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Cette note de Gérald Darmanin est accablante sur la prise en charge des violences sexuelles sur mineurs

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Dossiers « fantômes », enquêtes perdues... Un courrier de 12 pages daté du 29 juillet dresse une litanie de dysfonctionnements « d’ordre structurel ».

Gérald Darmanin, ici quittant l’Élysée à Paris, le 22 juillet 2026.

DIMITAR DILKOFF / AFP

Gérald Darmanin, ici quittant l’Élysée à Paris, le 22 juillet 2026.

Dossiers « fantômes », enquêtes à l’abandon ou perdues, manque d’effectifs... Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a transmis à son homologue de l’Intérieur une note qui détaille des défaillances majeures dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants.

Dans le courrier de 12 pages daté du 29 juillet, révélé ce samedi 8 août par le quotidien Le Monde et consulté par l’AFP, le garde des Sceaux synthétise à Laurent Nuñez les remontées d’informations établies par les parquets généraux sur ces contentieux devenus la priorité de son ministère depuis la vague d’indignation provoquée par l’affaire Lyhanna.

Il en ressort une litanie de dysfonctionnements « d’ordre structurel », écrit Gérald Darmanin, qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain ».

Principale défaillance découverte par les procureurs : un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis. Le stock révèle l’écart entre le nombre de procédures dont les parquets ont connaissance et celles détenues par les services d’enquêteurs.

« Purement et simplement perdues »

À Nîmes, par exemple, les procureurs ont découvert 1 275 procédures « fantômes », 905 à Caen, tandis qu’à Agen, « un nombre important de procédures en cours » n’a « donné lieu à aucune information du parquet ».

À Melun, « de très nombreuses procédures (ont été) laissées sans investigation pendant des mois, voire des années, alors même que l’auteur était souvent désigné ou aisément identifiable ». Les « écarts entre extractions de données effectuées par les tribunaux judiciaires et la réalité des services sont systématiques », relève le ministre.

Ailleurs, à Bourges, une quinzaine de procédures ont été « purement et simplement perdues », poursuit le document. C’est 17 à Angers, six à Annecy, 23 « non localisées » à Paris...

Au vu des défaillances identifiées, Gérald Darmanin suggère au ministre de l’Intérieur une rencontre le 3 septembre afin « d’engager un échange constructif avec l’ensemble des services ».

Les chantiers mis en lumière par les parquets généraux sont nombreux. Le manque d’effectifs est le plus criant, avec un « sous-dimensionnement parfois extrême » pour un enjeu théoriquement prioritaire : « cinq OPJ (officiers de police judiciaire) et un APJ (agent de police judiciaire) au groupe de protection des familles du Mans pour plus de 4 000 procédures ».

Autre enjeu qui peut avoir des conséquences graves sur le traitement de certains dossiers : la formation des enquêteurs. À Bordeaux, un réserviste auditionnait des enfants de moins de 10 ans par téléphone, tandis qu’à Besançon, on signale « la persistance d’auditions de mineurs victimes mal faites, avec des questions fermées ou des observations déplacées ».

« Flux qui explosent »

Le manque d’intérêt de certains commissariats ou gendarmeries, où la « hiérarchie (faisait) manifestement primer des priorités locales, notamment d’ordre public », a également été pointé. À Limoges, le parquet général a relevé un « investissement professionnel insuffisant, y compris dans les unités spécialisées », selon le courrier.

Sollicité par l’AFP, le ministre de l’Intérieur a fait savoir par son entourage qu’il « regrette la fuite prématurée de ce document qui est un document de travail en cours d’expertise par ses services, qui s’appliquent à élaborer des solutions avec rigueur et pragmatisme ».

Ludovic Friat, président du principal syndicat de magistrats (USM), voit dans le courrier la confirmation « des constats » mis en lumière par l’USM, en particulier « sur les moyens, notamment des services d’enquête ». Toutefois, dit-il à l’AFP, « il paraît inutile de se renvoyer les difficultés, somme toute assez semblables entre les ministères de la Justice et de l’Intérieur, qui souffrent de sous-dimensionnement pour traiter ce contentieux devenu de masse ou découvert comme étant de masse ».

« On a des portefeuilles saturés, des flux qui explosent et font augmenter le stock, un manque d’enquêteurs » et « des outils pas adaptés », résume à l’AFP Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité police FO. Il dénonce un « abandon » des policiers et appelle à « chercher des solutions » plutôt que pointer « les responsabilités des femmes et des hommes en charge des dossiers ».

Les ministres qui se sont succédé place Beauvau, dont Gérald Darmanin, sont « les responsables » des difficultés des services d’enquête, estime Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance, « pas mes pauvres collègues qui ont un ordinateur qui s’allume une fois sur deux », « 300 procédures à gauche, 300 procédures à droite », « des horaires de dingues » et qui « sont essorés ». Les deux responsables syndicaux dénoncent la succession de réformes de la police qui « déstabilise le système ».

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