Cinq cents requins. Sur une plage de l’île de Ré fréquentée par les surfeurs, à peine 50 centimètres d’eau leur suffisaient pour évoluer, à quelques mètres du rivage. Personne, ni les scientifiques ni les témoins, n’explique aujourd’hui ce rassemblement.
Tout commence par un signalement de surfeurs, en août 2026, près d’une plage des Portes-en-Ré, au bout de l’île. Prévenu, le photographe et professeur de voile Gaël Contal se met à l’eau en pensant apercevoir un ou deux squales. Il se rend alors sur place, pensant éventuellement en apercevoir un. Mais dans l’eau, des dizaines de squales l’attendent, se rendant compte que « si j’en voyais un c’était bien… Mais là, c’était vraiment dingue ». Face à l’ampleur de la scène, il filme au drone puis retourne sous l’eau pour photographier les animaux de plus près.
Les images circulent vite. Transmises à l’Association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs), basée à Brest, elles permettent de confirmer l’identité des poissons : des requins-hâ, aussi appelés milandres, au corps fuselé et au long museau. C’est le biologiste marin Éric Stéphan, coordinateur de l’association, qui se charge de compter les silhouettes visibles sur les clichés aériens. Son estimation : au moins 500 individus, un chiffre qui reste une estimation établie à partir des images d’un seul photographe, pas un recensement exhaustif.
À retenir
- Au moins 500 requins-hâ se sont rassemblés pendant cinq jours dans 50 cm d’eau à l’île de Ré en août 2026
- C’est le rassemblement le plus important jamais enregistré de cette espèce dans les eaux françaises
- Les scientifiques évoquent trois hypothèses : l’alimentation, la reproduction ou la tranquillité du lieu
Sommaire
Cinq jours à fleur d’eau, sous le regard des surfeurs
Le banc s’est maintenu plusieurs jours à proximité immédiate de la plage. 500 individus se sont rassemblés pendant cinq jours à proximité d’une plage de l’île de Ré habituellement prisée des surfeurs. Les requins évoluaient sur une bande de 500 mètres le long du littoral et 100 mètres vers le large, parfois dans une eau si peu profonde que leur dos affleurait à la surface. Selon Sud Ouest, ces requins mesuraient entre 1 et 2 mètres et se montraient plutôt inoffensifs pour l’homme.
D’autres témoins ont vu la même chose. Des surfeurs et des maîtres-nageurs présents sur zone ont confirmé le phénomène, sans en comprendre davantage la cause. L’épisode n’est d’ailleurs pas totalement isolé : l’été précédent déjà, une petite colonie de requins-hâ avait surpris des baigneurs aux plages du Lizay et de Grand-Marchais, aux Portes-en-Ré. Un précédent plus ancien existe aussi : il y a quelques années, une vingtaine de requins étaient restés bloqués dans une écluse à poissons à Sainte-Marie-de-Ré.
À la mi-août 2026, les eaux charentaises de l’océan Atlantique ont été le théâtre d’un des rassemblements de requins-hâ les plus importants jamais recensés sur la côte hexagonale. L’Apecs, qui mène depuis 2018 un programme de marquage ayant permis de suivre près de 250 requins-hâ en Atlantique et en Manche, écrit qu’un tel rassemblement n’avait jamais été observé, ou du moins signalé, dans les eaux françaises. Une phrase qui, dans le milieu scientifique très circonscrit de l’étude des sélaciens, pèse lourd.
Une espèce au bord du gouffre, mal connue des chercheurs
Le paradoxe est là, presque cruel : plus l’espèce se raréfie, plus son observation devient précieuse. Son statut est alarmant : classé en danger critique d’extinction à l’échelle mondiale par l’UICN en 2020, et vulnérable en Europe et en Méditerranée, il fait l’objet d’une protection internationale via la CMS, la convention de Barcelone et le Sharks MoU. Ce requin côtier des eaux tempérées descend jusqu’à 800 mètres de profondeur et se nourrit de poissons, de céphalopodes et de crustacés.
Pourquoi une telle vulnérabilité ? Le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis l’explique par sa biologie. Ce requin est jugé extrêmement vulnérable car cette espèce a une maturité sexuelle tardive et une fécondité relativement faible. une population décimée met des décennies à se reconstituer, quand elle y parvient.
Les scientifiques manquent cruellement de données visuelles sur cette espèce. Espèce menacée, il reste encore beaucoup d’inconnues autour d’elle : « On réalise des marquages pour essayer de déterminer leur aire de distribution. Mais c’est une espèce discrète, farouche. On n’a pas beaucoup d’images d’eux en plongée », explique Éric Stéphan. Voir 500 individus réunis au même endroit constitue donc un matériau rarissime, presque inespéré, pour une association qui travaille d’ordinaire à partir de quelques marquages isolés.
Trois hypothèses, aucune certitude
Pourquoi se sont-ils regroupés ainsi ? Trop tôt pour trancher, estime Éric Stéphan. « Il pourrait s’agir d’une zone favorable à l’alimentation mais le requin-hâ n’est pas vraiment connu pour vivre en bande. » Cette première piste peine donc à convaincre le biologiste lui-même.
Reste l’hypothèse de la reproduction. Les agrégations sont fréquentes chez les requins et les raies, souvent liées à l’accouplement, mais la proportion de mâles et de femelles dans ce banc reste totalement inconnue, ce qui interdit toute conclusion hâtive sur ce point.
Troisième piste, plus terre à terre : la tranquillité du lieu. Une troisième hypothèse concerne la faible présence humaine. Le jour de l’observation, cela faisait déjà quinze jours que les « accès directs » à la plage étaient fermés en raison du risque incendie. Il fallait parcourir un kilomètre à pied pour atteindre le rivage, une contrainte qui a peut-être limité la fréquentation humaine sans qu’on puisse affirmer un lien de cause à effet avec la présence des requins.
Le banc s’est finalement dispersé aussi discrètement qu’il était apparu. L’Apecs a d’ores et déjà annoncé vouloir étudier de plus près les eaux de Charente-Maritime dans les mois qui viennent, et invite quiconque croiserait un requin sur nos côtes à le signaler via son formulaire en ligne. Une manière de transformer chaque promeneur ou surfeur en sentinelle involontaire d’une espèce que la science peine encore à percer.
Sources : facebook.com | aquitaineonline.com


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