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Danielle Smith a-t-elle réveillé un géant endormi?

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Toute ma vie, j'ai entendu des membres des Premières Nations affirmer : le Canada n'est pas mon pays. Je ne vote pas aux élections canadiennes. Même des aînés que je respecte profondément m'ont exprimé ce sentiment.

Je les comprends. Nos ancêtres ont signé des traités avec la Couronne (Roi). Nous étions des nations bien avant la création du Canada. Pourtant, les gouvernements ont trop souvent traité nos traités comme des obstacles plutôt que comme des promesses sacrées. Pour reprendre le titre du récent livre de Chrystia Freeland, les gouvernements se sont parfois comportés comme un petit ami peu fiable (Unreliable Boyfriend).

Après tout, ce n'est qu'en 1960 que les membres des Premières Nations ont obtenu le droit de vote inconditionnel aux élections fédérales, sans devoir renoncer à leur statut d'Indien. Cette époque demeure bien présente dans la mémoire de nombreux aînés que je connais.

Mais je me suis toujours demandé si le refus de voter protégeait réellement notre souveraineté ou s'il permettait simplement à d'autres de décider de notre avenir.

Le référendum en Alberta nous a peut-être apporté une réponse.

Le 19 octobre, les Autochtones se sont présentés aux urnes en si grand nombre que certains bureaux de scrutin ont manqué de bulletins de vote. À la Première Nation de Siksika, le scrutin a dû être prolongé de plus de 90 minutes.

Le chef Samuel Crowfoot a dénoncé les retards dans l'ouverture des bureaux de scrutin et les longues files d'attente. Il a demandé des explications sur la répartition des bulletins de vote, du personnel et des ressources par Élections Alberta. L'organisme a reconnu que la participation électorale dans certaines communautés avait dépassé les attentes.

Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.

Quand les Premières Nations se mobilisent

Imaginez un instant. Les Autochtones étaient si déterminés à exercer leurs droits démocratiques que le système électoral n'était pas préparé à les accueillir.

Cela me fait penser aux oies du Canada qui se rassemblent à l'automne. Pendant longtemps, tout semble calme. Puis, soudainement, le ciel se remplit de mouvement, leurs cris deviennent impossibles à ignorer et tout le monde lève les yeux.

Danielle Smith a peut-être réveillé un géant endormi.

Plus tôt cette année, des Premières Nations ont contesté devant les tribunaux une pétition citoyenne visant à enclencher le processus de séparation de l'Alberta, soutenant que cette démarche menaçait leurs droits issus des traités. Elles ont remporté une importante victoire judiciaire. Pourtant, le gouvernement albertain a fait appel de la décision et a organisé un référendum pour demander aux Albertains s'ils voulaient tenir un vrai référendum sur la séparation du Canada.

Imaginez le message envoyé. Les Premières Nations peuvent défendre leurs droits constitutionnels devant les tribunaux, obtenir un jugement favorable et devoir malgré tout continuer à se battre pour être entendues. Danielle Smith subissait des pressions politiques de la part des partisans de la séparation. Leurs votes comptaient. Mais qu'en était-il de ceux des Premières Nations?

Il y a ici une leçon dérangeante. Les gouvernements réagissent aux pressions politiques organisées. Lorsque des communautés se retirent du processus électoral, elles renoncent à un moyen important d'exercer cette influence.

Je me souviens des élections fédérales de 2015, lorsque la participation électorale autochtone avait fait les manchettes partout au pays. Cette année-là, j'ai été élu député de Winnipeg-Centre. Dans certains bureaux de scrutin des quartiers défavorisés du centre-ville, le personnel électoral peinait à répondre à l'afflux inattendu d'électeurs, dont plusieurs votaient pour la toute première fois.

Voter sans renoncer à sa souveraineté

Onze ans plus tard, je reconnais quelque chose de semblable en Alberta. Lorsque les peuples autochtones décident de participer, ils peuvent transformer le débat politique. Cette participation ne règle pas tous les problèmes, mais elle rend nos voix beaucoup plus difficiles à ignorer.

Aujourd'hui, les peuples autochtones représentent environ 5 % de la population canadienne. Pourtant, seuls 12 députés autochtones ont été élus à la Chambre des communes, qui compte 343 sièges, lors des élections de 2025, soit environ 3,5 % des élus.

Imaginons une représentation autochtone plus importante au Parlement et dans les assemblées législatives provinciales, capable d'influencer les décisions concernant l'éducation, les soins de santé, les ressources naturelles et les obligations découlant des traités.

Voter ne signifie pas renoncer à notre souveraineté autochtone. Nos droits inhérents ne découlent pas des élections canadiennes et ne peuvent être abolis par un vote majoritaire dans une province. Participer à la démocratie canadienne ne diminue en rien les relations de nation à nation établies par nos traités.

Selon les résultats préliminaires, les Albertains ont massivement rejeté l'idée d'enclencher un processus de séparation. Pourtant, un autre événement mérite notre attention.

Les communautés autochtones se sont mobilisées en nombre, au-delà de ce que le système électoral avait prévu. Les préoccupations du chef Crowfoot nous rappellent que la participation démocratique exige également un système électoral digne de la confiance du public.

La plus grande leçon de ce référendum n'est peut-être pas simplement que l'Alberta a rejeté la séparation. C'est que les peuples autochtones ont démontré leur détermination à participer aux décisions qui touchent leur avenir.

Danielle Smith voulait trancher une question concernant la relation entre l'Alberta et le Canada.

Au lieu de cela, elle a peut-être réveillé un géant endormi.

1876, la Loi sur les Indiens voulait enchaîner nos nations
1951, le droit de nous défendre devant les tribunaux brisait le silence
1960, le droit de vote; 1968, notre première voix au Parlement
Dans le grand courant de l'Histoire, pourquoi ignorons-nous encore notre puissance?

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