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Le Bas-Saint-Laurent enregistre une augmentation du nombre de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) bien en haut de la moyenne québécoise pour l'année 2025-2026.
3342 signalements ont été traités dans la région, soit une augmentation de 6,5 % par rapport à l'année précédente. La moyenne provinciale est de 1,4 %.
La directrice de la protection de la jeunesse du Bas-Saint-Laurent, Mélissa Desjardins, n'est pas étonnée.
Elle estime que cela indique que le filet social de la région est très alerte pour dépister les situations de maltraitances.
On a une communauté et des professionnels très mobilisés autour de la bientraitance envers les enfants. Il y a aussi eu beaucoup de formations sur le dépistage de la maltraitance, explique-t-elle.
Cependant, cette augmentation n’est pas à prendre à la légère, affirmait Leslie Hill, directrice nationale de la protection de la jeunesse, à la conférence de presse pour présenter le bilan national de la DPJ jeudi matin.
Selon elle, le contexte socio-économique crée beaucoup de pression sur les parents et, par conséquent, sur les familles.
On voit des enjeux de santé mentale chez nos jeunes, on voit de la détresse psychologique, le stress parental génère toutes sortes de difficultés. Le fait de ne pas être capable de se nourrir et se loger en même temps et d'avoir à choisir entre les deux, imaginez le stress parental que ça peut créer, lance-t-elle.
Les enfants, toujours une priorité?
Elle explique que la loi sur la protection de la jeunesse est une loi d’exception. La DPJ prend un enfant sous son aile quand la sécurité et le développement de l’enfant sont compromis et qu’il doit être pris en charge par l'État.
En ce sens, la directrice de la DPJ du Bas-Saint-Laurent lance un appel à toute la communauté régionale pour mieux soutenir les familles avant qu’une situation ne dégénère.
Il faut s'entraider, s'épauler, être un cercle de bienveillance. Plus on va être capable de soutenir les parents, moins on va avoir de signalements. Et on va intervenir pour les situations où il y a de la maltraitance grave, où ça nécessite que cet enfant soit pris en charge par l'État pour le protéger
Sur les 3342 signalements enregistrés dans la dernière année, les signalements retenus pour évaluation représentent un peu moins d’un enfant sur trois.
Sur ces cas retenus pour évaluation, deux enfants sur cinq se sont retrouvés pris en charge, soit 313 nouveaux enfants au Bas-Saint-Laurent, ce qui porte à 1134 le nombre d'enfants sous l'aile de la DPJ dans la région.
Des intervenants sous pression
Or, la situation de la main-d’œuvre pour faire le suivi de tous ces enfants demeure fragile.
Il y a une grande pression sur les équipes actuellement. J’ai une liste d'attente au niveau de l'évaluation-orientation qui persiste depuis janvier. Même si je suis actuellement en surnombre dans mes équipes, la moyenne de délai d'attente est autour de 39 jours, indique Mme Desjardins.

Mélissa Desjardins est directrice de la protection de la jeunesse au Bas-Saint-Laurent.
Photo : Gracieuseté du CISSS du Bas-Saint-Laurent
Elle souligne toutefois que toutes les situations qui nécessitent une intervention immédiate de la DPJ sont traitées dans les 24 à 48 heures.
Qu'on ait la capacité ou pas, on trouve des gens qui sont dévoués et qui vont gérer les urgences.
Selon Johannie Blais, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) du Bas-Saint-Laurent, un bon bout de chemin a été fait depuis le dépôt du rapport de la commission Laurent il y a cinq ans, mais il reste encore du pain sur la planche pour améliorer les conditions de travail des intervenants.

La présidente locale de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) Bas-Saint-Laurent, Johannie Blais. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
C’était une recommandation phare du rapport afin qu’un drame comme celui de Granby ne se reproduise plus.
Quand on travaille au niveau de la protection de la jeunesse, il y a un risque élevé de violence. Ça amène des arrêts de travail et de la surcharge pour les autres intervenants pour continuer d’aider les jeunes et les familles, et on n’a toujours pas plus de main-d'œuvre, souligne-t-elle.
Une augmentation marquée des délits chez les adolescents
Dans son bilan 2025-2026, le Bas-Saint-Laurent a enregistré une hausse de 15,9 % de jeunes qui se sont retrouvés devant la justice pénale pour adolescent en 2025-2026, alors que l’augmentation se situe à 4,1 % à l'échelle de la province.
La DPJ du Bas-Saint-Laurent se dit elle-même surprise par ces chiffres.
Mélissa Desjardins n’est pas en mesure d’expliquer pourquoi il y a une augmentation plus marquée de jeunes contrevenants dans la région et assure que son équipe se penche actuellement sur la question.
On réalise que la délinquance se transforme et arrive plus tôt. Je suis particulièrement préoccupée quand je regarde ma tranche d'âge 14-15 ans. J’ai besoin de creuser davantage, parce qu’on n’a pas de délits plus violents ou graves dans la région, mentionne-t-elle.
Selon elle, ces données témoignent des enjeux de santé mentale chez les jeunes et de la fragilisation des conditions de vie des enfants dans un contexte socio-économique qui se dégrade.


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