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Sur l’île de Vancouver, le petit village de Cumberland, qui s'est développé grâce à l'industrie minière, explore le potentiel géothermique des galeries de ses anciennes mines. Des milliers de mètres cubes d’eau, voire bien plus, pourraient permettre de chauffer, et de refroidir, des bâtiments.
Nous sommes une communauté farouchement indépendante qui aime faire les choses par nous-mêmes, dit avec fierté la mairesse Vickey Brown. Le village est notamment connu pour avoir réussi à acheter 2,2 km2 de forêt pour la protéger.

La rue principale du village de Cumberland porte le nom de Robert Dunsmuir. Celui-ci avait fait fortune grâce à l'exploitation de mines de charbon en Colombie-Britannique; il était devenu l'homme le plus riche de la province. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Megan Thomas
Alors, quand la mairesse assiste, en 2024, à un webinaire du programme Accelerating Community Energy Transformation (ACET) de l’Université de Victoria (UVIC), qui vise à aider des communautés cherchant à accélérer leur transition énergétique, elle tente sa chance et propose d’explorer les mines de sa communauté.
Vickey Brown a alors en tête le système géothermique en place à l'Université de l’île de Vancouver (VIU) à Nanaimo, et le projet à Springhill, en Nouvelle-Écosse, qui date d’il y a plus de 35 ans.
Sous Cumberland, de vieilles galeries remplies d’eau, fermées depuis les années 1960, sont jusqu’à présent inutilisées.
Nous pensons qu'elles sont toutes remplies d'eau [et que] cette eau a une température d'environ 10 °C. [On pourrait] l'utiliser pour chauffer ou refroidir selon nos besoins tout au long de l'année.
Le but est désormais de trouver des fonds pour effectuer des forages, afin d'évaluer la qualité de l'eau, précise Vickey Brown, alors qu’ACET s’est attelé à produire une cartographie des emplacements des galeries (nouvelle fenêtre) (en anglais).

Un tracé de la mine 6 qui se situe sous le village de Cumberland, sur l'île de Vancouver.
Photo : Fournie par ACET
Zachary Gould, responsable de la planification communautaire chez ACET, estime que, en se basant sur des cartes de la compagnie Dunsmuir et avec l’aide de géologues locaux, il y aurait beaucoup d’eau à utiliser.
Sur le site d’ACET, on peut lire qu’un projet géothermique pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de Cumberland, faire baisser les coûts énergétiques et soutenir des projets à venir, tels que des logements abordables et des infrastructures publiques.
Grâce au réseau de puits de mine déjà existant sous la commune, toute la ville pourrait puiser dans cette ressource énergétique propre et renouvelable.
En faisant circuler l'eau dans un système en circuit fermé et en utilisant des pompes à chaleur, la différence de température peut être exploitée pour fournir une énergie fiable et continue aux bâtiments, avec des émissions de carbone quasi nulles, détaille le site d’ACET.

Un graphique d'ACET traduit en français par Radio-Canada qui montre comment fonctionne un système de géoéchange d'eau de mine.
Photo : Fournie par ACET
Quel modèle d'affaires?
Zachary Gould explique qu'il faudra commencer par un projet pilote. On travaille avec des étudiants de l'UVIC pour étudier la faisabilité commerciale, le contexte réglementaire, ainsi que les modèles de financement et de gouvernance possibles.
Vickey Brown précise que Cumberland souhaite réaménager une zone qui comprend le centre de loisirs, la salle du conseil municipal, la mairie et le dépôt des services techniques.
Nous voulons réaménager l'ensemble de ce quartier pour y installer des bureaux municipaux et, potentiellement, des commerces au rez-de-chaussée, et des logements aux étages supérieurs. Si nous pouvions utiliser l'eau de la mine pour le chauffage et la climatisation, le système serait très performant.
Zachary Gould espère pouvoir effectuer les forages d’exploration dans les deux années à venir. Il reconnaît qu’il peut être difficile de justifier ces grands projets d'infrastructure quand il n’y a pas d'immeubles de moyenne et grande hauteur.
C’est pourquoi ACET souhaite explorer de nouveaux modèles commerciaux et de gouvernance autour de ce type de ressource, comme des entités coopératives.
La mairesse considère qu’un groupe communautaire, une association à but non lucratif, une entreprise sociale ou une organisation à vocation sociale pourrait gérer ce nouveau réseau énergétique.

De gauche à droite : Mackenzie Judson (Institute for Integrated Energy Systems/UVIC), Vickey Brown (mairesse de Cumberland), Zachary Gould (ACET) et Pascal Gürber (Haute École de Lucerne) devant le parc patrimonial de la mine 6 à Cumberland.
Photo : Fournie par ACET/Bregje van Veelen
Cumberland a attiré depuis sa création des personnes rattachées à de nombreux domaines : les mines, la foresterie, la culture, la scène musicale ou encore le vélo de montagne.
Avec ce projet qui remonte aux origines du village, il est question pour la mairesse de se rappeler le bon, le mauvais et le pire de ce passé [en] le reliant à l'avenir. Selon le musée de Cumberland, au moins 130 mineurs sont morts dans les galeries.
Pour Vickey Brown, la géothermie pourrait permettre de réduire la dépendance de sa communauté à des financements d’autres ordres gouvernementaux, et ce, afin de générer des revenus et d’assurer l'autonomie financière du village.
Une industrie de niche
À Nanaimo, l'eau salée des puits inondés de la mine Wakesiah, sous le campus de VIU, alimente un système de géoéchange. Le Centre de la santé et des sciences et le lieu de rassemblement autochtone (Shq’apthut) sont connectés au système.
Une nouvelle tour de logements étudiants, dont l’ouverture est prévue en 2027, profitera aussi de cette technologie, selon VIU.

Système de géoéchange de district qui fournit le chauffage et le refroidissement pour des bâtiments situés sur le campus de l'Université de l'île de Vancouver, à Nanaimo.
Photo : Fournie par l'Université de l'île de Vancouver
Ce [type de projet géothermique] n'est pas courant, mais ce n'est pas nouveau non plus.
Jasmin Raymond, expert en géothermie et professeur à l'Institut national de la recherche scientifique, ajoute qu’une pompe à chaleur géothermique a une empreinte environnementale très faible, si, par exemple, elle consomme de l’électricité venant de sources hydroélectriques ce qui est souvent le cas en Colombie-Britannique.
C'est une solution de chauffage-climatisation très abordable qui a montré son efficacité.
Cependant, l'énergie géothermique reste une ressource locale qui a besoin d’usagers situés de un à trois kilomètres aux alentours. Si l'industrie est un peu niche, Jasmin Raymond précise qu’elle est en croissance au Canada.
L’industrie remplirait de 2 à 4 % des besoins de chauffage et climatisation des bâtiments au pays, estime le professeur.


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