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C’est le temps des vendanges dans les vignobles du Québec, mais aussi dans de nombreuses familles d’origine italienne et portugaise. Chaque année, depuis des générations, ces communautés perpétuent la coutume de vinifier le jus des raisins achetés dans les marchés afin de produire leur propre vin maison.
Chez les Pettinicchio, l’automne apporte une odeur de raisins vinifiés, alors qu’une cuve de grappes fermente dans le garage. La semaine dernière, ils ont acheté six caisses de raisins pour ce projet annuel.

Faustino Pettinnichio a commencé à aider son père dès son enfance. Malgré les résultats parfois imprévisibles d'un vin naturel sans sulfites, la fierté et le plaisir du partage familial restent intacts.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
La préparation du vin artisanal, qui compte plusieurs étapes, se fait souvent avec la famille élargie. Les oncles, les tantes, les grands-parents et les enfants se joignent au projet. Et chacun a son rôle à jouer, raconte Faustino Pettinicchio.
Quand mon père commençait à faire le vin [...] quand j'étais petit, ma job, c'était d'ouvrir les caisses, car, à l’époque, le raisin était dans des caisses de bois, raconte-t-il.
Ce père de famille italo-montréalais, qui a grandi à Saint-Michel, se remémore aussi l’esprit de solidarité qui habitait le quartier, lorsque des cuves étaient installées devant plusieurs foyers. Les voisins partageaient aussi les outils, parce que ce n’est pas tout le monde qui avait tout ce qu'il fallait pour le faire. C'était une très grande affaire de communauté pour nous.
Ces jours-ci, il transmet ses connaissances à son fils, Pasquale Pettinicchio, qui a eu envie de reprendre le flambeau.

Le pressurage du raisin à l'aide d'équipements traditionnels demeure une étape clé de la fabrication artisanale. Après la première fermentation, les grappes sont transférées dans un pressoir en bois, que la famille a hérité du grand-père qui l'a apporté d'Italie dans les années 1950.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
Après avoir laissé le raisin écrasé dans une cuve de fermentation primaire pendant une semaine, le duo le transférera dans un pressoir en bois importé d'Italie par le père de Faustino Pettinicchio, dans les années 1950. Le jus sera ensuite versé dans des bonbonnes de verre pour une deuxième fermentation.
Faustino Pettinicchio explique que son père a contribué à l'adoption de la fabrication de vin maison à Montréal, lorsque des milliers d’Italiens sont arrivés dans la métropole après la Deuxième Guerre mondiale.
Quand ils sont venus ici, il n'y avait pas de tradition de faire du vin maison, le vino di casa. Alors ils ont tous commencé à faire ça dans le garage ou dans le sous-sol.

Une mère et son fils entament la seconde étape de la préparation du vin maison, qui repose souvent sur un travail d'équipe.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
De nouveaux vignerons en herbes
La saison de production du vin maison est courte, mais intense. Elle commence au début du mois de septembre et se termine quelques semaines plus tard, à la mi-octobre.
Depuis les années 1960, l’entreprise Lazio, qui importe des centaines de tonnes de raisins californiens chaque année, sert les Italo-Montréalais qui veulent perpétuer cette tradition.
Le commerce a été fondé par le père de Mira Porco, aujourd’hui aux commandes avec ses frères.

Mira Porco répond aux questions d'un client sur les cépages à utiliser pour produire du vin, cette année.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
Debout entre les caisses de grappes de cabernet sauvignon, de muscat et de chardonnay, la commerçante décrit les divers cépages aux clients qui se présentent à son commerce. La plupart repartent avec quelques caisses, prêts à se lancer dans la production.

Les clients défilent chez Lazio en cette période des vendanges, qui est courte, mais intense.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
Même si la saison est plus courte qu'autrefois et que les plus jeunes générations délaissent cette tradition, Mira remarque que sa clientèle se diversifie.
Avant, c'était des Italiens, des Portugais, mais maintenant ce sont aussi les Canadiens français qui font du vin, des Roumains, des gens d'un peu de partout. Alors oui, on en vend peut-être un peu moins, mais c'est à plus de nationalités différentes.
Même mon fils a commencé en affaires, parce qu'on veut que les jeunes continuent la tradition.

Les caisses de raisins importés de Californie se succèdent au marché lors de la récolte automnale. Lazio offre aussi du jus de raisin déjà pressé.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
Du vin... au 7 Up
Elena Faita, fondatrice de l’école de cuisine italienne Mezzaluna, note, elle aussi, un déclin de la tradition.
Même si son père fabriquait du vin chaque année, il ne lui a jamais dévoilé les secrets de sa recette. Il lui a cependant laissé autre chose en héritage : Quand il est mort, il nous a laissé 800 bouteilles de son vin à tous les enfants. Puis, on a divisé ça en six, donc chacun de nous a eu le vin de mon père.

Dans la Petite Italie, à Montréal, Elena Faita voit encore des voisins préparer leur vin. La pratique perd toutefois en popularité, remarque-t-elle.
Photo : Radio-Canada / Catherine Dib
La mère du chef Stefano Faita se souvient également d’un voisin âgé de la Petite Italie qui a continué à faire du vin artisanal jusqu’à son dernier souffle. Il avait 95 ans, puis il faisait encore son vin. Son vin était dégueulasse, là, c'est pas toujours bon!
Lorsqu'un vin maison était trop corsé, il était d'ailleurs habituel de le mélanger avec une boisson gazeuse, comme du soda au gingembre ou du 7 Up, pour l'adoucir, explique-t-elle.
Faustino Pettinicchio le reconnaît aussi : la qualité des vins produits à la maison varie. Mais bon ou pas bon, il en prend un verre.
Les gens sont très fiers de leur vin. Quand tu vois quelqu'un et qu'il sort son vin, il faut faire attention, il ne faut pas dire que ce n'est pas bon! Même si tu ne l'aimes pas, il ne faut pas insulter, il faut le boire.
Un texte de Catherine Dib


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