Le long de la RD 972, entre Saint-Lô et Coutances, 38 maisons attendent la démolition. Le Département de la Manche les a rachetées parce qu’elles se trouvent sur le tracé de l’aménagement de l’axe. Fin septembre 2026, elles étaient toujours debout, selon le constat dressé par ICI.
Aucune pelleteuse n’est passée.
Le hameau de Camprond, dans l’arrondissement de Coutances, est devenu l’image de ce blocage. La commune comptait 386 habitants en 2022 selon l’Insee. Les logements rachetés s’égrènent le long de la route, notamment à Camprond, et la plupart de leurs occupants sont partis depuis plusieurs années. Quelques riverains vivent encore sur place, en bordure d’un axe dont ils attendent la transformation.
À retenir
- Le Département de la Manche a racheté 38 maisons le long de la RD 972.
- Le projet de 2+1 voies a été réduit à des créneaux de dépassement.
- Chaque maison doit faire l’objet d’une étude environnementale avant démolition.
Sommaire
Une route promise, des maisons condamnées
Tout commence officiellement en 2019. Le Département annonce alors une route à 3 voies sur 80 % du tracé, « d’ici une dizaine d’années », ce qui place l’échéance autour de 2029. Il évoque aussi une quarantaine de maisons qui pourraient être rachetées puis détruites.
Trois ans plus tard, le chiffre a changé d’échelle. Une concertation se tient du 31 janvier au 11 mars 2022, avec un projet en 2+1 voies et un contournement de Saint-Gilles. À cette date, 33 maisons ont déjà été achetées sur les 70 prévues, et l’objectif est d’atteindre environ 70 acquisitions d’ici 2025.
Faisons le calcul. Si l’on s’en tient au constat d’ICI, le Département possède aujourd’hui 38 logements concernés, soit 5 de plus qu’au début de 2022. L’objectif de 70 acquisitions d’ici 2025 n’apparaît donc pas atteint sur cette base, même si le brief dont nous disposons ne détaille pas le rythme exact des rachats.
Tout le monde n’a pas cédé. Lors de la concertation de 2022, une riveraine du hameau Guesnay a fait savoir qu’elle refusait de partir.
Du 2×2 voies aux créneaux de dépassement
Pour les habitants, le plus dur est peut-être d’avoir vu le projet rétrécir. En 2016, un couple de riverains achète sa maison en croyant à la promesse d’une 2×2 voies rapide. Dix ans plus tard, il n’est plus question que de créneaux de dépassement, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec une voie express.
Cette maison longe la RD 972, et le couple vit les retards au quotidien. ICI rapporte que le retard de l’aménagement a de lourdes conséquences sur leur vie, sans que le détail figure dans le court extrait que nous avons pu consulter. Ce qu’on en sait suffit à comprendre l’ambiguïté : rester, c’est vivre à côté de voisins absents et d’un chantier qui ne démarre pas.
Le contraste avec les premières annonces est net. En 2019, la perspective était celle d’une route modernisée en une dizaine d’années, et on parle aujourd’hui d’un calendrier qui ne cesse de reculer.
Une étude environnementale par maison
Le dernier coup de frein date de l’été. Lors de la séance plénière de juillet 2026, le président du Département, Jean Morin, s’est agacé d’un nouveau retard. Il met en cause les services régionaux de l’État chargés de l’environnement, qui exigent une étude environnementale pour chaque maison avant toute démolition.
Trente-huit maisons, c’est donc 38 dossiers.
Le calendrier du projet dépend désormais de cette série d’études, comme l’a rapporté ICI en évoquant un délai qui conditionne la démolition des 38 maisons. Le brief ne précise ni la durée de ces études ni leur coût. Il ne dit pas non plus quelle position les services de l’État ont publiquement défendue : seule la version du président du Département est connue à ce stade.
Hirondelles, choucas et chauves-souris aux commandes
Pendant que les dossiers s’empilent, la nature s’installe. Selon ICI, les maisons vides ont attiré des hirondelles, des choucas, des chouettes et des chauves-souris. Ces espèces sont protégées, et leur présence menace de retarder encore le projet.
Le raisonnement est simple, et il n’a rien d’absurde. Une maison inoccupée pendant plusieurs années offre des combles, des cheminées et des granges tranquilles, exactement ce que recherchent ces oiseaux et ces petits mammifères. Plus l’attente dure, plus les occupants se multiplient, et plus l’étude de chaque bâtiment risque de devenir délicate.
La boucle est presque parfaite : le retard fait venir la faune, et la faune justifie le retard. Pour le Département, qui a acheté ces biens pour les raser, l’affaire a de quoi irriter. Pour les défenseurs de la biodiversité, elle rappelle qu’un bâti abandonné n’est jamais un espace vide.
Ce que cette affaire dit des grands chantiers routiers
L’histoire de la RD 972 ressemble à celle de nombreux projets d’infrastructure : une annonce ambitieuse, des acquisitions foncières menées tôt, puis un calendrier qui glisse. La spécificité locale tient au décalage entre la rapidité des rachats et la lenteur de ce qui suit. Le Département a fait sa part sur le terrain, les maisons sont devenues sa propriété, et le chantier, lui, n’a pas commencé pour ces 38 logements.
Reste une inconnue de taille, celle du temps. Entre l’échéance évoquée en 2019, soit environ 2029, et un projet retardé en 2026, personne ne sait aujourd’hui dire quand les premières démolitions auront lieu. Les riverains qui habitent encore le long de la route, eux, continuent de passer chaque jour devant des volets fermés dont le nombre, 38, est désormais devenu un chiffre de dossier.
Une dernière précision pour le lecteur qui voudrait suivre l’affaire : le chiffre de 38 provient du constat d’ICI du 29 septembre 2026, et d’autres médias parlent d’un projet « suspendu ». Les sources locales, elles, parlent de retards, ce qui n’est pas la même chose. La prochaine séance plénière du Département sera sans doute le meilleur endroit pour savoir si la première étude par maison a été lancée.
Source : ici.fr


1 day_ago
76



























.jpg)






French (CA)