Dimanche soir, au centre de Rio, au coup de sifflet final, le bar entier exulte. La défaite du rival argentin en Coupe du monde suffit à mettre un groupe d'amis en joie. Ils sont une dizaine autour d'une table et autant de bouteilles de bière vides.
«Et sinon, vous pensez quoi des relations amoureuses au Brésil?» La transition est mauvaise, mais le sujet prend malgré tout. André se lance. «Il y a une influence du carnaval et de la fête sur la manière dont on séduit. Si tu es au milieu du bazar, tu n'as pas le temps de développer une conversation poussée. C'est le langage du corps qui prend le relais.»
Il faut se représenter la scène, à Rio, Olinda ou Salvador, les trois capitales du carnaval brésilien. Sous une chaleur intense, des corps compressés s'agitent au rythme des fanfares. Quand l'espace le permet, deux regards peuvent se croiser, deux corps peuvent s'approcher. Il peut alors y avoir un bref échange de paroles. Certain·es demandent l’autorisation avant d’embrasser l'objet de leur désir – homme, femme ou les deux en même temps. Mais la plupart du temps, les signaux suffisent. Alors, pendant un temps, plus rien ne compte, ni la cohue, ni la musique, ni la sueur, l'odeur d'urine ou les pickpockets, ici dans leur paradis.
Ici comme ailleurs, non, c’est non!
Pour certain·es, c'est le début d'un compagnonnage de quelques heures, quelques jours ou bien plus. Les autres se perdront. Tant pis. Si l'amour d'un instant ne survit pas à la mécanique de la foule, il n'y aura qu'à attendre le prochain regard.
«C'est une fête trop importante, qui occupe trop de place pour nous. Une bonne partie du pays est perméable à cette culture, même si d'autres fêtes comme la São João ou le bumba meu boi ont leurs propres codes, et même s'il y a des gens et des endroits plus ou moins libérés», continue André.
Malheureusement, il y a les perturbateurs pour forcer les baisers ou profiter de l'abus de substances diverses, mais ces dérives sont de plus en plus combattues, grâce à la mobilisation des femmes contre un machisme très ancré dans la société brésilienne. Ce n'est pas parce qu'ici le baiser engage peu et qu'on n'en est pas avare, qu’il faut céder au harcèlement. «Non c'est non!» clame, ici aussi, un slogan popularisé en 2018 au carnaval.
Première étape, le ficante
Durant ces cinq jours de fêtes, les barrières sociales sont censées s'estomper, et cela remonte à loin. Dans son livre «Histoire de l'amour au Brésil», Mary del Prior décrit les impressions d'un explorateur français qui, en 1816, trouve les Brésiliennes particulièrement prudes, «sauf pendant le carnaval». Quand la libération sexuelle des années 1960 et 1970 est arrivée au Brésil, le terrain était déjà fertile. Tout cela a laissé des traces et c'est dans les années 1980 que s'est diffusé le concept de ficante, toujours au cœur de la logique amoureuse.
En résumé, les relations au Brésil sont simples au premier abord: on discute facilement, on embrasse sans bureaucratie. Puis tout se complique: les amitiés profondes sont plus rares et les relations monogames doivent généralement passer par des phases qui débutent par l'étape du ficante.


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