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4,5 millions d’euros engloutis à Montparnasse pour le trottoir roulant le plus rapide du monde. À 11 km/h il faisait tomber les voyageurs

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Et si la solution à un problème de transport devenait elle-même un danger public ? C’est exactement ce qui s’est produit dans les couloirs de la station Montparnasse-Bienvenüe, où la RATP a voulu révolutionner la marche à pied souterraine avec un trottoir roulant capable d’atteindre 11 km/h, soit près du double de la vitesse habituelle. L’idée partait d’un constat simple : les correspondances y sont interminables. Le résultat, en revanche, a viré au fiasco industriel, avec des chutes en série et une facture de 4,5 millions d’euros qui a fini par tomber à l’eau. Retour sur l’histoire méconnue de ce trottoir roulant qui devait marquer les esprits, et qui l’a fait, mais pas pour les bonnes raisons.

Le calvaire des 600 mètres qui a tout déclenché

Pour comprendre pourquoi la RATP a pris un tel risque, il faut d’abord se replonger dans le quotidien des usagers de Montparnasse-Bienvenüe. Cette station, l’une des plus complexes du réseau parisien, imposait aux voyageurs de longues marches pour changer de ligne, certains parcours atteignant plusieurs centaines de mètres à parcourir à pied. Chaque jour, ce sont environ 100 000 voyageurs qui empruntaient ces couloirs interminables, souvent pressés par le temps et agacés par cette traversée qui ressemblait davantage à un marathon souterrain qu’à une simple correspondance.

Face à ce constat, l’idée d’un trottoir roulant accéléré a germé comme une solution logique. En théorie, faire gagner quelques minutes par trajet à des dizaines de milliers de personnes représentait un gain de temps collectif considérable, estimé à 15 min par semaine pour chaque usager régulier. C’est ce pari ambitieux qui a convaincu les décideurs de se lancer dans un projet technologique inédit, sans équivalent ailleurs dans le monde à l’époque.

Une prouesse technique jamais tentée auparavant

Le projet a été confié à la société CNIM, en partenariat avec la RATP, pour donner naissance au Trottoir Roulant Rapide, plus connu sous l’acronyme TRR. Installé en 2002 dans la station Montparnasse-Bienvenüe, ce dispositif s’étendait sur 180 mètres et permettait de relier les lignes 4 et 12 aux lignes 6 et 13, ainsi qu’à la gare Montparnasse. Un trajet stratégique, emprunté quotidiennement par une foule considérable de voyageurs pressés.

La prouesse technique résidait dans sa vitesse : alors que les tapis roulants classiques plafonnent à 3 km/h (soit 0,8 mètre par seconde), le TRR devait atteindre 11 km/h, soit 3 mètres par seconde. Un système d’accélération progressive avait été imaginé pour permettre aux usagers de monter à une vitesse modérée avant d’être propulsés à pleine allure au centre du tapis. Le financement de cette innovation, à hauteur de 4,5 millions d’euros, avait été réparti entre la RATP (50 %), le conseil régional d’Île-de-France (25 %) et le Syndicat des transports d’Île-de-France, le STIF (25 %). Sur le papier, tout semblait prometteur.

Quand la vitesse record se transforme en piège à voyageurs

Rapidement, la réalité du terrain a douché les espoirs des ingénieurs. Circuler à 11 km/h sur un tapis roulant s’est révélé bien plus périlleux que prévu : les voyageurs, déséquilibrés par la brusquerie de l’accélération ou par un simple faux pas, chutaient à répétition. Les accidents se sont multipliés, obligeant la RATP à réduire la vitesse à 9 km/h dans l’espoir de limiter les dégâts. Mais les chutes ont continué, preuve que le problème ne résidait pas uniquement dans la vitesse maximale, mais dans le concept même du dispositif.

Malgré ces déboires, le trottoir a obtenu son agrément définitif d’exploitation commerciale en 2005. Mais les réclamations des usagers, pointant du doigt un manque flagrant de fiabilité et de sécurité, n’ont cessé de s’accumuler. La disponibilité du système, c’est-à-dire le temps durant lequel il fonctionnait réellement sans panne, s’est effondrée au fil des années : partie de 90 % en 2002, elle n’atteignait plus que 60 % en 2008. Un chiffre alarmant pour un équipement censé fluidifier les déplacements, et qui, à l’inverse, générait davantage de frustration que de gain de temps.

L’échec qui a changé pour toujours les trottoirs roulants français

Devant l’impossibilité d’améliorer significativement le dispositif, la RATP a fini par jeter l’éponge. Avant son démontage, la vitesse du TRR avait été progressivement ramenée à 1,2 mètre par seconde, soit exactement la même allure que les tapis roulants classiques qui l’encadraient. Un aveu d’échec cinglant pour un système censé révolutionner la mobilité souterraine. Le prototype a finalement été démonté en septembre 2009, puis remplacé par un tapis roulant traditionnel en mars 2011, mettant un terme définitif à cette parenthèse technologique aussi coûteuse que malheureuse.

Le bilan de cette aventure est sans appel : 4,5 millions d’euros dépensés, sept années de pannes à répétition, et un équipement qui a fini par tourner à la même vitesse que des tapis roulants classiques coûtant en moyenne dix fois moins cher à installer. Cet échec retentissant a durablement refroidi les ambitions françaises en matière de trottoirs roulants accélérés, aucun autre projet de ce type n’ayant vu le jour depuis dans les transports en commun de l’Hexagone.

L’histoire du Trottoir Roulant Rapide de Montparnasse illustre à quel point l’innovation technologique se heurte parfois aux réalités les plus simples, en l’occurrence l’équilibre humain sur une surface mobile. Elle rappelle aussi que la vitesse n’est pas toujours synonyme de progrès, surtout lorsqu’elle se fait au détriment de la sécurité des usagers. Alors, la prochaine fois que vous emprunterez un tapis roulant classique dans le métro, peut-être regarderez-vous ces quelques kilomètres par heure d’un œil différent, en pensant à cette expérience parisienne qui a fini, littéralement, par se casser la figure.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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