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À la recherche de l’ADN de Léonard de Vinci

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Reconstituer le profil génétique de Léonard de Vinci est la difficile quête dans laquelle s’est engagé un groupe multidisciplinaire de chercheurs qui ont lancé, il y a quelques années, le Leonardo da Vinci DNA Project. Ces chercheurs viennent de publier leurs dernières découvertes, parmi lesquelles pourraient bien se trouver des bribes d’ADN de ce génie de la Renaissance. Ces scientifiques font valoir qu’en mettant au jour le génome de Léonard de Vinci, il deviendra ainsi possible d’authentifier ses œuvres qui sont contestées et peut-être même trouver les clés génétiques de son génie.

Dans l’article qui figure sur le site de prépublication bioRxiv, les chercheurs expliquent avoir recueilli des « résidus biologiques » à la surface d’un dessin à la sanguine intitulé Le Saint Enfant qui appartenait à un marchand d’art états-unien. Ce dernier, aujourd’hui décédé, attribuait ce dessin à Léonard de Vinci sur la base de la technique picturale employée. Mais des experts sont moins convaincus et pensent plutôt que ce dessin datant de 1472 à 1476 aurait pu être l’œuvre d’un élève du créateur de La Joconde.

Les prélèvements de ces résidus (de sueur, de cellules de peau, de bactéries, etc.), qui ont été piégés dans les fibres du papier, ont été effectués en frottant très délicatement le devant, l’arrière et les bordures du dessin à l’aide d’écouvillons semblables à ceux utilisés pour les tests de COVID-19. On a ensuite extrait l’ADN présent dans ces différents échantillons, puis on a procédé à son séquençage.

Végétaux, micro-organismes et ADN humain

Cette opération a révélé la présence d’ADN provenant de bactéries, de virus, de champignons, de plantes, d’animaux et d’humains de sexe masculin. Parmi les traces génétiques de végétaux les plus abondantes figuraient celles d’ivraie d’Italie, de millet (deux plantes présentes en Italie entre le XVe et le XVIe siècle) et de saule, qu’on trouvait sur les rives de l’Arno et qui était utilisé en vannerie, en reliure et pour faire du charbon servant pour les esquisses. On y a également détecté des traces de pin sylvestre, qui était employé en Toscane pour fabriquer les encadrements et les canevas qu’on couvrait d’une toile pour peindre, et dont la résine servait à fabriquer la poix, qu’on incorporait aux mastics et vernis utilisés dans les productions artistiques.

Plus singulière est la présence de traces d’oranger qui, selon les auteurs, fournit un indice sur le contexte dans lequel Léonard de Vinci aurait fait ce dessin : soit probablement dans une villa des Médicis, à Florence, dont les jardins étaient plantés d’arbres du genre Citrus qui étaient considérés comme « un symbole de richesse […] et de curiosité scientifique ». Or, on sait que Léonard de Vinci a travaillé sous le patronage de Lorenzo de Médicis et qu’il a donc dû dessiner dans les jardins de ce mécène.

L’identification de bactéries de l’espèce leptospira concorde aussi avec l’écologie de Florence à la Renaissance, où les fréquentes infestations de rongeurs et la circulation du bétail étaient propices à la prolifération de ces bactéries.

De plus, la détection de Plasmodium, ce parasite responsable de la malaria, est loin d’être incongrue, puisque le paludisme était endémique dans plusieurs régions d’Italie, notamment en Toscane, à la Renaissance. De plus, des analyses récentes des tombes des Médicis ont confirmé que plusieurs d’entre eux en étaient atteints.

Quant à l’ADN humain qu’on a trouvé dans les échantillons, les chercheurs font remarquer qu’il peut avoir appartenu à diverses personnes ayant manipulé le dessin au cours des 500 dernières années de son existence, et non pas uniquement à l’auteur du dessin. Dans un premier temps, ils ont pu éliminer l’ADN associé au dernier propriétaire de l’œuvre grâce à la séquence de son génome qu’il leur a fournie.

Le chromosome Y de Léonard ?

Puis, à défaut de disposer d’ADN avéré du peintre (provenant par exemple de restes de sa dépouille ou de son squelette), qui, en principe, était nécessaire pour reconnaître et repérer les segments d’ADN qui appartiendraient à Léonard de Vinci dans les échantillons prélevés du dessin, les chercheurs ont souhaité récupérer de l’ADN d’un parent du peintre. Ce parent devait être de sexe masculin, car c’est sur le chromosome Y que les chercheurs allaient concentrer leur attention. Et ce, pour une bonne raison : le chromosome Y est transmis de père en fils presque inchangé, sans se recombiner avec des gènes de la mère comme cela se passe dans les autres chromosomes, ce qui permet de retracer l’ascendance masculine d’un homme sur de multiples générations.

Les chercheurs ont eu accès à des lettres écrites de la main d’un ancêtre de Léonard de Vinci, soit un cousin de son grand-père. Sur le scellé de cire de ces lettres, ils ont pu récupérer de l’ADN humain qu’ils ont comparé à celui recueilli sur le dessin. Ils ont ainsi découvert que les chromosomes Y des deux sources (dessin et lettres) partageaient un même haplogroupe, c’est-à-dire un ensemble de mutations génétiques que porte un groupe de personnes ayant des ancêtres communs. Cet haplogroupe est présent chez les habitants actuels et d’hier de Toscane, où Léonard de Vinci est né. Bien qu’il s’agisse d’un élément en faveur d’un lien avec Léonard de Vinci, il n’est pas possible de conclure que le dessin renferme l’ADN de Léonard de Vinci, car de nombreux Toscans d’aujourd’hui et d’hier portent cet haplogroupe.

Dans les prochains mois, les chercheurs pourront compter sur de nouveaux indices, indique-t-on dans un article publié dans Science : notamment sur le génome de certains descendants mâles du père de Léonard de Vinci. Quelque 14 descendants toujours vivants ont été identifiés grâce à la reconstruction de la généalogie paternelle de Léonard de Vinci, qui compte 21 générations depuis la naissance de son grand-père, en 1331, jusqu’à aujourd’hui.

Ils pourront également comparer le chromosome Y de ces descendants vivants à celui de son grand-père paternel, un oncle ou deux demi-frères, dont les ossements ont été exhumés l’année dernière d’une voûte familiale dans l’église de Santa Croce, à Vinci.

Mais la preuve irréfutable ne viendra que si on a accès à des sources d’ADN de Léonard lui-même, comme une mèche de cheveux ou ses ossements, qui ont peut-être été préservés sous la chapelle Saint-Hubert, à Amboise, où il a été inhumé, ou encore à des échantillons prélevés sur un plus grand nombre de ses œuvres d’art et carnets de notes, comme le Codex Atlanticus, qui est conservé à la Pinacoteca Ambrosiana de Milan.

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