordy Amanambu, ce refrain a ponctué chaque tentative d'avancement professionnel.
Diplômée universitaire et forte de plusieurs années d'expérience en gestion administrative, cette résidente de Saskatoon s'est longtemps investie au-delà de ses tâches comme employée contractuelle au sein d'une entreprise d'import-export.
Pourtant, le poste régulier a été accordé à une candidature externe moins qualifiée. J’étais épuisée, stressée, pleine de ressentiment. Je gaspillais mon potentiel , se remémore-t-elle. Ils refusaient de m'embaucher et de me rémunérer à ma juste valeur, mais tenaient à me garder dans ce poste temporaire le plus longtemps possible.
Son récit fait écho aux résultats du sondage national Être Noir au Canada, commandé par CBC News. Si les Prairies se démarquent par le taux d'emploi le plus élevé au pays pour les personnes noires interrogées (84 %), elles enregistrent aussi le pire bilan quant à l'adéquation professionnelle : à peine 66 % des répondants travaillent dans leur domaine d'expertise.
De plus, près d'une personne sondée sur deux dans la région déplore le refus des employeurs de reconnaître ses équivalences et son parcours académique lors du recrutement.

Nordy Amanambu suit actuellement le programme de conception et technologies interactives (IDT) à l'école polytechnique de la Saskatchewan, à Saskatoon.
Photo : Radio-Canada / Travis Reddaway
Cinq ans de surplace
Ce mur institutionnel, Jayna Amadasun s'y est heurtée de plein fouet à son arrivée au pays il y a 12 ans. Formée en sciences infirmières aux Bahamas, détentrice d'un diplôme en médecine obtenu en République dominicaine et d'une maîtrise en éthique médicale décrochée en Écosse, elle aspirait à entamer sa résidence en médecine au Canada.
Ses titres n'ont jamais pesé lourd aux yeux des recruteurs. Confinée à des tâches administratives de base dans le milieu de la santé, elle a attendu cinq ans une possibilité d'avancement qui n'est jamais venue.
Des collègues de l'équipe ont progressé vers des postes d'échelons supérieurs, rapporte-t-elle, précisant avoir également subi des remarques désobligeantes et reçu des courriels à caractère racial qui ont fini par miner son estime professionnelle.
Mme Amadasun a fini par quitter son emploi pour réorienter sa carrière comme conseillère et consultante. Si je n’évolue pas, c’est que je me meurs à petit feu. La stagnation, ce n'est pas de la croissance.
Dans les Prairies, 63 % des participants noirs au sondage ont affirmé avoir subi des comportements racistes au travail au cours de la dernière année, une proportion bien supérieure à la moyenne nationale (46 %).

Jayna Amadasun porte plusieurs chapeaux : elle est à la fois auteure, coach d'affaires et stratège africaine spécialisée dans les soins de santé et le milieu de travail.
Photo : Gracieuseté de Jayna Amadasun
Un épuisement psychologique collectif
Pour Sharon Makanga, psychothérapeute et travailleuse sociale installée dans la province, ce plafond de verre provoque des séquelles psychologiques qui dépassent le strict cadre financier.
Privés d'encouragements et isolés au sein d'équipes peu diversifiées, de nombreux employés finissent par renoncer aux perfectionnements ou aux demandes de promotion.
Quant à ceux qui accèdent à des postes de direction, ils doivent souvent compenser par une charge mentale disproportionnée.
C'est la hantise de l'échec, le syndrome de l'imposteur et l'obligation de toujours en faire trop simplement pour prouver qu'on a notre place. Ce n'est pas un problème individuel, c'est un problème collectif, soutient Sharon Makanga.

Sharon Makanga, psychothérapeute et travailleuse sociale autorisée, affirme que le fait d'être ignoré à répétition peut freiner le développement et la progression d'une personne à long terme.
Photo : Radio-Canada / Germain Wilson
Bâtir des repères dès l'enfance
Statistique Canada corrobore ces témoignages. Ses enquêtes récentes révèlent que les travailleurs noirs signalent davantage de discrimination au travail que l'ensemble des autres groupes de la population, et ce, bien qu'ils affichent une proportion supérieure de diplômes universitaires de premier cycle.
Interpellé, le ministère de la Santé de la Saskatchewan a réitéré son attachement à l'inclusion et a rappelé que la Loi sur l'emploi protège contre toute discrimination fondée sur la race. L'instance concède néanmoins que la législation n'encadre ni les critères de promotion interne ni les démarches de reconnaissance des compétences professionnelles acquises à l'étranger.
Pour briser ce cycle, Sharon Makanga a fondé en 2019 l'initiative Afro-Mentorship, aujourd'hui implantée à Regina et à Saskatoon. Conçu initialement pour offrir un réseau sécuritaire à ses propres filles, le programme aide désormais les jeunes issus des minorités visibles à trouver des repères positifs et à développer leur leadership.
Le mentorat est fondamental, conclut Mme Makanga. Lorsque des jeunes voient des personnes qui leur ressemblent occuper des postes d'influence, leurs propres ambitions professionnelles deviennent enfin crédibles et accessibles.
Avec les informations d’Aliyah Marko-Omene


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