Fordlândia a coûté environ 20 millions de dollars à Henry Ford et a été cédée en 1945 pour 244 200 dollars. Le coupable immédiat est un champignon invisible à l’œil nu, qui a gagné d’arbre en arbre dans des plantations trop serrées. Derrière lui s’était pourtant accumulée une série d’erreurs bien humaines.
Soit un peu plus de 1 % de la mise de départ.
À retenir
- Henry Ford a investi 20 millions de dollars pour construire une ville préfabriquée au Brésil en 1928.
- Un champignon propagé dans les plantations trop serrées a anéanti la production de caoutchouc.
- Fordlândia a été revendue en 1945 pour 244 200 dollars, soit moins de 1 % de la mise initiale.
Sommaire
Une bourgade du Michigan posée sur le Tapajós
Fondée en 1928 sur les rives du Tapajós, un affluent de l’Amazone, dans l’État brésilien du Pará, la ville se trouve à environ 300 kilomètres au sud de Santarém. Ford voulait s’affranchir des producteurs d’Asie de l’Est, qui contrôlaient le marché du caoutchouc et faisaient grimper le prix de la matière première de ses pneus. Il a donc fait bâtir une ville préfabriquée, prévue pour 10 000 habitants, avec hôpital, centrale électrique, bibliothèque, hôtel, terrain de golf et des milliers de maisons à clins peintes en blanc. Le décor d’une petite ville américaine, planté en pleine forêt tropicale.
Le règlement suivait le décor. Alcool, jeux d’argent et prostitution étaient interdits, des inspecteurs passaient dans les foyers pour imposer l’étendage du linge sur des cordes, et une sirène rythmait les journées. En 1930, la révolte dite des « casseroles brisées » a vu des ouvriers, excédés par les restrictions alimentaires, saccager des véhicules et des machines.
Ford, lui, n’a jamais mis les pieds à Fordlândia, malgré de nombreuses invitations. Il avait obtenu du gouvernement brésilien environ 2,5 millions d’acres, avec une exemption fiscale en échange de 9 % des bénéfices, puis laissé ses cadres gérer le chantier.
Le champignon et les rangées trop sages
Dans la forêt amazonienne, les hévéas poussent à bonne distance les uns des autres, ce qui limite la propagation des maladies. Les plantations des colonies britanniques d’Asie, elles, alignaient les arbres en rangs compacts, et c’est ce modèle que Fordlândia a copié. Résultat : champignons, fourmis, punaises réticulées, araignées rouges et chenilles ont trouvé un buffet continu. Personne n’avait pensé à engager un botaniste au début du projet.
Entre deux hévéas, il n’y avait plus aucune distance de sécurité.
En 1933-1934, Ford a déplacé l’essentiel de l’effort à Belterra, à une quarantaine de kilomètres de Santarém, où les conditions étaient meilleures. Les premiers résultats ont semblé encourageants. Mais en 1943, Belterra a subi la pire attaque de chenilles de l’histoire de l’État du Pará.
Dix ans de travail, 750 tonnes de latex pour un objectif de 38 000.
1945 : la liquidation
La Seconde Guerre mondiale a accéléré le développement du caoutchouc synthétique, qui rendait la plantation de moins en moins utile. Le marché du latex naturel s’est contracté au moment même où Ford peinait à en produire.
À la mort d’Edsel Ford, son fils Henry Ford II a pris la présidence de l’entreprise et lancé une campagne de réduction des coûts. Fordlândia et Belterra ont été revendues au gouvernement brésilien pour 244 200 dollars, alors que l’ensemble était valorisé à près de 8 millions selon une analyse publiée par le Project Management Institute. En valeur actuelle, la perte sur les 20 millions investis dépasse largement les 200 millions de dollars.
Fordlândia n’est pas une ville fantôme : environ 3 000 personnes y vivaient en 2017, souvent dans d’anciennes maisons d’ouvriers attribuées après 1945 à des familles d’employés du ministère brésilien. La pluie a fini par effacer le logo peint sur le château d’eau.
Sources : join1440.com | worldabandoned.com | deseret.com


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