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Faut-il informer les consommateurs de la présence d'hexane dans l'huile végétale en l'indiquant sur les étiquettes des bouteilles ? C'est ce que préconisent Richard Ramos (MoDem) et Julien Gabarron (RN) dans un rapport parlementaire rendu public mercredi dernier.
Les deux auteurs estiment que cette substance, utilisée par les fabricants pour améliorer les rendements d'extraction des oléagineux (colza, tournesol...) et présente sous forme de résidus dans les huiles, pourrait présenter un risque non négligeable pour la santé.
« Notre constat principal, c'est que l'hexane est un produit dangereux. [...] Il est classé neurotoxique pour l'humain par l'Agence européenne des produits chimiques (Echa), toxique par inhalation et suspecté de contribuer au développement de maladies comme Parkinson, a déclaré à l'AFP Richard Ramos. Au minimum, on doit informer le consommateur et attendre les prochains résultats scientifiques pour savoir s'il faut l'interdire. »
L'hexane est un produit très bon marché issu du raffinage du pétrole. Il est utilisé depuis deux décennies par l'industrie des oléagineux pour optimiser l'extraction de l'huile présente dans les graines de colza ou de tournesol. Comme il est classé comme « auxiliaire technologique », il n'est actuellement pas nécessaire de le mentionner sur l'étiquette en vertu de la législation.
En général, une première pression mécanique des graines est réalisée à chaud ou à froid, puis une seconde à l'aide d'hexane qui permet de recueillir la quasi-totalité de l'huile. Le solvant permet ainsi d'obtenir 97 % de l'huile, quand la seule pression mécanique ne permettrait d'en tirer que 80 %. L'huile est ensuite chauffée pour éliminer le solvant à hauteur de 99,9 %.
Ce sont ces 0,1 % restants qui inquiètent pourtant les deux parlementaires, mais aussi des ONG comme Greenpeace qui, avec le journaliste Guillaume Coudray, auteur de l'ouvrage De l’essence dans nos assiettes, ont introduit ce sujet dans le débat public l'année dernière.
L'ONG avait enquêté sur le sujet et découvert que des résidus d'hexane étaient présents dans plus de 64 % des 56 produits conventionnels testés. En effet, les tourteaux de tournesol et de soja - ce qui reste quand on a extrait toute l'huile des graines et qui sert à l'alimentation des animaux d'élevage et qui est très riche en protéines - contiendraient aussi des résidus d'hexane susceptibles de se retrouver dans les produits comme la volaille, les œufs, les produits laitiers, le beurre ou les laits infantiles.
Le recours à l’hexane permet de faire passer le rendement de l’extraction de l’huile de 80 à 97 %. © littlewolf1989, Adobe Stock
Pas de preuves de toxicité à faible dose, mais pas non plus de preuves d’innocuité
Selon une étude publiée fin 2025 dans Oilseed & fats Crops and Lipids (OCL), l'hexane est bien un neurotoxique avéré et un perturbateur endocrinien. Il serait également toxique pour les reins, le foie, les systèmes immunitaire et reproducteur, et pourrait traverser la membrane placentaire et affecter le fœtus.
En revanche, ces effets sont démontrés uniquement pour de fortes doses ou des expositions chroniques professionnelles, et ne concernent donc pas l'exposition à de faibles doses, comme celles présentes dans les huiles végétales.
L'Union européenne a fixé en 1996 une limite maximale de résidu (LMR) équivalent à 1 mg/kg dans les huiles - LMR que les fabricants respectent dans leur grande majorité. Cependant, fin 2025, l'EFSA a été saisie par la Commission européenne à ce sujet et a estimé nécessaire de réévaluer cette substance en raison de lacunes importantes sur la toxicité orale de long terme et l'exposition réelle de la population. Ses conclusions sont attendues pour 2027.
Les auteurs d'autres revues récentes estiment quant à eux que même si les niveaux mesurés sont bas, il n'existe pas de preuve solide démontrant l'innocuité d'une exposition chronique, et appellent à des méthodes d'extraction alternatives.
On retrouve en effet un métabolite toxique d'hexane (le 2,5-hexanedione), probablement d'origine alimentaire, dans les urines de la population générale, selon une étude publiée dans le journal Food. Mais il est difficile de savoir si l'exposition chronique à ces faibles doses présente ou non un risque pour la santé. Aucune dose journalière tolérable (DJT) n'ayant jamais été fixée.
Des alternatives en attendant d’en savoir plus
En l'absence de preuves sur les effets réels de faibles doses d'hexane dans les huiles végétales, scientifiques et autorités préconisent le principe de précaution et encouragent le développement d'alternatives plus sûres.
Le rapport parlementaire rappelle d'ailleurs que « des alternatives existent », mais que malheureusement « les leaders de la filière s'obstinent à les ignorer ». Il cite notamment le géant des huiles Avril « dont les représentants ont décliné l'invitation des rapporteurs à être auditionnés ».
Deux start-up françaises travailleraient sur des produits de substitution, selon Richard Ramos : SFE Process et EcoXtract. Cette dernière propose un solvant (le 2-méthyloxolane) produit à partir de « carbone 100 % végétal » dont l'utilisation a été autorisée après une évaluation par l'EFSA. Ce solvant pourrait concurrencer l'hexane, utilisé par Avril, selon le député. D'après le fabricant, auditionné par la mission parlementaire, le surcoût attendu sur le produit fini serait « de l'ordre de 5 % » par rapport à l'hexane, soit 10 à 12 centimes d'euros par bouteille d'huile.
Quoi qu'il en soit, les deux parlementaires recommandent de soutenir la recherche sur les risques de l'hexane et proposent d'étudier avec la filière des oléoprotéagineux les conditions d'un plan d'investissement pour la substitution de l'hexane par d'autres solutions plus sûres.
Les méthodes d'extraction chimiques utilisant l'hexane sont quasi généralisées dans les produits conventionnels. En revanche, elles sont proscrites en agriculture « bio » ou seules les méthodes d'extraction biologiques, mécaniques et physiques sont autorisées. Le label AB garantit donc l'absence d'hexane dans les huiles végétales.
Toutes les huiles « première pression à froid », « vierges » ou « pression mécanique » sont également exemptes de solvant. Lisez bien les étiquettes !


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