Imaginez le mont Blanc englouti sans laisser de trace, puis une faille si longue qu’elle relierait la Norvège à la Sicile. Ce paysage existe, mais pas sur Terre. Sur Mars, Valles Marineris creuse la surface de la planète rouge sur des milliers de kilomètres, défiant toute comparaison terrestre.
À retenir
- Découvert en 1971-1972 par la sonde Mariner 9, Valles Marineris est le plus grand canyon connu du système solaire, dix fois plus long, vingt fois plus large et cinq fois plus profond que le Grand Canyon.
- Son origine proviendrait d'un étirement de la croûte martienne lié au soulèvement du plateau volcanique de Tharsis, et non d'une érosion fluviale comme sur Terre.
- La sonde Mars Express a réalisé la première image 3D en couleur du canyon en 2004 et y a détecté des minéraux sulfatés hydratés témoignant d'une ancienne présence d'eau.
Valles Marineris, la cicatrice qui défigure la planète rouge
Avant 1971, Mars avait mauvaise réputation auprès des scientifiques. Les sondes Mariner 4, 6 et 7 avaient renvoyé des images d’une surface criblée de cratères, figée dans le temps comme notre Lune. Une planète morte, sans relief marquant, sans histoire géologique digne d’intérêt.
Cette vision allait voler en éclats grâce à Mariner 9. Après la perte accidentelle de sa jumelle Mariner 8, la sonde a été reconfigurée pour se placer en orbite martienne avec une inclinaison de compromis de 65 degrés. Elle est ainsi devenue la toute première sonde de l’histoire à orbiter autour d’une autre planète que la nôtre.
Le résultat a dépassé toutes les attentes. Au terme de sa mission, achevée en octobre 1972, Mariner 9 avait transmis 7 329 images couvrant 85 % de la surface martienne. Parmi ces clichés, un détail a immédiatement attiré l’attention des équipes au sol : une balafre immense, visible même à travers les tempêtes de poussière qui agitaient alors la planète. En hommage à cette découverte, le canyon a été baptisé Valles Marineris.
Quand le Grand Canyon fait pâle figure face à Mars
Pour mesurer l’ampleur de la découverte, il faut se tourner vers les données les plus récentes. Selon l’Agence spatiale européenne, Valles Marineris s’étend sur plus de 4 000 kilomètres de long, atteint 200 kilomètres de large et plonge jusqu’à 7 kilomètres de profondeur sur Mars. Des chiffres qui donnent le vertige, même pour des scientifiques habitués aux superlatifs planétaires.
La comparaison avec notre bon vieux Grand Canyon américain achève de donner la mesure du phénomène. Le canyon martien est environ dix fois plus long, vingt fois plus large et cinq fois plus profond que son équivalent terrestre. Le Grand Canyon, pourtant considéré comme une merveille géologique chez nous, ferait presque figure de simple rigole à côté de son cousin martien.
Pour se représenter une telle démesure à l’échelle européenne, l’ESA propose une image parlante : le système de Valles Marineris s’étendrait de la pointe nord de la Norvège jusqu’à la pointe sud de la Sicile. Autrement dit, une faille unique traverserait la quasi-totalité du continent, des fjords scandinaves jusqu’aux rivages méditerranéens.
Et le mont Blanc dans tout ça ? Avec ses 4 808 mètres d’altitude, notre plus haut sommet alpin disparaîtrait tout simplement dans les profondeurs de ce canyon sans même affleurer à la surface. Un vertige difficile à concevoir depuis notre échelle terrestre.
Une origine encore enveloppée de mystère géologique
Sur Terre, le Grand Canyon raconte une histoire assez simple : des millions d’années d’érosion patiente par le fleuve Colorado, creusant inlassablement la roche. Rien de tel pour Valles Marineris, dont la formation obéit à une logique radicalement différente.
Les géologues privilégient aujourd’hui l’hypothèse d’un étirement massif de la croûte martienne, lié au soulèvement du plateau volcanique de Tharsis tout proche. En clair, la planète se serait littéralement déchirée sous la pression de cette gigantesque bosse volcanique, laissant béante cette cicatrice continentale. Un mécanisme bien plus brutal et rapide qu’une simple érosion fluviale.
La sonde européenne Mars Express, en orbite depuis 2003 et dont la mission a été prolongée au moins jusqu’à fin 2026, a considérablement enrichi notre compréhension du site. Sa caméra HRSC a capturé la toute première image 3D en couleur de Valles Marineris dès le 14 janvier 2004, depuis une altitude de 275 kilomètres. Un cliché qui a révélé la complexité du relief avec une précision inédite jusqu’alors.
Les instruments de Mars Express ont également détecté la présence de minéraux sulfatés hydratés au cœur du canyon, des traces chimiques qui témoignent d’une activité liée à l’eau dans le passé martien. Plus récemment, en avril 2022, la sonde a photographié deux sections particulièrement impressionnantes du système : Ius Chasma et Tithonium Chasma, deux gouffres atteignant eux aussi 7 kilomètres de profondeur. Chaque nouvelle image apporte son lot de questions sur les forces qui ont façonné ce paysage hors norme.
Valles Marineris n’a probablement pas livré tous ses secrets. Entre les données accumulées par Mars Express et les futures missions qui viseront la planète rouge, ce canyon continuera sans doute longtemps d’alimenter les débats sur l’histoire géologique mouvementée de notre voisine martienne.
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