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Antoine Bristielle : «Une partie de l’électorat d’Emmanuel Macron est prête à voter RN en 2027»

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Par Antoine Lévêque

Le 5 juin 2026 à 10h37

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«Les électeurs d’Emmanuel Macron se sont en partie droitisés.»

«Les électeurs d’Emmanuel Macron se sont en partie droitisés.» François BOUCHON / Le Figaro

ENTRETIEN -  La Fondation Jean-Jaurès, un think thank de gauche, vient de publier une note qui met en exergue la fragmentation de l’électorat macroniste. Selon son auteur, après le départ du chef de l’État, plus d’un quart d’entre eux se tourneront vers un candidat de droite.

Directeur de l’observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès, Antoine Bristielle a publié pour ce think thank la note 2027 : qui héritera des électeurs de Macron ?.


LE FIGARO. - Qui sont les derniers électeurs d’Emmanuel Macron, sur quelles bases rejoignent-ils encore le chef de l’État ?

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Antoine BRISTIELLE. - L’idée de cette note était d’étudier la manière dont les électeurs ayant réélu Emmanuel Macron en 2022 entendent pour l’instant voter en 2027. Il ressort de cette analyse que l’électorat se divise en quatre blocs, dont un seul, celui que j’ai appelé « les héritiers » et qui se compose de 35 % de l’électorat d’Emmanuel Macron en 2022, irait naturellement vers des candidats issus du bloc central, c’est-à-dire Gabriel Attal et Édouard Philippe.

Quels sont les facteurs ayant permis à des électorats aujourd’hui très fragmentés de rester soudés autour d’Emmanuel Macron en 2022 ? La guerre en Ukraine ? 

Oui, c’est vrai qu’il s’agit d’un élément déterminant. Les études montrent qu’Emmanuel Macron a réussi à agréger autour de sa personne des électorats relativement différents les uns des autres, c’est-à-dire des électeurs socio-démocrates de gauche et des électeurs issus d’une droite libérale. Il convient toutefois de faire la différence entre l’élection de 2017 et celle de 2022.

L’élection de Macron en 2017 était liée à une conjoncture politique très particulière. Benoît Hamon avait gagné la primaire de la gauche et François Fillon celle de la droite. Il y avait donc un espace ouvert au centre. C’est ce qu’illustre la promesse de renouvellement de la politique formulée par Emmanuel Macron avec son fameux : « Et de droite et de gauche ».

Regarder la vidéo Gabriel Attal annonce sa candidature à l'élection présidentielle de 2027

En 2022, il était plus compliqué pour lui de s’afficher comme un candidat de rupture, puisqu’il était déjà au pouvoir depuis cinq ans. D’après moi, l’élection de 2022 s’est jouée à la fois sur la guerre en Ukraine ­– ayant conduit à une campagne électorale tronquée et sans véritable débat de fond – et sur le fait qu’Emmanuel Macron soit parvenu à apparaître comme le meilleur rempart face à l’extrême droite. Il est en outre nécessaire de noter que son électorat en 2022 n’était plus exactement le même que celui de 2017, puisqu’il s’était déjà passablement droitisé. Cette tendance est encore plus marquée aujourd’hui.

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Dans votre note, vous dites que l’électorat macroniste compte 35 % d’électeurs fidèles, 27 % d’électeurs qui iraient plutôt à droite l’année prochaine, 23 % plutôt à gauche et 15 % de désabusés. Peut-on conclure que les électeurs d’Emmanuel Macron ont voté pour lui pour sa personnalité ? Cela ne témoigne-t-il pas de l’échec du macronisme en tant que courant politique ?

Oui, ce constat peut nous conduire à nous interroger sur la durabilité du macronisme après le départ d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, le fait que l’on appelle ce courant de pensée «macronisme» est révélateur. L’adjonction du suffixe «isme» est généralement appliquée à des formations politiques très personnalisées. Il n’est à cet égard pas étonnant de remarquer que le premier nom du parti présidentiel – En Marche – reprenait les initiales d’Emmanuel Macron. Il y avait une vraie volonté de personnalisation. Cela n’a pas conduit à la structuration de ce courant politique sur le long terme. En effet, à l’heure actuelle, ni Édouard Philippe, ni Gabriel Attal, qui ont pourtant tous deux été ses premiers ministres, n’affirment ouvertement être des héritiers d’Emmanuel Macron. Cela témoigne du fait qu’il existe un sérieux risque d’éclatement de ce bloc.

Lorsque l’on regarde les thématiques jugées prioritaires et décisives pour la prochaine élection, dans ce groupe d’électeurs tentés par la droite, les sujets de société arrivent presque en premier.

Antoine Bristielle

Quels sont les facteurs ayant poussé à la droitisation d’une partie importante (27%) de l’électorat d’Emmanuel Macron ? Pourquoi ces électeurs ont-ils changé de convictions sur les questions de société et pas, par exemple, d’autres segments de l’électorat macroniste ? 

Ce qui différencie les électeurs tentés par la droite ou la droite radicale – ils sont d’ailleurs plus nombreux à envisager de voter pour le RN que pour LR –, ce sont en effet les questions de société. Ce segment de l’électorat d’Emmanuel Macron en 2022 se montre aujourd’hui beaucoup plus conservateur sur des sujets liés à l’immigration ou à la sécurité. Il demeure compliqué de déterminer dans quelle mesure cette évolution tient à une radicalisation de leurs positions ou au caractère plus prégnant de ces questions aujourd’hui. En effet, lorsque l’on regarde les thématiques jugées prioritaires et décisives pour la prochaine élection, dans ce groupe d’électeurs tentés par la droite, les sujets de société arrivent presque en premier. Le thème de la santé est le plus important pour cet électorat, mais les questions liées à la sécurité et la maîtrise de l’immigration le suivent de près. C’est certainement la prégnance de ces sujets dans la tête de cet électorat qui explique son déplacement vers la droite ou vers le RN.

Une partie de l’électorat macroniste de 2022 serait satisfaite d’une victoire du RN en 2027. Mais n’est-ce pas antinomique pour ces électeurs de soutenir le RN, alors qu’Emmanuel Macron avait construit sa candidature comme un rempart à ce parti en 2017 et en 2022 ?

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Il est indéniable que la dédiabolisation du RN s’est poursuivie après 2022. Il y a encore cinq ans, ce parti apparaissait comme beaucoup plus radical et infréquentable qu’aujourd’hui. Cela est aussi vrai pour une partie de l’électorat d’Emmanuel Macron. Je pense également – et cela fait d’ailleurs écho à une autre note que j’avais écrite spécifiquement au sujet de l’électorat du RN – qu’une partie de l’électorat potentiel de Jordan Bardella ou Marine Le Pen en 2027 vient plutôt du centre. Cette évolution est liée à l’importance nouvelle accordée par la population à des thématiques telles que l’immigration ou l’insécurité. Le RN est perçu comme le parti le plus compétent pour s’occuper de ces problématiques. En outre, il apparaît comme plus libéral qu’auparavant sur les questions économiques, ce qui plaît à une partie des personnes ayant voté Macron en 2022.

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