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À Étrelles, Charlotte Kerglonou veut sauver sa ferme

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Après un redressement judiciaire, Charlotte Kerglonou fait face à un nouvel épisode de fragilité qui l'amène à lancer une cagnotte de 60 000 euros.

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Charlotte Kerglonou.

Charlotte Kerglonou. ©Arnaud Marlet

Par Arnaud Marlet Publié le 1 oct. 2026 à 18h06

« Je suis paysanne depuis 15 ans. » Dans une courte vidéo publiée fin septembre, Charlotte Kerglonou résume en quelques mots ce qui constitue aujourd’hui le cœur de son combat. À 39 ans, l’éleveuse installée à Étrelles (Ille-et-Vilaine) ne cherche pas à changer de métier. Elle veut continuer à faire vivre sa ferme laitière biologique, malgré les difficultés qui se sont accumulées depuis sa reprise en 2023.

Son parcours agricole n’était pourtant pas une évidence. Originaire du Finistère, Charlotte Kerglonou commence des études d’allemand puis d’infirmière avant de revenir à son envie première. Elle rejoint le lycée agricole du Rheu et décroche en 2008 un BTS productions animales. « J’ai adoré et je ne suis jamais repartie de l’Ille-et-Vilaine », explique-t-elle.

Après avoir travaillé comme salariée dans les services de remplacement, elle s’installe en 2011 sur la ferme familiale de son compagnon, aujourd’hui son ex-mari. L’exploitation est alors conduite en élevage laitier conventionnel. La crise de 2015 conduit à faire évoluer le système, d’abord avec une MAEC, puis vers l’agriculture biologique. Une évolution qui permet aussi, selon elle, d’améliorer les conditions de travail et le bien-être des animaux.

Une reprise en solitaire

Après une séparation en 2020, Charlotte Kerglonou reprend, en mai 2023, une exploitation à Étrelles. Le projet porte sur environ 70 hectares et 300 000 litres de lait produits en bio. Mais la nouvelle installation ne ressemble pas au nouveau départ espéré. « J’ai trouvé cette ferme en très mauvais état et j’ai eu énormément de problèmes », raconte-t-elle dans sa vidéo.

À cela s’ajoute une difficulté majeure : elle se retrouve seule pour faire tourner une exploitation qui, selon elle, représente largement la charge de travail de deux personnes. Les problèmes sanitaires s’accumulent. L’épuisement aussi. « J’ai baissé les bras, j’ai sombré », reconnaît-elle.

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En septembre 2024, elle engage alors une procédure de redressement judiciaire. L’objectif est de geler les dettes et de donner à l’exploitation le temps de retrouver un équilibre. En avril 2026, un plan de redressement est finalement homologué.

Pour Charlotte, c’est une étape décisive. « Au mois d’avril, j’y suis parvenue après pas mal d’efforts », explique-t-elle. Le plan lui permet de retrouver un peu de sérénité et de se projeter à nouveau dans son métier.

Mais quelques mois plus tard, un autre problème vient fragiliser cet équilibre déjà précaire.

Les stocks d’hiver déjà entamés

L’été 2026 a durement éprouvé l’exploitation. La sécheresse a fortement limité la pousse de l’herbe et contraint l’éleveuse à puiser très tôt dans ses stocks destinés à l’hiver. « Je donne déjà la ration hivernale et à cette allure, je n’aurai plus rien à donner à manger aux vaches », explique-t-elle.

Le manque de fourrage se double d’une baisse de la production laitière. Charlotte estime avoir perdu environ 5 000 euros par mois depuis juin. Une perte de revenu particulièrement difficile à absorber.

Sa situation judiciaire la prive en outre de certains dispositifs d’aide d’urgence. Elle devra donc acheter du fourrage pour nourrir le troupeau, alors même que sa trésorerie reste sous tension.

C’est ce nouvel enchaînement qui l’a poussée à lancer une cagnotte participative sur GoFundMe. Elle vise 60 000 euros. Au-delà de la somme recherchée, Charlotte veut donner à comprendre ce que représente cette ferme pour elle.

« Cette ferme et cette maison, c’est un peu la vie dont j’ai toujours rêvé. C’est le métier où je me sens à ma place et c’est ma vocation », dit-elle dans la vidéo.

« Je veux continuer à être paysanne »

Le choix de l’agriculture biologique fait partie intégrante de ce projet. Charlotte y voit une manière de préserver l’environnement et la biodiversité, mais aussi de participer à une dynamique agricole locale et de produire une alimentation qu’elle souhaite de qualité. La ferme constitue également le cadre de vie qu’elle imagine pour ses deux enfants, âgés de 16 et 12 ans.

« M’aider aujourd’hui, ce n’est pas seulement m’aider moi, c’est aider une femme, c’est aider une ferme à grandir et à tenir dans un paysage où on préserve la biodiversité, l’environnement, où on essaie de produire une alimentation de qualité et saine pour les gens qui vivent autour de moi », affirme-t-elle.

Le discours pourrait facilement se réduire à celui d’une agricultrice appelant à la solidarité. Il est pourtant plus large. Charlotte Kerglonou s’interroge bien sur la possibilité de continuer, mais sa réponse est claire : elle veut rester paysanne.

« Je veux continuer à être paysanne. Je veux continuer à faire vivre cette ferme et je veux continuer à me lever le matin en me sentant à ma place », conclut-elle.

Co-porte-parole de la Confédération paysanne d’Ille-et-Vilaine, elle a longtemps défendu collectivement les intérêts des agriculteurs. Elle se retrouve aujourd’hui dans une position différente : celle de devoir demander de l’aide pour son propre projet. « Je me suis toujours beaucoup investie pour défendre collectivement les intérêts des paysans. Aujourd’hui, c’est moi qui ai besoin des autres », résume-t-elle.

Après avoir déjà dû reconstruire son projet professionnel et personnel, Charlotte Kerglonou se retrouve donc face à un nouveau cap à franchir. Cette fois, l’enjeu est de préserver les moyens de production nécessaires pour permettre à une ferme de continuer à exister.

Pour en savoir plus : https://www.gofundme.com/f/sauver-une-ferme-laitiere-en-agriculture-biologique

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