Des chercheurs proposent de lancer six satellites géants capables de déverser un mur de plasma devant la Terre pour atténuer les super-tempêtes solaires. Publié dans Space Weather, le projet StormWall aurait pu réduire de 84 % l’intensité de la tempête solaire de mai 2024 — et pourrait éviter jusqu’à 3 400 milliards de dollars de dégâts lors d’un événement de type Carrington.
Ce que vous allez apprendre
- Comment six satellites de la taille d’un bus pourraient créer un bouclier de plasma devant la magnétosphère terrestre
- Pourquoi une quantité de gaz ne représentant qu’un millionième du poids d’une éjection de masse coronale peut réduire de moitié sa puissance
- Ce qui rend ce projet réaliste selon les experts — et quels obstacles restent à surmonter
Une menace centenaire sans défense actuelle
Environ tous les siècles, le Soleil génère une super-tempête d’une violence sans commune mesure avec les éjections de masse coronale habituelles. La dernière de cette ampleur fut l’événement de Carrington en 1859. Si une telle tempête frappait aujourd’hui, elle pourrait détruire tous les satellites en orbite, exposer les astronautes à des doses de radiation mortelles, endommager les réseaux électriques mondiaux et paralyser Internet.
La tempête solaire de mai 2024 — bien en deçà d’un événement de type Carrington — a déjà coûté environ 500 millions de dollars aux seuls agriculteurs américains via des dysfonctionnements GPS. Une super-tempête est estimée à jusqu’à 3 400 milliards de dollars de dégâts potentiels.
Actuellement, la seule réponse disponible est la prévision et la préparation passive des infrastructures. Le projet StormWall, publié le 2 juin dans la revue Space Weather, propose une alternative radicalement différente : intervenir activement avant l’impact.
Un airbag planétaire
Six satellites de la taille d’un bus seraient placés en orbite géosynchrone à 36 000 kilomètres au-dessus de la Terre. En attente permanente, ils surveilleraient les éjections de masse coronale entrantes. Dès qu’une super-tempête serait détectée, ils déverseraient l’équivalent d’une douzaine de camions-citernes de gaz réactif — baryum, lithium, sodium ou calcium — à la périphérie de la magnétosphère terrestre.
Le Soleil ioniserait rapidement ce gaz, créant une massive barrière de plasma qui amortirait et dévierait la tempête autour de la planète. Daniel Welling, physicien spatial à l’Université du Michigan et co-auteur de l’étude, décrit le système comme « un airbag dans la magnétosphère ».
Le projet s’inspire d’un mécanisme naturel : lors des tempêtes solaires, des ions d’oxygène remontent spontanément dans la magnétosphère et forment une bulle protectrice temporaire. StormWall chercherait à créer artificiellement cet effet avant l’impact, plutôt qu’en réaction.
Crédit : ESA/NASA – T. PesquetUne efficacité surprenante pour une quantité infime de gaz
L’aspect le plus contre-intuitif du projet est l’échelle. La quantité de gaz libérée par les satellites ne représenterait qu’environ un millionième du poids d’une éjection de masse coronale typique — et pourtant les simulations montrent qu’elle suffirait à réduire de plus de moitié l’intensité d’une super-tempête. Appliqué à la tempête solaire de mai 2024, le système aurait pu en réduire l’intensité jusqu’à 84 %.
Les chercheurs estiment que la masse nécessaire et les capacités de lancement requises — probablement des fusées de la classe du Starship de SpaceX — sont à la portée des technologies actuelles. Le coût précis n’a pas encore été calculé, mais serait vraisemblablement de plusieurs milliards de dollars.
Des défis réels, mais un consensus d’experts optimiste
StormWall est une solution à usage unique : une fois les réservoirs de gaz épuisés, ils doivent être rechargés ou remplacés. Des questions subsistent également sur d’éventuels effets involontaires du gaz ionisé sur la magnétosphère, bien que les chercheurs estiment que le plasma se dissiperait rapidement sous l’effet du vent solaire.
Malgré ces incertitudes, plusieurs physiciens extérieurs au projet jugent le concept à la fois novateur et réalisable à court terme. David Sibeck, chef du département d’héliophysique du centre de vol spatial Goddard de la NASA, résume l’enjeu simplement : face à une super-tempête centenaire menaçant les réseaux électriques mondiaux, il voudrait « absolument » disposer d’un tel système.
L’étude est publiée dans Space Weather.


1 month_ago
33



























.jpg)






French (CA)