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Depuis le départ de son fondateur Ferruccio Lamborghini, le constructeur est passé entre plusieurs mains, manquant terriblement de stabilité. En ce milieu des années 80, Lamborghini est sous le contrôle des frères Mimran.
Les deux frères investissent beaucoup d’argent, rénovent l’usine de Sant’Agata et cherchent à recruter des ingénieurs. L’objectif est clair : il faut trouver une remplaçante à la Countach, mythique mais vieillissante et résister à la future Ferrari F40 qui s’annonce très réussie.
L'histoire de la Diablo commence à prendre forme en 1985 avec le Projet 132, conçu pour succéder à la Countach et créer la voiture la plus rapide du monde.
Un cahier des charges simple
L'équipe est passée de 14 à 81 ingénieurs au cours des deux dernières années, et beaucoup viennent de Ferrari.
Au moment où le projet Diablo démarre, on leur assigne quelques objectifs : les vitres des portes devront pouvoir s’ouvrir entièrement, la visibilité arrière devra être améliorée et l’engin devra présenter des performances accrues avec une vitesse de pointe d’au moins 320 km/h.
En effet, on sait déjà que la Ferrari F40 atteindra certainement cette valeur. Et il est hors de question de faire moins bien !
Comme un avion
Comme pour la Miura et la Countach, la disposition mécanique va guider la conception de la Diablo. On choisit un empattement plus long de 15 mm comparé à la Countach, et surtout, on loge les deux radiateurs de refroidissement loin à l’arrière de la voiture.
"Je voulais que la voiture fonctionne comme un jet", expliquera plus tard l’ingénieur Marmiroli. “Nous avons donc décidé, avec Gandini, de placer les radiateurs à l'arrière comme dans les jets". Mais que serait un avion sans l’aérodynamisme ?
Une aérodynamique soignée
Aller vite est une chose, mais rouler au-dessus des 320 km/h tout en conservant une certaine stabilité en est une autre. Marmiroli teste la voiture pendant une cinquantaine d’heures dans la soufflerie de St Cyr à Paris.
La Diablo est ainsi la première Lamborghini à bénéficier d'une “clinique de l'air” lors de son développement. Le résultat est à la hauteur avec un très bon coefficient de traînée de 0,31. "Mais ce qui compte vraiment, c'est qu'à n'importe quelle vitesse, l'équilibre entre l'avant et l'arrière est parfait, la voiture reste à plat sur l'asphalte et il y a même un peu d'appui” selon Marmiroli.
Les caisses sont vides
Si la voiture est encore en plein développement, le projet a déjà pris deux bonnes années de retard sur le plan initial et les caisses de Lamborghini sont vides.
La future Diablo inaugure un nouveau moteur, une transmission inédite, un châssis et une structure utilisant des matériaux comme le carbone.
Mais tout ça est très cher. Les frères Mimran doivent se résoudre à trouver un nouvel investisseur, de préférence un grand groupe automobile capable d’aider Lamborghini.
Chrysler entre dans la danse
Chrysler prend le contrôle de Lamborghini en avril 1987 après y avoir investi 33 millions de dollars. Au moment du rachat, Chrysler rassure les passionnés et fait une promesse, ils ne toucheront pas aux lignes de la future Diablo.
Au moment du rachat, l’usine Lamborghini emploie 341 personnes, ils seront 425 à la fin de l’année 1989. Grâce au soutien financier de Chrysler, Lamborghini peut mener à bien le développement de la supercar.
Une intégration qui va faciliter également l’homologation de la voiture dans tous les pays du monde.
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Gandini a son mot à dire
Alors que la voiture est censée arriver chez les concessionnaires Lamborghini en 1988, une nouvelle réunion va encore retarder la commercialisation de la Diablo.
Le 26 juin 1987, Lee Iacocca, patron de Chrysler, accompagné des membres du conseil d'administration du constructeur américain, examinent la Diablo. On commence alors à la comparer à une Ferrari Testarossa.
Marcello Gandini, designer de la voiture, n’est pas satisfait du prototype, Iacocca non plus. Chrysler va revenir sur sa promesse concernant le design, Gandini va retourner à la table de dessin, et la Diablo attendra 18 mois de plus pour sortir.
Carbone et alu
La Diablo bénéficie d’un tunnel central en fibre de carbone, d’ailes, de portes, et de six panneaux de carrosserie en alliage d’aluminium, emboutis à Turin, puis assemblés et soudés chez Lamborghini.
