Le 7 août 1919 au matin, un biplan Nieuport s’est engouffré sous la grande voûte de l’Arc de triomphe, à Paris. Aux commandes, Charles Godefroy, ancien instructeur de l’Aéronautique militaire, ne cherchait ni à gagner un pari ni à toucher une prime. Il protestait contre l’ordre donné aux aviateurs de défiler à pied lors de la parade du 14 juillet 1919.
Une colère, mais calculée au mètre près.
À retenir
- Le pilote Charles Godefroy passe sous l’Arc de triomphe le 7 août 1919.
- Le vol répond à l’ordre de défiler à pied lors de la parade du 14 juillet 1919.
- Entre les piliers, l’ouverture mesure 14,6 m et l’envergure du biplan 8,2 m.
Sommaire
Défiler à pied quand on a régné sur le ciel
Le 14 juillet 1919, la première parade depuis la fin de la Grande Guerre fait marcher les pilotes sur les Champs-Élysées, comme des fantassins. Ceux que l’on présentait comme des héros pendant le conflit se retrouvent alignés au sol, sans leurs appareils. L’affront passe mal. Réunis au Fouquet’s, sur l’avenue, ils décident de répondre dans leur langue : l’un d’eux passera en avion sous l’Arc de triomphe.
Le premier désigné est Jean Navarre, un as crédité de 12 victoires aériennes. Il se tue à l’entraînement le 10 juillet 1919, à Villacoublay, à l’âge de 23 ans.
Godefroy prend sa place. Il n’a pourtant rien d’une vedette : instructeur plutôt que pilote de chasse à la fin de la guerre, il est crédité de 6 victoires aériennes. Mais il compte déjà 500 heures de vol, et ses camarades lui reconnaissent une vraie finesse technique.
3,2 mètres de marge de chaque côté
Les chiffres de l’opération tiennent en deux lignes. L’ouverture de l’Arc mesure 14,6 m entre les piliers, l’envergure du biplan 8,2 m. Si l’appareil passe exactement au centre, il reste 6,4 m d’air à répartir, soit 3,2 m de chaque côté des ailes. À plusieurs dizaines de mètres par seconde, dans des courants d’air qui s’engouffrent entre les immeubles de la place de l’Étoile, cette marge fond vite : Roland Garros lui-même jugeait, selon les récits d’époque, que celui qui s’y risquerait y laisserait la vie.
Godefroy a donc répété le geste sous un pont.
Avec le journaliste Jacques Mortane, son proche compagnon, il inspecte l’Arc à plusieurs reprises pour étudier la route aérienne et les courants. Il s’entraîne ensuite sur le pont du Petit Rhône, à Miramas.
7 h 20, de Villacoublay à la place de l’Étoile
Le jeudi 7 août 1919, trois semaines après la parade, Godefroy décolle à 7 h 20, en secret. Selon Sortiraparis, il part de l’aérodrome de Villacoublay malgré un léger brouillard, à bord d’un Nieuport surnommé « Bébé » pour sa petite taille. Il tourne deux fois autour de l’Arc avant de s’élancer.
Il a convoqué journalistes et photographes en haut des Champs-Élysées pour 8 h précises, sans leur dire pourquoi, par crainte des fuites. Les récits le font survoler la porte Maillot puis l’avenue de la Grande Armée avant d’aborder l’Arc, l’avion placé de biais. Ils mentionnent aussi un passage rasant au-dessus d’un tramway. Les vitesses citées varient de 140 à 150 km/h, et la hauteur de vol de 10 à 15 m selon les sources, ce qui laisse penser que personne n’avait de chronomètre ni de mètre ruban dans la foule.
Le passage est filmé et le retentissement est mondial.
Un « acte insensé », mais aucune sanction
Dès le 8 août, la presse parisienne en fait sa une : Le Matin, L’Écho de Paris, L’Intransigeant. L’Humanité parle d’un « acte insensé », et Le Temps, le lendemain, d’un « inutile exploit ». Les passants ont pris peur sur le moment, mais le vol s’est déroulé sans encombre. Godefroy n’a finalement pas été sanctionné, et une plaque commémorative a été exposée dans sa ville natale, La Flèche.
Même les détails du vol varient d’une source à l’autre : Nieuport XI ou XVII, 140 ou 150 km/h. Seuls restent stables la date, l’heure du décollage et les deux cotes qui font la démonstration, 14,6 m pour l’Arc et 8,2 m pour l’avion.
Sources : air-journal.fr | avionslegendaires.net


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