Comme dans certains autres pays, la crise au Moyen-Orient fragilise les apports en énergie d’une grande partie de la population en Inde. Face à la difficulté de se procurer des bombonnes de gaz, de nombreux indiens se tournent vers la production de biogaz à l’aide de méthaniseurs alimentés avec de la bouse de vache.
Une alternative verte au gaz naturel liquéfié
Officiellement bloqué depuis fin février 2026, le détroit d’Ormuz affiche encore aujourd’hui un trafic maritime proche de zéro. Depuis le début des hostilités entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël, la population indienne peine à obtenir des bombonnes de gaz. Il faut dire que d’ordinaire, pas moins de 60% du gaz naturel liquéfié (GNL) transite par le détroit d’Ormuz.
Depuis plusieurs semaines, de plus en plus d’indiens – surtout en zone rurale – se tournent vers la production de biogaz issu de bouses de vache. Toutefois, cette pratique est loin d’être nouvelle car depuis les années 1980, le gouvernement indien encourage ce type de production. En effet, l’État a subventionné environ cinq millions de méthaniseurs capables de transformer les déchets agricoles en gaz pour la cuisson mais également, en boues riches en azote en guise d’engrais (lisier).
Rappelons au passage que l’Inde consomme pas moins de 30 millions de tonnes de GNL chaque année, dont la moitié provient des importations. Si le gouvernement assure qu’il n’y a pas vraiment de pénurie, les habitants doivent attendre plusieurs heures afin de se procurer une bouteille de gaz. Ceci s’explique par des retards d’approvisionnement, des « achats de panique » dès le début du conflit, ainsi que par le marché noir.
Crédit : Meena Kadri / Flickr
Une pratique rurale
Dans un article du 1er mai 2026, le magazine Phys.org a donné l’exemple de Pramod Singh, un agriculteur disposant d’une unité de production de biogaz depuis 2025. L’intéressé assure que son unité, alimentée par 30 à 45 kilogrammes de fumier provenant de quatre vaches, est suffisante pour six personnes au quotidien.
Pramod Singh assure en revanche que le principal avantage de cette installation reste la production d’engrais, dans la mesure où le conflit au Moyen-Orient perturbe grandement les approvisionnements habituels en engrais chimiques. Rappelons au passage que plus de 45% des 1,4 milliard d’indiens dépendent de l’agriculture et que le pays dispose d’un des plus imposants cheptels bovins du monde.
Objectif neutralité carbone pour l’Inde
Pays le plus peuplé au monde et troisième plus gros pollueur en énergies fossiles, l’Inde a accéléré sa production de biogaz dès 2018. Le gouvernement a en effet promotionné le biogaz comprimé en tant que carburant vert, dans le cadre du programme Sustainable Alternative Towards Affordable Transportation (SATAT). Ce programme a permis de lancer la construction de dizaines d’usines de méthanisation et la subvention de nombreuses petites unités ci et là.
En 2023, une mesure a été prise pour rendre le mélange de biogaz obligatoire pour les segments du gaz naturel comprimé (GNC) pour le transport, ainsi que du gaz naturel domestique (PNG). Mise en œuvre début 2025, cette obligation de mélange à hauteur de 1% de biogaz devrait atteindre progressivement les 5% d’ici 2029. Pour l’Inde, il s’agit là d’une des composantes de son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2070.
Rappelons enfin que l’Inde étant un pays a majorité indoue, la bouse et l’urine des vaches sacrées étaient déjà utilisées en tant que combustible, enduit pour les murs mais également, lors des rituels. Convaincre la population de booster la production de biogaz n’a donc pas été difficile.


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