Un château autrichien où des soldats américains et allemands ont combattu du même côté : l’histoire paraît improbable, mais elle est documentée par les archives militaires américaines. Le 5 mai 1945, la bataille du château d’Itter a opposé, d’un côté, des troupes américaines aidées par des soldats de la Wehrmacht et par des personnalités politiques françaises détenues dans cette forteresse, et de l’autre, des éléments de la Waffen-SS. Trois jours avant la capitulation allemande, deux ennemis jurés ont tenu la même porte, fusil contre fusil, face à un troisième camp.
Le château domine le village d’Itter, dans le Tyrol autrichien, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Kitzbühel. Depuis 1943, les nazis y détiennent des personnalités françaises de premier plan, anciens ministres et généraux, transformées en otages de luxe au fil de la débâcle du Reich. Le confort y est trompeur. Les prisonniers occupaient des cellules transformées en chambres d’hôtel et disposaient d’un personnel de service venu de Dachau, avec une nourriture adéquate et la liberté de se promener dans leur enceinte. Mais début mai 1945, l’inquiétude change de nature : ils craignent d’être exécutés avant l’arrivée des Alliés.
Le commandant SS du camp se donne la mort. Le commandant de Dachau s’est réfugié au château d’Itter alors que le camp était libéré par les troupes américaines, mais il s’est suicidé le 2 mai. Deux jours plus tard, le commandant et les gardes du camp de Castle Itter abandonnèrent leurs postes, laissant les prisonniers en charge mais incapables de partir car des Allemands hostiles restaient à proximité. Les prisonniers se retrouvent seuls, sans gardiens, mais pas sans danger.
À retenir
- Le 5 mai 1945, des troupes américaines et allemandes ont combattu ensemble au château d’Itter contre les Waffen-SS.
- Les Français prisonniers au château, dont un ancien Premier ministre, ont refusé de rester à l’abri et ont participé à la défense.
- Le major Josef Gangl, officier de la Wehrmacht qui avait trahi le régime nazi, a été tué en protégeant Paul Reynaud.
Sommaire
Un cuisinier, un officier déserteur et un char américain
Faute de mieux, les Français envoient des émissaires. Le cuisinier, Andreas Krobot, rencontra le major Sepp Gangl, un officier de la Wehrmacht qui avait abandonné la cause nazie et dirigeait une petite bande de soldats allemands. Gangl sait que sa poignée d’hommes ne suffira jamais. Il fonce alors vers les lignes américaines. Il grabbed a white flag and drove towards the nearest American unit in the area, that unit was the 23rd Tank Battalion.
Face à lui, le lieutenant Jack Lee, cigare éteint aux lèvres. L’improbable proposition d’un officier ennemi venu demander du secours pour sauver des Français ne le décourage pas. Lee accepte, rassemble ce qu’il peut : trois chars, dont le sien surnommé « Besotten Jenny », quelques fantassins, et les hommes de Gangl. En chemin, la mécanique trahit une partie de la colonne. Après une mission de reconnaissance, Lee et son allié amènent leurs chars Sherman défendre le château, mais en chemin, l’état des routes fait qu’un char et son équipage restent en arrière.
Le détachement qui atteint finalement le château, le 4 mai en fin de journée, tient presque dans une seule pièce. Les prisonniers, soulagés de voir arriver des libérateurs, déchantent vite devant leur nombre. Quand Lee arrive au château, les prisonniers accueillent chaleureusement la force de secours, mais sont déçus par sa petite taille. Un renfort inattendu s’ajoute pourtant à la garnison de fortune.
Un SS convalescent dans le camp des défenseurs
Parmi les Allemands présents, un capitaine Waffen-SS. Blessé, soigné au château, il s’était lié aux prisonniers pendant sa convalescence. Les prisonniers français ont demandé à un officier SS, Kurt-Siegfried Schrader, avec qui ils s’étaient liés d’amitié à Itter pendant sa convalescence, de prendre en charge leur défense. Un homme de la Waffen-SS aux côtés des Américains contre ses propres anciens frères d’armes : la ligne de front, ce jour-là, ne suit plus l’uniforme.
Lee organise ce qu’il peut autour des remparts. Il place les hommes sous son commandement en positions défensives autour du château et positionne son char, « Besotten Jenny », à l’entrée principale. Les prisonniers eux-mêmes refusent de rester à l’abri. Lee ordonne aux prisonniers français de se cacher, mais ils restent dehors et combattent aux côtés des soldats américains et de la Wehrmacht. Un ancien président du Conseil français, une raquette de tennis, des officiers allemands et américains : la défense du château rassemble des profils que rien, en temps normal, n’aurait dû réunir sur une même ligne de tir.
L’assaut du 5 mai et l’arrivée des renforts
La nuit du 4 au 5 mai est tendue, ponctuée de reconnaissances ennemies. Puis vient l’attaque principale. Au matin du 5 mai, une force de 100 à 150 Waffen-SS de la 17e division SS Götz von Berlichingen lance l’assaut. Face à eux, une garnison hétéroclite d’à peine une trentaine de combattants, un char, et des munitions qui s’épuisent au fil des heures.
Gangl comprend qu’il faut des renforts extérieurs. Avant le début de l’assaut principal, Gangl parvient à téléphoner à Alois Mayr, le chef de la résistance autrichienne à Wörgl, pour demander des renforts. Trois hommes supplémentaires arrivent ainsi grossir les rangs des défenseurs. Le siège dure. Bien qu’un soldat de la Wehrmacht ait abandonné son poste pendant les combats, les défenses américano-allemandes restantes tiennent la prison jusqu’à l’arrivée de troupes américaines supplémentaires du 142e régiment d’infanterie, environ douze heures après le début des combats.
Le prix de cette victoire improbable a un nom. Il n’y eut qu’une seule victime du côté des forces alliées : le major Josef Gangl, tué par un tireur isolé alors qu’il protégeait l’ancien Premier ministre français Paul Reynaud. L’officier de la Wehrmacht qui avait choisi de trahir son propre camp meurt en défendant un homme que son régime avait fait emprisonner.
Un épisode presque unique dans les archives militaires
Les historiens qui se sont penchés sur les rapports d’unité américains, notamment l’auteur Stephen Harding dans son ouvrage consacré à cette bataille, s’accordent sur son caractère exceptionnel. Cette bataille est l’une des deux seules batailles connues de la guerre au cours desquelles Américains et Allemands ont combattu côte à côte, l’autre étant l’opération Cowboy, et la seule bataille connue où un membre actif de la Waffen-SS a combattu aux côtés des Alliés.
Le château, lui, n’a rien d’un décor de commémoration. Aujourd’hui, le château est de nouveau la propriété d’un particulier et n’est pas ouvert au public, mais il se dresse dans un lieu pittoresque de la région du Tyrol. Aucune plaque monumentale, aucun flot de visiteurs. Juste des murs qui ont vu, l’espace d’une journée de mai 1945, deux uniformes ennemis tirer dans la même direction.


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