Il y a un an, la Chine lançait le plus grand chantier hydroélectrique de l’histoire humaine. Le méga-barrage hydroélectrique de Motuo sur le fleuve Yarlung Tsangpo devrait être mis en place progressivement en 2033. Quels sont les objectifs de ce projet ? Pourquoi ce dernier suscite t-il de vives inquiétudes ?
Une production annuelle de 300 milliards de kilowattheures
Précisons tout d’abord que le fleuve Yarlung Tsangpo a la particularité d’être le plus haut de la planète. Prenant sa source en Chine dans le glacier Gyima Yangzoin, il coule à une altitude moyenne de plus de 4 000 mètres. S’il s’agit du berceau de la civilisation tibétaine, ce fleuve est également le cours supérieur du Brahmapoutre, entrant en Inde par le nord-est
En juillet 2025, la Chine a lancé la construction du méga-barrage hydroélectrique de Motuo sur ce fleuve, dont l’exploitation progressive devrait débuter en 2033. La capacité installée sera de 60 gigawatts (GW) et à terme, la production annuelle devrait atteindre les 300 milliards de kilowattheures (kWh). Cette production équivalente à trois fois celle du célèbre barrage des Trois-Gorges sur le fleuve Yangtsé devrait couvrir les besoins d’environ 200 millions de personnes.
Pour la Chine, l’objectif est de répondre à des problématiques de pénurie d’électricité et d’eau dans les zones les plus peuplées et les plus industrialisées du pays. Il faut dire que la demande énergétique y est en forte croissance, alors que le pays tente de réduire l’utilisation des énergies fossiles dans le cadre de son objectif de neutralité carbone pour 2060. Les détails de ces objectifs figurent dans un article complet publié par le média The Diplomat en février 2026.
Un véritable défi technique
Le méga-barrage hydroélectrique de Motuo n’est pas un barrage classique avec une immense retenue d’eau. En effet, l’installation profitera la topographie unique du Yarlung Tsangpo. Il faut dire que l’endroit choisi – le « Grand Canyon » – est celui où le fleuve contourne la montagne Namcha Barwa (le grand « U »), perdant plus de 2 000 mètres de dénivelé sur une distance d’à peine 50 kilomètres, générant des rapides extrêmement puissants.
Afin de capter la force du fleuve dans cette zone, les ingénieurs bâtissent un système dit « au fil de l’eau ». Concrètement, le dispositif prendra la forme de cinq tunnels géants de dérivation à travers la montagne, dans le but de précipiter l’eau vers cinq centrales hydroélectriques en cascade avant sa restitution au fleuve.
Crédit : ESRI / Geospatial Research Team (GRT) / Takshashila Geospatial Bulletin Takshashila Geospatial Bulletin
Divers inquiétudes autour du projet
Le futur chef-d’œuvre d’ingénierie que deviendra le barrage de Motuo est malheureusement déjà au cœur de plusieurs polémiques. Certains observateurs craignent notamment de graves dérives sur le plan géopolitique. En effet, le fleuve Yarlung Tsangpo devenant le Brahmapoutre en Inde puis la Jamuna au Bangladesh, est vital pour l’agriculture et la survie d’environ 130 millions de personnes dans ces deux pays. Comme en témoigne une publication du think tank Takshashila Institute en 2023, l’Inde a déjà exprimé ses craintes de voir la Chine utiliser ce barrage comme un levier géopolitique pour générer des sécheresses ou des inondations artificielles sur son territoire. Ce potentiel conflit à venir rappelle que la « guerre de l’eau » n’est pas un concept abstrait.
Il est aussi question de risques géologiques, plus précisément d’ordre sismique. Dans la mesure où le barrage se construit en plein cœur de l’Himalaya, des géologues s’inquiètent de possibles effondrements, de glissements de terrain ou de crues gigantesques en cas de séisme majeur. Il faut dire que la ceinture himalayenne est une immense zone de collision tectonique s’étendant sur une distance d’environ 2 500 kilomètres, l’une des zones sismiques les plus actives et dangereuses de la planète.
Enfin, d’autres craintes concernent les aspects environnementaux et humains. Alors que la construction de l’édifice est encore en cours, celle-ci perturbe déjà la riche biodiversité du Grand Canyon du Yarlung Zangbo et est à l’origine du déplacement de populations autochtones.


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