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502 morts en une vingtaine de secondes : les fissures du grand magasin de Séoul avaient été signalées à la direction le matin même

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Le 29 juin 1995, le grand magasin Sampoong, dans le quartier de Seocho à Séoul, s’effondre en moins de vingt secondes sur une grande partie de son aile sud. Plus de 1 500 clients et employés se trouvent alors à l’intérieur. Le bilan s’établit à 502 morts et 937 blessés, ce qui en fait l’effondrement de bâtiment le plus meurtrier de l’histoire de la Corée du Sud.

Or la direction connaissait le danger depuis le matin.

À retenir

  • Le bâtiment initial conçu pour des bureaux a été transformé en centre commercial avec un étage supplémentaire et des piliers réduits.
  • Des fissures visibles existaient depuis avril 1995 et s’élargissaient le matin du 29 juin avant l’effondrement.
  • La direction a choisi de maintenir le magasin ouvert malgré les signaux d’alerte critiques en fin de journée commerciale.
  • Le poinçonnement du béton autour des piliers fragilisés a provoqué l’effondrement en cascade en vingt secondes.

Sommaire

  1. Un immeuble de bureaux converti en centre commercial
  2. Le matin du 29 juin, des fissures de plus en plus larges
  3. Poinçonnement : la mécanique d’une chute sans préavis
  4. Un procès à la hauteur du drame ?

Un immeuble de bureaux converti en centre commercial

À l’origine, le bâtiment est conçu comme un immeuble de quatre étages destiné à des bureaux. Le terrain est un ancien site de décharge, déjà peu rassurant pour des fondations. En cours de chantier, le président Lee Joon décide d’en faire un centre commercial de cinq étages. L’entreprise de construction d’origine refuse ces modifications : il la remplace par sa propre société.

Il fait ajouter un cinquième étage de restaurants, dont les sols chauffants alourdissent encore l’ensemble. Pour gagner de la surface commerciale, il fait aussi réduire le diamètre des piliers. Le bâtiment devient plus lourd et ses appuis plus minces, deux changements qui vont dans le mauvais sens.

Le magasin ouvre au public le 7 juillet 1990 et accueille environ 40 000 visiteurs par jour. En 1993, il faut déplacer trois climatiseurs de toit d’environ 15 tonnes chacun. Au lieu de les soulever à la grue, on les traîne sur la dalle, qui se fissure autour des piliers.

Soit environ 45 tonnes glissant sur une dalle déjà fragilisée.

Le matin du 29 juin, des fissures de plus en plus larges

Dès avril 1995, des fissures visibles étaient apparues au cinquième étage. La réponse de la direction avait consisté à déplacer des boutiques du quatrième étage vers le sous-sol. Le matin du 29 juin, les fissures s’élargissent et la direction est alertée. Selon certains récits, de forts bruits sourds venus des étages supérieurs se font entendre environ cinq heures avant l’effondrement, et des fissures atteignent 10 cm de large.

La direction maintient le magasin ouvert, par crainte, selon certaines analyses, de perdre des recettes en pleine saison commerciale. Le personnel coupe la climatisation pour soulager le plafond, mais aucun ordre d’évacuation n’est donné.

Vers 17 h 50, des craquements retentissent, la dalle du toit cède et entraîne les étages situés en dessous. Les clients de fin de journée circulent encore dans les rayons, les restaurants du cinquième sont en service. Le bilan définitif s’établira à 502 morts.

Vingt secondes ont suffi pour que l’aile sud s’écroule jusqu’au sous-sol.

Poinçonnement : la mécanique d’une chute sans préavis

Le Sampoong reposait sur des planchers-dalles, c’est-à-dire des dalles de béton sans poutres, qui subissent des forces localisées très élevées. Dans ce système, la charge se concentre autour de chaque pilier. Quand elle dépasse ce que le béton peut encaisser, un cône de béton se détache et la dalle glisse le long du pilier, comme un emporte-pièce. Les ingénieurs parlent de rupture par poinçonnement.

Tout s’additionnait ici : un étage en trop, des piliers amincis, 45 tonnes de climatiseurs et des fissures présentes depuis deux ans. Les enquêteurs ont retenu la surcharge structurelle et le poinçonnement comme causes de l’effondrement.

Un procès à la hauteur du drame ?

Le 27 décembre 1995, Lee Joon est condamné pour négligence criminelle à 10 ans et demi de prison, peine ramenée à 7 ans et demi en appel. Son fils, Lee Han-sang, est condamné à 7 ans pour corruption et homicide involontaire. Les familles de victimes avaient réclamé la peine de mort contre le père.

Deux urbanistes du district de Seocho sont également condamnés pour avoir pris des pots-de-vin. Des audits ont aussi établi que des superviseurs de chantier avaient accepté des pots-de-vin en échange de leur validation des modifications non autorisées.

Les dégâts matériels avaient été estimés à 210 milliards de wons, soit environ 216 millions de dollars. Trente ans plus tard, la série Netflix The Echoes of Survivors: Inside Korea’s Tragedies, sortie le 15 août 2025 en huit épisodes, a remis le drame sous les yeux du public. L’effondrement du Sampoong y figure parmi quatre tragédies, avec des images d’archives en partie inédites.

Sources : sportskeeda.com | deseret.com

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