Le capot moteur, le couvercle du pont avant, les bas de caisse, les pare-chocs et les spoilers avant et arrière sont également en fibre de carbone. Marmiroli souligne fièrement que ces pièces composites sont fabriquées chez Lamborghini.
Des pièces fabriquées par Horacio Pagani
La vérité est qu'elles sont sous-traitées chez un certain Horacio Pagani, un ingénieur de chez Lamborghini qui, lassé de se voir refuser l’achat d’un four autoclave par les comptables de la marque italienne, finira par s’en acheter un lui-même avant de démissionner.
Bilan, chaque pièce en carbone de chez Lamborghini sera fabriquée par Horacio Pagani, qui en profite pour facturer au prix fort son ancien employeur.
Quelques années plus tard, après avoir fait fortune dans la fabrication de pièces en carbone, il crée la première Pagani, autre supercar italienne.
Un nom de taureau
C’est une tradition, les Lamborghini portent le nom de taureaux de combat. La Diablo rend hommage au taureau de combat du même nom qui, en 1869, lutta pendant des heures contre le matador José de Lara, surnommé « El Chicorro ».
Une tradition qui est encore respectée aujourd’hui, la moindre des choses quand le logo de la marque représente également un taureau musclé.
Une voiture pour Golden Boys
La Diablo n’est pas seulement plus rapide que la Countach, elle se montre aussi plus spacieuse.
La cabine offre également plus d'espace que la Testarossa, alors que les sièges et le volant réglables en profondeur ou en inclinaison, facilitent la vie des clients, qui disposent aussi de suffisamment de place pour les jambes.
325 contre 324 km/h
La Lamborghini Diablo est dévoilée en 1990 en Principauté de Monaco, lors de l'ouverture du Rallye Monte-Carlo et c’est un véritable raz de marée. Des quartiers d'affaires de Hong-Kong aux plages de Californie, on ne parle que de ça.
Petit pied de nez au rival Ferrari, la voiture est homologuée avec une vitesse de pointe de 325 km/h, contre “seulement” 324 km/h pour la F40.
Mais surtout, cette Diablo se montre un peu plus civilisée et offre une conduite “plus accessible” au plus grand nombre, de quoi séduire les Golden Boys de New-York et de Californie. Les premiers clients sont livrés en 1991.
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V12 monstrueux
Avec son moteur V12 de 5,7 litres développant 492 ch et 580 Nm de couple, la Diablo pouvait accélérer de 0 à 100 km/h en environ 4,5 secondes.
Finalement elle établira un nouveau record de vitesse pour les voitures de route en atteignant 337 km/h sur le circuit de Nardò. Son châssis tubulaire, sa carrosserie en aluminium et en acier avec inserts en fibre de carbone – une première sur une voiture de série – et sa suspension sophistiquée conféraient à la Diablo une dynamique de conduite inédite.
Pour la première fois, une Lamborghini alliait performances exceptionnelles et confort innovant, avec sièges réglables, vitres électriques et système audio Alpine, offrant luxe, design et puissance sans compromis.
Une longue évolution
Durant ses onze années de production, la Diablo évolue en différentes versions. En 1993, le modèle VT inaugure la transmission intégrale sur une supercar Lamborghini, une caractéristique qui deviendra la norme pour tous les moteurs V12, garantissant une stabilité et une sécurité de conduite accrues.
La même année, le modèle SE30 célèbre le 30e anniversaire de la marque avec un moteur dont la puissance est portée à 525 ch, et même à 596 ch pour la version Jota. Enfin, le VT Roadster de 1995 ouvre la voie aux Lamborghini V12 décapotables.
Revue par Audi
En 1998, suite au rachat de Lamborghini par Audi, la Diablo est revue par les ingénieurs allemands. On note l’arrivée de phares fixes en remplacement des phares escamotables traditionnels, l’introduction de l’ABS et une augmentation de la cylindrée du V12 à 6 litres.
La GT de 1999 porte la puissance du V12 à 575 ch, lui permettant d’atteindre une vitesse de pointe de 338 km/h, tandis que les VT 6.0 et 6.0 SE représentent l’évolution finale, avec un design signé Luc Donckerwolke, premier chef designer de la marque sous l’égide d’Audi.
La production s’étend sur une décennie. Avec 2 903 unités produites, elle va relancer la marque durablement.


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