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Le Nord de l’Ontario s’apprête à accueillir la toute première raffinerie de cobalt de qualité batterie d’Amérique du Nord. Porté par Electra Battery Materials, ce projet stratégique répond à une demande croissante et sécurise la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques. Un pari industriel ambitieux qui dépend pourtant de minerai importé d’un pays lointain.
Cobalt, une ancienne zone minière argentifère du Nord de l’Ontario, a été choisie pour accueillir cette première raffinerie.
La municipalité porte bien son nom : elle a été baptisée ainsi après la découverte de ce minerai lors de la construction du chemin de fer Temiskaming and Northern Ontario, en 1903.
Une fois achevée, l’installation traitera le minerai brut pour le transformer en sulfate de cobalt.
Cet ingrédient est essentiel à la fabrication des batteries lithium-ion, utilisées aussi bien dans les téléphones intelligents et les véhicules électriques que dans les avions de chasse.

L'hydroxyde de cobalt extrait (à gauche) est une roche verte contenant des impuretés, comme du fer et du cuivre. Le sulfate de cobalt raffiné (à droite) se présente sous forme de cristaux rouges très purs.
Photo : Radio-Canada / Craig Chivers
Electra Battery Materials, l’entreprise à l’origine du projet, affirme que l’usine sera pleinement opérationnelle d’ici la fin de 2027.
Elle pourrait produire 6500 tonnes de cobalt par an, soit assez pour alimenter environ un million de véhicules électriques.
Nous avons de plus en plus besoin de ces minéraux critiques pour nos batteries et nos technologies de pointe afin de faire fonctionner la société moderne, déclare Trent Mell, PDG et fondateur de l’entreprise.
Ce n’est donc pas seulement pour les voitures ou pour stocker de l’énergie sur notre réseau, c’est aussi une question de sécurité nationale.
Electra ambitionne donc de fournir environ 4 % du sulfate de cobalt mondial dès la fin de l’année prochaine.
Pour y parvenir, l’entreprise a scellé un accord d’approvisionnement avec le sud-coréen LG Energy Solution, qui achètera 60 % de sa production.

L'entreprise Electra Battery Materials transforme un ancien complexe métallurgique en Ontario pour fabriquer du cobalt de qualité batterie, essentiel pour les véhicules électriques.
Photo : Radio-Canada / Craig Chivers
Ce projet bénéficie d’un soutien public de 37,5 millions de dollars canadiens en subventions et en prêts, accordés par les gouvernements fédéral et provincial.
Le département de la Défense des États-Unis a également manifesté son intérêt en lui allouant près de 28 millions de dollars canadiens.
Cette contribution américaine est toutefois sans condition : aucun accord formel ne prévoit l’envoi de cobalt au sud de la frontière, précise le directeur général Trent Mell.
Du cobalt importé
Bien que le nom de la ville suggère une abondance locale, l’usine ne s’approvisionnera pas en Ontario, ni même ailleurs au pays.
La roche sera plutôt importée de la République démocratique du Congo (RDC).
C’est là que sont extraits les trois quarts du cobalt mondial, selon Ressources naturelles Canada.
Le minerai sera expédié au port de Durban, en Afrique du Sud, naviguera sur plus de 20 000 km jusqu’au port de Montréal, avant d’être acheminé par camion sur quelque 700 km vers le nord-ouest pour atteindre Cobalt.

À gauche, des mineurs à l'œuvre dans un gisement d'argent à Cobalt, en Ontario. Le cobalt, visible à droite, provient des gisements entourant ces sites aujourd'hui fermés.
Photo : (Cobalt Mining Museum, Carly Thomas/CBC
Ce long voyage soulève des questions éthiques. Des groupes de défense des droits de la personne et des universitaires dénoncent depuis longtemps les pratiques minières en RDC, pointant du doigt le travail des enfants, les conditions de travail abusives et le manque de normes environnementales.
M. Mell assure que son entreprise prend des mesures concrètes : Nous sommes allés au Congo, directement sur le site minier. Des audits annuels sont effectués, soit par nous-mêmes, soit par des experts tiers. Les fabricants de batteries font de même, rassure-t-il.

Des camions transportant du minerai de cuivre et de cobalt à la mine à ciel ouvert de Tenke Fungurume (CMOC), en République démocratique du Congo, le 17 juin 2023.
Photo : Emmet Livingstone/AFP
Malgré ces mécanismes de contrôle, le cobalt qui sort de la RDC a mauvaise réputation, nuance Marilyn Spink, directrice générale de la Canadian Critical Minerals & Materials Alliance.
Pourquoi la RDC?
Selon Trent Mell, la concentration du marché ne laisse guère le choix, puisque la majorité du cobalt de qualité batterie provient d’Afrique.
Notre chaîne d’approvisionnement suit la logique du marché : nous achetons notre cobalt, notamment auprès de Glencore, qui est très active en RDC , explique-t-il.
L’objectif est ensuite de rapatrier cette matière brute pour la raffiner au Canada.
Le produit que nous créons est du sulfate de cobalt. C’est un produit très spécifique qu’il faut fabriquer ici, au plus près des producteurs de batteries, ajoute-t-il.

Trent Mell est le PDG et fondateur d'Electra Battery Materials.
Photo : Radio-Canada / Craig Chivers
De son côté, Jean-Charles Cachon, professeur émérite à la Faculté de gestion de l’Université Laurentienne, rappelle qu’Electra Battery Materials ne peut pas simplement extraire le cobalt en RDC et doit composer avec l’importation.
Ce choix stratégique repose sur plusieurs piliers. D’abord, l’entreprise possède déjà une raffinerie spécialisée en cours d’aménagement à Temiskaming Shores, en Ontario.
Ensuite, elle collabore avec le Three Fires Group dans le cadre d’un partenariat autochtone axé sur le recyclage des batteries.
Enfin, le projet est solidement soutenu par des fonds publics incluant des subventions américaines en vertu du Defense Production Act et des investissements du gouvernement fédéral canadien et de la province de l’Ontario.
Avec les informations de Carly Thomas et de Lisa Xing


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