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Ce sera un vendredi 13 : un bloc de 340 mètres frôlera la Terre sous nos satellites et personne n’aura besoin de télescope pour le voir

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Le vendredi 13 avril 2029, un bloc de roche de 340 à 375 mètres de diamètre traversera la zone entre la Terre et ses propres satellites de communication. L’astéroïde Apophis passera à moins de 32 000 km de la surface terrestre, soit dix fois plus près que la Lune, et plus près que les satellites géostationnaires qui orbitent à 36 000 km d’altitude. Résultat ? Il sera visible à l’œil nu sur un ciel dégagé et noir pendant un bref moment pour environ deux milliards de personnes à travers une grande partie de l’Europe, de l’Afrique et certaines parties de l’Asie. Pas besoin de télescope. Pas besoin d’application. Juste lever la tête.

À retenir

  • Un astéroïde massif rasera nos orbites spatiales le vendredi 13 avril 2029 : que va-t-il vraiment se passer ?
  • Deux milliards de personnes pourront le voir sans télescope, mais certains endroits auront une vue bien meilleure
  • L’Europe lance une mission de 150 millions d’euros pour observer cet événement unique : pourquoi c’est crucial pour la défense planétaire

Sommaire

  1. Un rendez-vous gravé dans le calendrier il y a 4,5 milliards d’années
  2. Ce que les satellites ne verront pas, mais qu’Apophis va traverser
  3. RAMSES : l’Europe ne veut pas manquer ça
  4. Un entraînement grandeur nature pour protéger la planète

Un rendez-vous gravé dans le calendrier il y a 4,5 milliards d’années

En analysant les tailles et les orbites de tous les astéroïdes connus, les astronomes estiment qu’un astéroïde aussi gros ne se rapproche de la Terre qu’une fois tous les 5 000 à 10 000 ans. Pour avoir un ordre de grandeur : une éclipse solaire totale a lieu quelque part sur Terre environ tous les 18 mois, et la comète de Halley revient dans le ciel terrestre tous les 76 ans. Apophis, lui, n’offre ce spectacle qu’une fois par ère géologique humaine.

Avec ses 330 à 375 mètres de diamètre, Apophis est un objet massif, comparable à la hauteur de la Tour Eiffel. Sa masse est estimée entre 40 et 50 millions de tonnes, et il se déplace à environ 12 km/s. Pour ceux qui auraient encore du mal à visualiser l’échelle : l’impacteur de la Toungouska, qui a rasé 80 millions d’arbres de la forêt taïga, était environ quatre fois plus petit, avec 100 mètres de diamètre. Apophis est dans une autre catégorie de masse.

L’ironie de la date n’a pas échappé aux astronomes. L’astéroïde Apophis a été découvert en 2004 et a longtemps été considéré comme une réelle menace pour la Terre. Les premiers calculs effectués par la NASA après sa découverte estimaient un risque d’impact pour le 13 avril 2029, évalué à une chance sur 37. Un vendredi 13 avec une probabilité d’impact réelle : l’astronomie sait parfois se montrer cinématographique. Des observations radar en mars 2021 ont permis d’affiner l’orbite, et le Jet Propulsion Laboratory a annoncé qu’Apophis n’a aucune chance de percuter la Terre dans les 100 prochaines années. Le frisson est désormais purement spectaculaire.

Ce que les satellites ne verront pas, mais qu’Apophis va traverser

Ce jour-là, l’astéroïde frôlera notre planète à une distance de seulement 31 600 km, inférieure à celle des satellites géostationnaires de télécommunications qui orbitent à environ 36 000 km. Apophis passera à l’intérieur du périmètre de nos propres infrastructures spatiales commerciales. Les satellites GPS, eux, orbitent encore plus bas, à environ 20 200 km : Apophis les survolera donc à mi-chemin entre les deux ceintures. Une configuration qui n’a aucun précédent dans l’histoire de l’astronomie moderne.

