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1936, les premiers congés payés : il y a 90 ans, le peuple débarquait à Dinard

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La victoire du Front populaire en 1936 va bouleverser la vie des Français. À Dinard, les riches voient d'un mauvais œil ces vacanciers modestes débarquer.

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1936 à Dinard

1936 à Dinard. ©Photo de René Rebel transmise par Henri Fermin

Par Pierre-Yves Gaudart Publié le 22 août 2026 à 18h06

C’était il y a 90 ans. Les salariés allaient pouvoir respirer. Le Front Populaire de Léon Blum fasait voter une loi en juin 1936 instaurant deux semaines de congés payés annuels après avoir augmenté les salaires.

Dès lors, ceux qui le peuvent, déboulent sur les plages de France, en train ou à vélo. « Ce sera un bouleversement, une cassure pour les villes du littoral », explique l’historien Henri Fermin qui prend pour exemple Dinard (Ille-et-Vilaine), la ville où il réside.

Une station aristocrate

La station balnéaire est déjà prisée des aristocrates et familles de riches industriels depuis 1858, année de construction du premier Grand Hôtel, rue Georges-V. Les Faber, des Britanniques qui y ont bâti la villa Sainte-Catherine en 1860 font venir des familles compatriotes. La colonie anglaise de Dinan et les Américains jettent aussi leur dévolu sur la « perle d’Émeraude ».

« Un premier casino est construit en 1867 et des promoteurs achètent et lotissent les terrains voisins. À partir de 1874, le Libanais Rochaïd Dahdah s’implante, sur les conseils du préfet de Paris, Haussmann, à Dinard. Il achète une soixantaine de terrains et transforme la station déjà bien lancée », résume Henri Fermin.

À l’époque, toute l’Europe huppée se retrouve à Dinard, ville qui comptera jusqu’à quatre casinos en 1928, une centaine d’hôtels et est encore aujourd’hui plantée de plus de 400 villas.

Les temps changent

La crise de 1929 provoque le départ de grandes fortunes américaines puis, en 1930, certains Anglais tournent casaque lorsqu’une loi les oblige à vivre dans leur empire s’ils veulent continuer à percevoir leur pension de vieillesse.

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Parallèlement, les classes populaires des environs viennent passer le dimanche sur la côte grâce au tramway. Dinard a déjà perdu de cet entre-soi aristocratique depuis le début du siècle.

Cependant, l’arrivée des ‘congés payés’ n’est pas du goût des propriétaires aisés toujours présents. L’ancien petit port est encore « sous l’influence colonisatrice des riches étrangers ». Pas question pour ces mondains de se mélanger au peuple qui vient de Bretagne, certes, mais aussi des bassins ouvriers du Nord, de l’Est et de Paris.

Les gens à faible pouvoir d’achat ne sont pas bien vus « sur la plage de l’Écluse, notamment face au casino. Ils vont surtout à celle du Prieuré », souligne Henri Fermin. Leur occupation principale : les bains de mer, les promenades, les parties de pêche. Les repas consistent souvent en des pique-niques sur la plage et les rochers.

Un premier camping dès 1936

Ces congés payés sont néanmoins une véritable révolution pour les Français qui découvrent la mer… et le camping. « Dès 1936, la Ville de Dinard ouvre celui de Port Blanc qui fut peut-être le premier de la Côte d’Émeraude », selon l’historien. De modestes habitants mettent également en location leur propre maison, allant dormir dans une annexe ou dans leur poulailler. « C’est un peu Airbnb avant l’heure tandis que l’on voit également se développer des pensions de famille. »

1936, naissance du camping de Port Blanc, à Dinard.

1936, naissance du camping de Port Blanc, à Dinard. ©Photo transmise par Henri Fermin

Cette transformation sociologique finira de faire fuir les plus snobs. Ce qui ne sera pas pour déplaire aux autochtones soumis pendant des décennies à l’étalage d’un luxe auquel ils n’ont pas accès, même si cela a largement contribué à l’essor économique et urbain de leur ville. « Par la suite, ce sont plutôt de petits commerces qui se sont développés dans cette ville contrastée. »

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