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MAGAZINE. L’Orchestre symphonique de Drummondville (OSD) est dirigé depuis 2014 par Julien Proulx. Nommé directeur artistique de l’année lors des Prix Opus 2020-2021, il a su faire montre de vision et de créativité durant ces douze années. Portrait d’un homme passionné.
Julien Proulx est né à Montréal en 1979, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. À six ans, sa mère veut inscrire le garçon, peu porté vers les sports, à une activité. De fil en aiguille, elle apprend qu’un professeur de violoncelle enseigne aux enfants, près de chez eux. Voilà l’activité trouvée!
(Photo : gracieuseté)Heureusement, il aime tout de suite la pratique de cet instrument. Puis, sa mère l’inscrit aux Petits chanteurs du Mont-Royal. Là-bas, il fait de 10 à 15 heures de musique par semaine, en plus de ses cours de violoncelle. Les Petits chanteurs lui donnent beaucoup d’expérience à un jeune âge : concerts avec l’Orchestre symphonique de Montréal, avec l’Opéra de Montréal, tournées, émissions de télévision… «Ça explique un peu pourquoi, pendant longtemps, j’ai eu ces deux carrières. Quand j’ai commencé la direction, j’étais à la fois chef d’orchestre et chef de chœur, parce que j’avais la formation de chanteur et la formation d’instrumentiste. J’ai fait partie d’orchestres, j’ai fait partie de chorales, donc quand j’ai dirigé, j’ai fait un peu des deux», explique-t-il.
Le grand coup de cœur pour la direction n’arrive pas tout de suite. Vers 12 ans, il éprouve cependant une curiosité pour ce métier. «Ça m’intriguait, comme ça intrigue beaucoup les enfants en général», affirme-t-il.
C’est à son arrivée dans l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal, à 16 ans, qu’il s’y intéresse plus sérieusement. «J’ai commencé à m’acheter des partitions d’orchestre et à poser des questions. L’idée germait, mais je continuais mon parcours de violoncelliste.»
C’est lors d’une tournée en Grèce avec cet orchestre qu’une opportunité se présente sous la forme d’un stage de direction en République tchèque, occasion qu’il saisit en compagnie d’un collègue de l’orchestre. «On a pris l’avion, d’Athènes à Prague, et on a fait ça pendant trois semaines, raconte-t-il. C’était dans une petite ville, c’était un orchestre de musiciens professionnels. J’ai vraiment eu la piqûre. J’y suis retourné l’année suivante, comme étudiant régulier».
Son plan est alors tracé : il commence par un baccalauréat en écriture pour étudier la théorie, la composition, l’analyse des pièces, l’harmonie, le contrepoint, l’orchestration… Par la suite, il fait sa maîtrise en direction d’orchestre. «C’est un métier qui s’apprend à l’école en partie, mais qui s’apprend surtout sur le tas. Il faut diriger. Plus on a d’occasions, meilleur on devient.»
Tout ce qu’un concert requiert
Avant le concert, ce qu’on ne voit pas, c’est toute la préparation qui est faite en amont.
«La préparation c’est principalement seul, à la maison, devant une partition. C’est vraiment un travail solitaire, minutieux, c’est l’analyse de l’œuvre. Je fais de la recherche sur l’époque, les styles de composition, puis j’en fais l’analyse formelle (Comment l’œuvre est-elle construite?) et l’analyse de l’orchestration (Quel instrument a la mélodie? Quel est le rôle de chacun?). Je m’assois au piano aussi pour regarder l’harmonie. C’est un travail d’approfondir une œuvre, de se l’approprier», fait-il valoir.
(Photo : TC Media Journal L’Express)Viennent ensuite les choix : quel est le bon tempo à prendre? Quelle émotion doit ressortir?
Enfin, c’est le travail de répétition. «Il faut planifier les répétitions et prévoir les endroits où on aura peut-être plus de travail à faire».
Un mauvais spectateur
«Je suis un très mauvais spectateur en musique, parce que j’ai beaucoup de difficulté à décrocher, je suis dans l’analyse permanente. J’aime plus faire de la musique qu’en écouter». Julien Proulx va tout de même voir des concerts assez souvent, car il trouve important de voir ce qui se fait et aussi pour vivre l’expérience de spectateur. «Souvent, on peut avoir un regard biaisé quand on est sur scène et donner une trop grande importance à de petits accrocs. Ça nous ramène à la réalité et ça nous fait voir d’autres façons de faire qui peuvent nous inspirer. J’aime aussi entendre ce que les spectateurs autour de moi disent, voir comment les gens reçoivent ça de l’autre côté».
Une progression évidente
L’orchestre a progressé de façon fulgurante au fil des ans. « Il y a eu un alignement de planètes qui était parfait. Quand je suis arrivé, moi et l’orchestre, on était au même endroit. On avait envie des mêmes choses. Puis, les premiers musiciens qui ont gagné les auditions étaient extrêmement forts. C’étaient des musiciens de grande qualité qui ont amené un nouveau souffle à l’orchestre», apprécie-t-il.
Pour le jeune chef, il est important de viser haut tout en restant dans la joie. «Il y avait quelque chose qui était merveilleux à l’orchestre, dès mon arrivée. Jean Larocque (NDLR : membre fondateur de l’OSD) avait toujours mis le musicien au centre de l’orchestre, avec un grand respect pour eux. [Il insistait pour] faire attention à notre monde, à comprendre qu’un orchestre, c’est une communauté. Moi aussi, c’était très important pour moi. Avec beaucoup d’amour et de bienveillance, tout en gardant des standards très élevés, tout le monde a envie d’aller plus loin, mais toujours dans le bonheur.»
Puis il y avait cette nouvelle génération qui est arrivée à l’orchestre, plus jeune. Ces musiciens avaient envie de faire de la belle musique, mais aussi faire des projets qui ont du sens. «Donc, il fallait avoir une programmation plus réfléchie, essayer de traiter d’enjeux de société, de servir de reflet. D’être pertinent».
Julien Proulx. (Photo : Ghyslain Bergeron)Enjeux et implication
Deux enjeux majeurs font réfléchir le directeur artistique et chef d’orchestre. Le premier est la difficulté à rejoindre les gens. D’après Julien Proulx, il est très difficile de trouver le public et de le rejoindre. Le morcellement des publics et la quantité d’offres n’aident en rien.
«L’autre enjeu qui me désole, c’est la place de la musique en général, que les jeunes n’aient pas accès plus à la musique. Il y a des écoles qui offrent des programmes et c’est super, mais il y a des écoles qui peuvent ne pas en donner du tout. C’est permis dans le parcours scolaire de ne pas avoir de musique. C’est un enjeu que je ne comprends pas. Il y a des régions du cerveau qui ne servent pratiquement qu’à la musique. C’est un élément essentiel de l’évolution humaine, on a besoin de ça, on a besoin de se rassembler. La musique, c’est fait pour rassembler les gens», insiste le chef d’orchestre.
Dans les prochaines années, Julien Proulx veut s’impliquer dans cet enjeu de société, en sortant de la salle de concert et en s’enracinant davantage dans la communauté.
«On traite la musique comme si c’était juste de la musique, mais c’est beaucoup plus que ça. J’ai envie de m’investir beaucoup pour redonner accès à la musique», conclut-il.


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