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Craignant pour la vie de son enfant, une immigrante implore l’aide du Canada

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Une immigrante de la région de la circonscription de Mégantic-L’Érable-Lotbinière est incapable de régulariser son statut migratoire malgré qu’elle soit victime de violence conjugale et réside dans une maison d’hébergement depuis deux ans. Le député de la circonscription et les maisons d’hébergement demandent à la ministre de l’Immigration d’intervenir. Ils dénoncent un manque de « compassion » chez Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

À l’été 2024, celle que nous appellerons Fatima afin de protéger son identité pour des raisons de sécurité, était prise en charge par une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Elle y réside toujours à ce jour.

Un commerçant m’a aidée pour appeler la police, et la police est venue me chercher moi et ma fille pour m’amener dans une maison d’hébergement pour femmes violentées, explique Fatima en entrevue à Radio-Canada.

Elle était arrivée quelques mois plus tôt au Canada avec son mari. Elle détenait un permis pour travailleur étranger temporaire.

Un dédale administratif depuis deux ans

En septembre 2025, son permis, qui était lié à celui de son ex-mari, est venu à échéance. Impossible de le renouveler, car elle s’était divorcée.

Elle n’était donc plus autorisée à travailler légalement au pays. Elle s’est retrouvée dans une situation difficile, sans salaire. Ma fille ne pouvait même plus aller au service de garde, raconte Fatima.

Fatima avait pourtant entamé des démarches bien avant l’expiration du permis, notamment afin d’avoir un statut de séjour temporaire pour les victimes de violence conjugale.

Selon les maisons d’hébergement, malgré l’implication de neuf avocats, l’aide d’une dizaine d’organismes et l’intervention du député, elle n’a jamais réussi à ce jour à régulariser son statut. Fatima dit même avoir fourni des preuves de violence provenant du dossier judiciaire.

Quant à son employeur, il attend avec impatience qu’elle puisse reprendre le travail, témoigne Fatima. Je suis un atout pour la société, je travaille fort. Le directeur de l’entreprise pour laquelle je travaille a signé une lettre d’appui pour moi.

Ça n’a aucun sens que ce soit aussi compliqué d’aider quelqu’un à vivre.

La porte-parole des maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale de Mégantic-L’Érable, Marie Therrien, est outrée par la situation actuelle.

Une femme regardant la caméra.

Marie Therrien est la porte-parole des maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale de Mégantic-L’Érable.

Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau

Elle a constaté les défaillances du système alors que les réponses fournies par les fonctionnaires étaient souvent contradictoires. On a été reçu par de la confusion, des contradictions, autant de la part des professionnels de la justice, de l’immigration et du ministère.

C’est un énorme danger. C’est la rue, puis la violence qui l’attend si on la renvoie là-bas.

Marie Therrien affirme qu’une femme divorcée est très mal vue dans le pays d’origine de Fatima, que nous n’identifierons pas pour assurer sa protection. Il y a d’énormes tabous sur ce que les femmes devraient être dans ce pays, indique la porte-parole.

Fatima pourrait perdre la garde de son enfant, être ostracisée et sa sécurité pourrait être compromise. Son ex-belle-famille souhaite se venger, cela a été nommé », déplore Mme Therrien. « Ça n’a aucun sens que soit aussi compliqué d’aider quelqu’un à vivre.

C’est dangereux pour ma petite fille. La famille de mon ex veut prendre ma fille, ajoute Fatima.

Un manque de compassion, se désole le député Luc Berthold

Touché par la situation, le député fédéral de Mégantic-L’Érable-Lotbinière, Luc Berthold, a demandé à trois reprises à la ministre de l’Immigration du Canada de se prévaloir de son pouvoir discrétionnaire pour offrir un statut temporaire à Fatima et à sa petite fille.

Luc Berthold parle, debout à la Chambre des communes.

Le député conservateur de Mégantic-L'Érable-Lotbinière, Luc Berthold.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Des demandes qui ont été rejetées. Malheureusement, c’est un manque de compassion total de la part de la ministre », se désole le député. « Tout ce qu’on demande, c’est de permettre à cette personne de gagner sa vie en attendant la suite des démarches légales.

On ne devrait jamais avoir à choisir entre quitter un mari violent et avoir les moyens de subsister.

Depuis 2024, elle ne peut pas travailler parce qu’elle a osé faire le geste de dénoncer son mari. Luc Berthold juge inacceptable le message que ça envoit aux femmes victimes de violence conjugale.

Un problème systémique dénoncé

Luc Berthold juge que le cas actuel témoigne d’un problème systémique qui cause un manque de compassion chez Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Ils doivent traiter tellement de cas, les délais sont tellement longs que chaque jour [NDLR : au bureau du député] on a des cas d’immigration à régler parce que les gens n’ont pas de réponse du ministère.

Les fonctionnaires sont tellement débordés qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper de cas réellement humanitaires.

Marie Therrien abonde dans le même sens. C’est une situation qui se passe partout au Québec et au Canada, j’en suis certaine. Les maisons d’hébergement se sentent impuissantes.

Le bureau de la ministre fédérale de l’Immigration, Lena Metlege Diab, n’avait pas encore répondu favorablement à notre demande d’entrevue au moment d’écrire ces lignes.

C’est un appel à l’aide aujourd’hui qu’on fait. On a besoin de se faire entendre.

Elle constate que même s’il existe des mesures de protection pour les femmes violentées, les dédales bureaucratiques nuisent à leur mise en œuvre. Il y a un permis de séjour temporaire pour victimes de violence familiale, mais pour y avoir droit, c’est tellement complexe.

Je n’ai rien demandé, pas d’argent, pas de logement. Je suis une femme forte, je travaille, j’exerce des responsabilités. Je demande juste une stabilité ici, de la sécurité et un statut légal au Canada.

Un journaliste en discussion avec une femme.

Fatima implore l'aide de la ministre fédérale de l'Immigration.

Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau.

Fatima fait appel à la compassion de la ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab. La ministre est maman, tout comme moi. J’ai besoin de sécurité pour moi et ma petite fille. Je n’ai pas besoin d’argent pour le logement. J’ai juste besoin d’un statut pour travailler légalement au Canada. Je n’ai jamais demandé de l’argent. Je veux juste un statut au Canada.

Si vous ou l'un de vos proches avez besoin d'aide :

  • Ligne Info-Aide violence sexuelle : 1-888-933-9007 (ligne 24/7 et clavardage)
  • SOS violence conjugale : 1-800 363-9010 (ligne 24/7 et clavardage)
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