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Avions guidés à distance : le Canada testera une tour de contrôle numérique

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Les avions qui atterrissent à Hamilton pourraient bientôt être guidés par des contrôleurs situés à près de 300 kilomètres de l’aéroport. Nav Canada a construit une première tour de contrôle numérique à Kingston, dans l’Est ontarien, qui serait en mesure à terme de desservir jusqu’à une quinzaine d’aéroports.

Le système repose sur un ensemble de caméras haute définition offrant une vue panoramique du ciel et des pistes d’atterrissage. Les caméras sont aussi équipées d’un mode infrarouge — pratique la nuit et par temps de mauvaise visibilité.

La tour numérique permettra de relayer ces images vers une salle de contrôle munie de 12 grands écrans. Des fonctionnalités alimentées par l’intelligence artificielle aident les contrôleurs à repérer les dangers potentiels et les aéronefs en mouvement.

Pour Dave Sheppard, chef de la technologie de Nav Canada, cette évolution était inévitable.

Quand on entend parler du concept, ça peut sembler un peu farfelu. Mais nous y avons réfléchi et nous nous sommes dit que ça convient parfaitement au Canada, dit-il.

Un secteur qui perd des plumes

Selon Nav Canada, la société chargée de gérer la navigation aérienne au pays, il manque encore environ 200 contrôleurs, malgré ses efforts de recrutement. Cette pénurie de main-d'œuvre entraîne des retards, des annulations de vols et même de graves accidents, comme à l'aéroport LaGuardia en mars dernier.

L’an dernier, Nav Canada a averti des compagnies aériennes que des pénuries de contrôleurs étaient à prévoir, entre autres à Winnipeg, au Manitoba, et à Kelowna, en Colombie-Britannique.

Quand un contrôleur doit prendre une pause ou s'absente, ils ferment l'aéroport temporairement.

Le contrôle aérien, c'est une ressource précieuse. L'idée de pouvoir les amener, par exemple, dans un centre de contrôle à distance vous permet d'avoir accès à un plus grand bassin de spécialistes, lance l’expert.

En regroupant ses équipes dans un même centre, la société espère ainsi faciliter le remplacement des employés absents. Cela nous permet d’attirer des gens et de recruter des candidats dans un endroit central où ils aimeraient s’installer, vivre et travailler, soutient Dave Sheppard.

Un contrôleur aérien avec casque et micro, devant une fenêtre, le 25 avril 2024, à Yellowknife.

Selon Nav Canada, la société chargée de gérer la navigation aérienne au pays, il manque encore environ 200 contrôleurs, malgré ses efforts de recrutement. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Julie Plourde

L’Association canadienne du contrôle du trafic aérien reconnaît le potentiel de la technologie, mais s’inquiète des conséquences de cette transition sur le plan des ressources humaines.

De nombreux contrôleurs approchent la retraite, souligne le président Nick von Schoenberg, qui craint aussi que d’autres, plus jeunes, choisissent de quitter la profession plutôt que de déménager à Kingston. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un seul contrôleur aérien en ce moment, dit-il.

Bien que Nav Canada se soit montrée ouverte et transparente tout au long du processus, le président du syndicat ajoute que bon nombre de ses membres s’inquiètent encore de ce qui se passerait en cas de défaillance de la technologie.

Une technologie déjà éprouvée ailleurs

Ces tours de contrôle numériques existent déjà ailleurs dans le monde, y compris au Royaume-Uni et en Norvège. Cette technologie améliore considérablement la sécurité du point de vue du contrôle de la circulation aérienne, affirme Jordan Freed, président de Kongsberg Geospatial, le partenaire technologique de Nav Canada.

L’entreprise a déjà déployé son système dans 15 aéroports en Norvège, dans des conditions climatiques difficiles, tous reliés au plus grand centre de contrôle aérien numérique au monde, situé à Bodø, dans le nord du pays.

Nous assistons au développement et à l’intégration de l’IA dans de plus en plus de technologies, souligne le président.

Le système peut continuer d’apprendre au fur et à mesure de son utilisation, devenant ainsi plus performant, ajoute-t-il. Les décisions demeurent toutefois entièrement entre les mains des humains, insiste M. Freed.

D’ici 10 ans, ce sera la norme.

John Gradek, professeur en gestion de l’aviation à l’Université McGill, estime que cette approche représente surtout une modernisation des outils existants. Ce que Nav Canada fait avec cette technologie, c’est ajouter une boîte à outils. Cela ne change en rien les fonctions fondamentales du contrôle aérien, dit-il.

Que vous gériez St. Thomas, London, Sarnia ou Windsor à partir d’un même poste, vous gérez toujours l’espace aérien, souligne l’expert.

Un homme qui porte des lunettes dans l'atrium de Radio-Canada à Montréal.

Ancien cadre chez Air Canada, John Gradek est directeur du programme de gestion de l’aviation de l'Université McGill, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Deschênes

Risques de cybersécurité?

Nav Canada précise que chaque tour numérique sera équipée de caméras supplémentaires et de systèmes d’alimentation d’urgence afin d’assurer la continuité des opérations.

Le principal obstacle demeure la connectivité : pour garantir la sécurité, la société souhaite pouvoir compter sur deux fournisseurs de télécommunications indépendants.

Il faut pouvoir prévoir un signal redondant, affirme l’expert Philippe Doyon-Poulin, de Polytechnique Montréal. Ça peut être un enjeu dans certaines régions au Canada où on a un seul fournisseur de télécommunications qui est disponible.

Une affiche de Nav Canada.

Nav Canada, la société chargée de la navigation aérienne au pays, testera bientôt le contrôle aérien à distance.

Photo : Ben Nelms/CBC

Il souligne qu’une tour de contrôle numérique est potentiellement plus vulnérable aux cyberattaques qu’une tour traditionnelle, mais que des mesures de sécurité doivent être adoptées pour protéger les systèmes informatiques de tels risques.

Les essais opérationnels à Kingston devraient débuter l’an prochain. Si cette technologie obtient le feu vert de Transports Canada, Hamilton deviendra le premier aéroport canadien où les avions sont dirigés entièrement à distance.

Avec les informations d'Elyse Skura, de CBC

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