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Anne-Marie Couffin, pionnière de la francophonie torontoise, s’éteint à 84 ans

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Anne-Marie Couffin, figure historique de la francophonie torontoise et première directrice générale du Conseil des organismes francophones du Toronto métropolitain (COFTM), s’est éteinte à l’âge de 84 ans.

Elle écoutait et elle agissait, résume son amie de longue date Claudia Lebeuf, qui l’a côtoyée pendant près d’un demi-siècle. Anne-Marie a fait un véritable travail de pionnière. Elle s’est beaucoup dévouée à la francophonie à Toronto.

Pour Mme Leboeuf, sa disparition rappelle l’importance de préserver la mémoire de celles et ceux qui ont bâti les institutions francophones de la Ville Reine.

J’espère que les jeunes se souviendront de ces pionnières qui viennent de disparaître. Ce sont des noms qui font partie de l’histoire franco-ontarienne à Toronto.

Moins visible dans la communauté ces dernières années, Mme Couffin vivait dans sa maison du chemin Gainsborough, dans l’est de la métropole, où elle prenait soin de son époux, Joël Couffin.

Son fils souhaite que l’on se souvienne autant de la militante que de la femme derrière ses nombreux engagements.

C’était une femme, une mère, une grand-mère et une arrière-grand-mère. Mais pendant plus de 25 ans, elle a vraiment milité pour les services en français en Ontario, avec une attention particulière pour Toronto, témoigne Jean-Marc Couffin.

Un désir de liberté

Anne-Marie Couffin quitte la France pour Toronto en 1968, quelques jours avant les événements de Mai 68. Elle est alors animée par un désir de liberté.

En France, tout le monde avait son mot à dire sur notre avenir, à mon mari et à moi. On avait d’abord pensé partir en Afrique, mais j’avais un frère qui habitait à Toronto. On s’est dit : pourquoi pas le Canada? racontait-elle dans une entrevue accordée à Radio-Canada avant son décès.

À Toronto, elle rencontre Harry Giles et Anna Por, les fondateurs de la Toronto French School (TFS). Le couple propose à la jeune professeure de chimie de créer la classe de sixième année de l’établissement.

J’étais très enthousiaste. Je me suis lancée dans la traduction de la méthode Nuffield, qui part de l’expérience pour arriver à la généralité. C’était très nouveau pour moi, se souvenait-elle.

Devenue représentante des enseignants au conseil d’administration de la TFS, elle milite pour l’embauche de Canadiens français, allant jusqu’à mettre sa démission dans la balance.

Je leur ai dit : "Moi aussi, je suis canadienne-française. Si vous ne voulez pas de Canadiens français, alors vous ne voulez pas de moi!"

Son engagement dans le milieu scolaire se poursuivra pendant plusieurs années. Elle contribuera notamment à la création du conseil scolaire public francophone de Toronto, qu’elle présidera également.

Son engagement envers la francophonie a commencé par l’éducation, souligne son fils. Elle nous a aussi élevés, mon frère et moi, pour que nous participions le plus possible à la francophonie. Nous avons tous les deux travaillé en français et au Centre francophone.

Une communauté à bâtir

Anne-Marie Couffin se sent franco-torontoise dès son arrivée dans la métropole.

À l’époque, la communauté, c’était la paroisse du Sacré-Cœur, racontait-elle. Comme plusieurs francophones de sa génération, elle voit dans l’église, située à l’intersection des rues Carlton et Sherbourne, un véritable second foyer.

Je faisais des cours de préparation au mariage, mais à ma manière, s’amuse-t-elle, j’étais pro-choix et, des fois, ça causait des problèmes.

Elle participe aux activités de la paroisse et aux soirées dansantes du samedi, tandis que son mari s’implique auprès des scouts. C’est aussi à Sacré-Cœur qu’elle rencontre Omer Deslauriers, une autre figure marquante de la francophonie torontoise.

En 1976, celui qui est alors responsable des affaires francophones à la Ville de Toronto lui permet de créer un premier centre de jour destiné à une quarantaine d’enfants au Centre Harbourfront.

C’est là que j’ai appris que les ministères pouvaient donner de l’argent pour des projets, expliquait-elle. Ces subventions lui permettent d’embaucher du personnel et de proposer aux jeunes des ateliers de couture, de perles et même de photographie.

Pour Rolande Smith, de la Société d’histoire de Toronto, son parcours illustre celui de nombreux francophones dont l’engagement a commencé par l’éducation de leurs enfants avant de s’étendre à l’ensemble de la communauté.

Il y avait tout un bouillonnement autour de la création de services en français à Toronto. Leur mission dans les associations scolaires débordait ensuite vers les associations sociales. C’est ce qui s’est passé avec Mme Couffin.

Aux origines du Centre francophone

Toujours en 1976, Omer Deslauriers réunit plusieurs acteurs de la communauté afin de créer le Conseil des organismes francophones du Toronto métropolitain (COFTM). L’organisme doit fédérer 17 associations francophones, dont le premier Centre francophone de Toronto.

En 1977, Mme Couffin quitte l’enseignement pour travailler à temps plein au COFTM, dont elle devient la première directrice générale. L’organisation s’installe dans le bâtiment historique du 20 Lower Spadina Avenue à une époque où le lac Ontario arrivait encore tout près de ses fenêtres.

Elle organise des rencontres mensuelles entre les organismes membres ainsi que de nombreux événements communautaires. Ces rassemblements conviviaux demeuraient, à ses yeux, sa plus grande réussite.

Parmi ses souvenirs les plus marquants figurait la création d’une crêperie pleine à craquer le dimanche, au point où il fallait parfois installer des tables à l’extérieur. Elle se rappelait aussi les spectacles, les fins de soirée autour du piano, les expositions organisées pour garnir les murs et la publication du Bulletin, un journal aujourd’hui disparu qui relatait les activités des organismes membres.

Le Centre francophone qui existe aujourd’hui, c’est grâce à Anne-Marie Couffin. Quand elle a commencé à gérer le COFTM, le Centre francophone en a découlé, affirme Claudia Lebeuf, qui siégeait au premier conseil d’administration du COFTM.

Mme Smith, présidente de la Société d'Histoire de Toronto, souhaite que l’on retienne sa dévotion pour bâtir des services durables en français.

Elle croyait tellement à ce qu’elle faisait. Quitter l’enseignement pour consacrer sa vie aux organismes sans but lucratif, c’était certainement un sacrifice.

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