On aurait voulu être là, caché derrière une porte ou une pile de vinyles, et assister discrètement à ce rendez-vous mythique. Qui n’en était pas un: lorsque Claude Nobs débarque dans les bureaux new-yorkais d’Atlantic Records, début 1967, c’est à l’improviste. La secrétaire l’éconduit mais le Vaudois insiste: il a fait tout le trajet depuis la Suisse… C’est le mot magique: Nesuhi Ertegün, pilier de la maison avec son frère Ahmet, connaît bien Berne, où leur père a été ambassadeur de Turquie dans les années 1920. Il accueille Nobs avec un «Gruezi!» et ce dernier le convainc de soutenir l’aventure qu’il projette: un festival de jazz sur les rives du Léman.
Pour la première édition cet été-là, le label dépêchera au Casino de Montreux plusieurs de ses artistes, dont le maestro du saxophone Charles Lloyd. Ainsi va la légende. Qui veut que le Montreux Jazz Festival ne serait pas ce qu’il est, soixante ans plus tard, sans cette rencontre décrochée au culot, sans cette amitié entre deux projets fous, qui ont en commun l’amour de la note bleue et une audace de tous les diables.


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