Au Canada, l’Alberta, une province aux immenses réserves de pétrole, s’est prononcé contre l’idée d’ouvrir des négociations portant sur son indépendance. 76,5% des votants (selon les estimations à 7h05 en Suisse) ont refusé «l’option 2» sur le bulletin, c’est-à-dire la demande de discuter de l’indépendance.
Ce scrutin était jugé comme un test pour l’unité du pays, aux prises avec un conflit commercial avec Washington qui s’est envenimé cet été.
Le score de 23,5% sera jugé décevant par les souverainistes, qui misaient sur 30% pour que le message envoyé à Ottawa soit substantiel. Durant la soirée de vote, certains osaient espérer un 45-55%. Le vote a été catégorique dans les villes: à Edmonton, le refus de la proposition a frisé les 90%. Même dans les régions rurales, plus séduites par la sécession, le refus se monte à environ 64%.
Le dernier bureau de vote a fermé dans la province peuplée de 5 millions d’habitants peu après 22h (6h suisse), soit avec plus de deux heures de retard, en raison de l’ouverture tardive de certains bureaux de vote. En Alberta, les bureaux ne peuvent pas fermer tant que des gens sont encore dans la file d’attente.
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«Le Canada mérite qu’on se batte pour lui […] Votez aujourd’hui. Votez pour le Canada», a insisté lundi, dans un message sur son compte X, le premier ministre Mark Carney, qui s’est impliqué dans la campagne et a mis en garde les partisans de l’unité du pays contre un manque de mobilisation.
«Nous espérons gagner», a dit à l’AFP Mitch Sylvestre, l’un des dirigeants indépendantistes, critiquant l’implication dans la campagne de Mark Carney qui a, selon lui, «menacé» la province en disant que «voter contre le Canada était dangereux». «C’est très très déraisonnable», a-t-il jugé.
Marginal il y a encore quelques années, le mouvement séparatiste de l’Alberta a suscité l’intérêt de l’administration Trump, qui ne cesse de menacer le Canada d’en faire le 51e État américain, et de ses alliés. Les indépendantistes ont ainsi été reçus au département d’État il y a plusieurs mois tandis qu’Elon Musk a plaidé début octobre pour la sécession de la province.
L’enjeu pétrolier
L’Alberta dispose, avec ses gisements de sables bitumineux, des quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole. Ces richesses sont au centre des revendications des séparatistes qui affirment que l’État fédéral a étouffé l’industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales durant le mandat de l’ex-Premier ministre Justin Trudeau.
«Nous nous sentons volés, floués, maltraités», a déclaré Sandy Martel, 61 ans, lors d’un rassemblement séparatiste samedi à Edmonton, la capitale de l’Alberta.
Rompant avec son prédécesseur Justin Trudeau, Mark Carney a fait de la construction d’un nouvel oléoduc permettant d’exporter ce pétrole vers l’Asie un pilier de sa stratégie visant à réduire la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis.
A Calgary, Alberta, Canada, 19 octobre 2026. — © Jeff McIntosh / Jeff McIntosh/The Canadian Press via AP
David Gallagher, 58 ans, a voté lundi pour rester au sein du Canada. «Aucun des arguments [des séparatistes] n’a de sens», a-t-il dit à Edmonton tandis que Cody Porter, acteur de 48 ans, a jugé, en référence aux allégations d’ingérence américaine, qu’il était «important» de se «présenter unis» face à «une claire interférence de la part d’autres gouvernements».
La première ministre a tenu à organiser le vote
En mai, le mouvement séparatiste est parvenu à recueillir suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d’initiative populaire sur l’indépendance, avant qu’un juge local ne l’annule pour des motifs constitutionnels. Mais la dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith – opposée à l’indépendance mais dont le parti compte des séparatistes dans ses rangs – a décidé d’organiser sa propre consultation.
Le référendum de lundi compte 10 questions, dont certaines liées à la gestion de l’immigration. Tous les projecteurs ont été braqués sur la question 10 qui propose deux options: rester au sein du Canada ou confier au gouvernement provincial le mandat d’organiser un référendum contraignant sur l’indépendance.
Notre éditorial: Le défi de la transformation du CanadaLe Québec est désormais aux mains d’indépendantistes
Au-delà de l’Alberta, Mark Carney est confronté à d’autres velléités indépendantistes dans la province francophone du Québec où le Parti québécois, qui a remporté les élections début octobre, promet un nouveau référendum d’indépendance.
La manipulation de contenus via l’intelligence artificielle et les allégations d’ingérence américaine amènent certains experts à mettre en garde contre de possibles contestations du résultat du scrutin. «Il est probable qu’une partie de la population perçoive ce scrutin comme volé ou injuste», juge Aengus Bridgman, directeur du Media Ecosystem Observatory (MEO) à l’Université McGill de Montréal.


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