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Au Musée de l’Orangerie, l’étrange et fascinant destin du Douanier Rousseau

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Des singes dans la jungle (ou les tropiques), 1910, huile sur toile.

Des singes dans la jungle (ou les tropiques), 1910, huile sur toile. Bridgeman Images

CRITIQUE - Le Musée de l’Orangerie, en association avec la Fondation Barnes, retrace avec brio la carrière de cet artiste qui a longtemps couru après la reconnaissance tout en ayant toujours affiché son indépendance d’esprit. Un ensemble somptueux.

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Une histoire d’amitié. Tel est le point de départ du nouveau parcours du Musée de l’Orangerie dédié au Douanier Rousseau (1844-1910) qui convoque simultanément le souvenir du marchand Paul Guillaume et du riche industriel américain Albert Barnes, tous deux unis par une même passion de l’art au début du XXe siècle. Le nom du premier est loin d’être inconnu en France. C’est notamment à cet homme érudit qu’on doit la splendide collection détenue par l’institution parisienne. Le visiteur sait moins, en revanche, qu’il a joué un rôle de conseiller auprès du second.

Parmi ses préconisations : acquérir des peintures du représentant du mouvement naïf, conservées aujourd’hui à la Fondation Barnes de Philadelphie qui a consenti à en dévoiler en exclusivité une partie au public français. D’où un ensemble hétéroclite élaboré par les commissaires Juliette Degennes, Nancy Ireson et Christopher Green, qui témoigne des talents variés du maître. « Cette exposition marque un événement exceptionnel car, jusqu’en 2023, les clauses légales de la Fondation Barnes ne lui permettaient pas de prêter les chefs-d’œuvre réunis par le Dr Albert Barnes pour son musée », confirme Claire Bernardi, directrice du Musée de l’Orangerie.

À lire aussi Au Musée de l’Orangerie, Le Douanier Rousseau comme on ne l’a jamais vu

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Comment ne pas évoquer en préambule l’huile sur toile Mauvaise surprise, exécutée entre 1899 et 1901, dans laquelle une femme apparaît dans le plus simple appareil et dans une nature si caractéristique de son style ? Un tableau dit « manifeste », réuni pour la première fois avec deux autres tableaux emblématiques. Zoom sur le très singulier La Bohémienne endormie, signé en 1897 et prêté par le Museum of Modern Art de New York. Une représentation inspirée par une sculpture du Jardin des Plantes et inédite en France depuis 1984 – moquée jadis au Salon des Indépendants mais ensuite admirée par les surréalistes – qui en dit long, encore, sur son originalité.

« Femme se promenant dans une forêt exotique », huile sur toile, vers 1910. Fondation Barnes. 2026 The Barnes Foundation

Idem pour sa Charmeuse de serpents (1907), accrochée habituellement au Musée d’Orsay… et naguère présentée comme un projet de tapisseries dans les manifestations officielles pour en nier la valeur picturale. Henri Rousseau ? Décidément un homme qui clivait ! Y compris au sein de sa propre famille. « Tu as bien tort de ne pas aimer ma peinture, tu en auras un jour pour plus de cent mille francs », lançait-il à sa fille, avec un certain flair.

Rêves de reconnaissance

Une affirmation qui traduit bien l’état d’esprit qui animait ce peintre sûr de sa différence et toujours enclin à vouloir imposer son style dans les différents cénacles. Pour mesurer son tempérament combatif, il convient d’arpenter la section 4 intitulée « L’ambition de la peinture ». L’occasion d’admirer son irrésistible Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République (1907) et de découvrir ses rendez-vous manqués avec la gloire. À l’image de ses échecs successifs dans ses tentatives de décorer des hôtels de la banlieue parisienne entre 1893 et 1900. Pas question, toutefois, de renoncer à ses rêves de reconnaissance – quitte parfois à s’attribuer des médailles obtenues par un homonyme – en multipliant les grands formats consacrés à des épisodes historiques ! Un virage qui lui vaut à l’époque un certain nombre d’articles de presse, dont il se vante volontiers pour s’attirer les bonnes grâces de l’État.

Étrange et fascinant destin, donc, que celui du natif de Laval qui apparaît avec sa palette dans un autoportrait délicat (1890), et dont on observe avec la même curiosité les natures mortes et les portraits-paysages qui ponctuent la visite. Et dire qu’il n’avait reçu pour seul enseignement que quelques conseils prodigués par une poignée d’illustres aînés… Pas si naïf, on vous dit, même dans la jungle du quotidien !


« Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », Musée de l’Orangerie, Paris 1er, jusqu’au 20 juillet. sdp
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