Lors de ce survol, Apophis apparaîtra comme une étoile de magnitude 3 se déplaçant dans le ciel, observable depuis l’Europe, l’Afrique et l’Asie occidentale. Massés en divers endroits propices d’Europe de l’Ouest et d’Afrique du Nord, des milliers d’astronomes, amateurs comme professionnels, observeront un petit point qui parcourra rapidement le ciel étoilé à 42 degrés par heure. Ce rythme est spectaculaire : pour comparaison, la Lune se déplace d’un degré par heure environ. Apophis traversera l’équivalent de 84 diamètres lunaires en soixante minutes.

À cette distance, l’attraction gravitationnelle de la Terre déformera légèrement l’astéroïde, influencera sa rotation et déclenchera probablement de petites avalanches de débris, amenant à la surface des matériaux qui seraient autrement restés enfouis. La Terre agira comme un laboratoire sans l’avoir demandé, comprimant et étirant un corps rocheux de 40 millions de tonnes à 12 km/s. Dans un scénario où Apophis aurait une faible densité, environ 90 % des roches détachées à sa surface pourraient être arrachées à l’approche de la Terre.

RAMSES : l’Europe ne veut pas manquer ça

Le 10 février 2026, l’ESA a signé un contrat avec OHB Italia pour le développement de la mission RAMSES (Rapid Apophis Mission for Space Safety). Ce contrat, d’une valeur de 81,2 millions d’euros, marque le début de la phase de construction, d’assemblage et de test de la sonde. En ajoutant le contrat préparatoire signé en octobre 2024, la valeur totale de la mission atteint environ 150 millions d’euros.

RAMSES sera lancée sur une fusée japonaise H3 depuis le centre spatial de Tanegashima en avril 2028, en même temps qu’une autre sonde d’exploration d’astéroïdes, DESTINY+ de la JAXA. La sonde mettra dix mois pour rejoindre Apophis, entamant sa phase d’approche en février 2029, deux mois avant qu’il n’atteigne son point le plus proche de la Terre. Cet avantage de deux mois est loin d’être anecdotique. La sonde américaine OSIRIS-APEX doit également observer Apophis, mais arrivera après le passage au plus proche de la Terre. Cela donne un avantage clair à l’Europe et au Japon : ils seront les seuls à observer l’événement en temps réel.

Comme la mission Hera, RAMSES embarquera deux petits CubeSats, nommés Farinella et Don Quijote. Farinella analysera l’environnement poussiéreux autour de l’astéroïde et utilisera un radar pour sonder sa structure interne, tandis que Don Quijote se posera à la surface, prenant des images haute résolution en descendant. Un atterrissage sur un astéroïde en plein survol de la Terre. La défense planétaire a définitivement quitté le registre de la science-fiction.

Un entraînement grandeur nature pour protéger la planète

À l’aide d’une batterie d’instruments scientifiques, RAMSES réalisera un bilan complet avant et après du passage : forme, surface, orbite, rotation et orientation de l’astéroïde. En analysant comment Apophis évolue pendant le survol, les scientifiques apprendront beaucoup sur la réponse d’un astéroïde aux forces externes, ainsi que sur sa composition, sa structure interne, sa cohésion, sa masse, sa densité et sa porosité. Ce sont des propriétés déterminantes pour évaluer la meilleure façon de dévier un astéroïde dangereux en collision avec la Terre.

Si Apophis n’est plus une menace et n’aura donc pas besoin d’être dévié, cette mission servira d’entraînement grandeur nature pour de futurs objets célestes potentiellement plus menaçants. Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur, résume l’enjeu : « Pour la toute première fois, la nature nous en apporte un et mène elle-même l’expérience. Il ne nous reste plus qu’à observer Apophis être étiré et comprimé par les forces de marée. »

Trois ans. C’est le temps qui sépare ce mois de mai 2026 du rendez-vous. Apophis évoluera d’un type Aten à un type Apollo en conséquence de la rencontre de 2029, changeant définitivement de classification orbitale après son passage. Lui non plus ne repartira pas tout à fait comme il est arrivé. Ce vendredi 13, pour la première fois depuis des millénaires, un rocher de 40 millions de tonnes traversera notre voisinage immédiat sous les yeux de deux milliards de personnes, et sous ceux d’une sonde européenne qui, depuis plusieurs mois déjà, l’aura suivi pas à pas.

Sources : media24.fr | futura-sciences.com

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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