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Il venait de traverser l’atmosphère dans une capsule à l’envers : le cosmonaute soviétique s’est posé seul dans une steppe à −38 °C

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Un cosmonaute soviétique a littéralement traversé le feu pour rentrer vivant sur Terre, et ce n’est ni son sang-froid ni une intervention depuis le sol qui l’a tiré d’affaire. Boris Volynov s’est retrouvé seul aux commandes d’un vaisseau qui menaçait de se consumer autour de lui, victime d’une avarie mécanique que personne n’avait anticipée.

À retenir

  • Le module de service de Soyouz 5 ne s’est pas séparé correctement, exposant l’écoutille aux flammes durant la rentrée atmosphérique.
  • Ce sont les contraintes thermiques qui ont fini par rompre les attaches entre les modules, permettant au vaisseau de se redresser avant l’impact.
  • Boris Volynov s’est brisé plusieurs dents lors d’un atterrissage brutal loin de la zone prévue, mais a survécu et volé à nouveau en 1976.

Il y a des missions spatiales qui marquent l’histoire par leurs prouesses techniques, et d’autres qui restent gravées dans les mémoires pour les frayeurs qu’elles ont provoquées. Le vol de Soyouz 5 appartient clairement à la seconde catégorie. Lancé depuis le cosmodrome de Baïkonour avec à son bord Boris Volynov, Alexeï Eliseïev et Evgueni Khrounov, ce vaisseau a d’abord réalisé une prouesse remarquable avant de connaître un retour sur Terre digne d’un scénario catastrophe. Entre exploit technique et frôlement de la catastrophe, cette mission illustre à merveille à quel point la conquête spatiale des débuts reposait parfois sur un fil tendu entre ingénierie audacieuse et simple coup de chance.

Une rentrée qui devait mal se terminer

Tout avait pourtant bien commencé. Le lendemain de son lancement, Soyouz 5 réussit le tout premier amarrage habité de l’histoire spatiale avec Soyouz 4, un exploit qui permit à Eliseïev et Khrounov de rejoindre le vaisseau voisin lors d’une sortie extravéhiculaire. Cette manœuvre, saluée à l’époque comme une étape majeure du programme spatial soviétique, laissait présager un retour sans histoire pour les trois hommes. Sauf que le destin en avait décidé autrement pour celui qui restait seul à bord.

Une fois ses deux coéquipiers repartis à bord de Soyouz 4, Boris Volynov se retrouva effectivement isolé dans la capsule, chargé de piloter seul le retour vers la Terre. C’est à ce moment précis que les ennuis ont commencé, transformant une procédure de routine en véritable lutte pour la survie. Personne, ni à bord ni au sol, n’imaginait alors l’ampleur de ce qui allait suivre.

Le module de service refuse de se séparer

Lors de la rentrée atmosphérique, un incident technique majeur se produisit : le module de service de Soyouz 5 ne parvint pas à se séparer correctement du module de descente. Selon les informations relayées par Wikipedia, cette défaillance serait due à un mauvais fonctionnement des boulons explosifs censés libérer les deux parties du vaisseau. Un détail technique qui, en apparence, pourrait sembler anodin, mais qui s’est révélé absolument critique dans le contexte d’une rentrée atmosphérique à grande vitesse.

Pour comprendre la gravité de la situation, il faut imaginer un vaisseau conçu pour se délester de sa partie technique avant d’affronter les frottements intenses de l’atmosphère. Sans cette séparation, l’engin combiné devenait plus lourd et surtout mal profilé pour encaisser la chaleur générée par la friction. Résultat : le vaisseau entama sa descente nez en avant, une orientation totalement inadaptée qui exposait l’écoutille, et donc Volynov lui-même, directement aux flammes. Le cosmonaute se retrouva alors suspendu par ses sangles de retenue, assistant impuissant à la montée en température autour de lui, sans aucun moyen de corriger la trajectoire.

Une rotation improbable qui change tout

C’est à cet instant que la physique, et non le pilotage humain, décida du sort de Boris Volynov. Sous l’effet des contraintes thermiques extrêmes qui s’exerçaient sur la structure, les attaches reliant encore les deux modules finirent par céder. Cette rupture, aussi brutale qu’inespérée, permit au module de descente de se redresser enfin dans la bonne configuration, bouclier thermique en avant, comme il aurait dû le faire dès le départ.

Mais cette bascule providentielle n’intervint pas sans dégâts. Les liaisons entre modules ont fini par brûler et la capsule s’est retournée sur son bouclier, mais l’impact brutal au sol a brisé les racines de dents de Volynov. Avant même ce choc final, l’écoutille avait déjà commencé à être percée par la chaleur extrême, signe que le cosmonaute était passé à quelques secondes seulement d’une issue bien plus tragique. On mesure ici à quel point la frontière entre catastrophe et sauvetage miraculeux tenait parfois à un simple enchaînement de hasards mécaniques, totalement indépendant de toute décision humaine ou intervention depuis le centre de contrôle.

L’atterrissage qui brise des dents mais sauve une vie

Comme si les épreuves traversées ne suffisaient pas, la phase finale de l’atterrissage réserva encore son lot de complications. Le système de parachute s’emmêla partiellement, limitant son efficacité pour ralentir la chute de la capsule. Pour ne rien arranger, les rétrofusées censées assurer un contact en douceur avec le sol connurent elles aussi une défaillance. L’addition de ces deux problèmes provoqua un choc d’une violence inhabituelle au moment de l’impact.

Cet atterrissage brutal eut des conséquences physiques directes et documentées pour le cosmonaute, puisque plusieurs sources, dont Wikipedia et EDN, confirment que Boris Volynov s’est brisé plusieurs dents lors du contact avec le sol. La capsule se posa d’ailleurs loin de la zone prévue initialement au Kazakhstan, retrouvée dans l’Oural, près de Kustanaï, l’actuelle ville de Kostanaï, selon le récit relayé par Nimareja. Un épisode que les autorités soviétiques auraient classé secret pendant des décennies, comme le rappelle un article publié par sciencepost.fr, illustrant la culture du silence qui entourait fréquemment les incidents du programme spatial à cette époque.

Ce qui rend cette histoire encore plus remarquable, c’est la suite de la carrière de Boris Volynov. Loin d’être traumatisé au point d’abandonner le métier, il reprit du service et vola de nouveau en 1976, cette fois à bord de Soyouz 21, pour un séjour de plusieurs semaines à destination de la station Salyut 5. Une résilience qui en dit long sur la détermination des premiers cosmonautes face aux risques considérables qu’impliquait encore, à l’époque, chaque mission habitée.

Cette aventure rocambolesque rappelle à quel point la conquête spatiale des débuts reposait sur des technologies encore balbutiantes, où la moindre défaillance mécanique pouvait transformer une mission en véritable lutte pour la survie. L’histoire de Boris Volynov demeure aujourd’hui un témoignage saisissant de ce que les pionniers de l’espace ont parfois dû endurer, loin des images glorieuses que l’on retient habituellement des premières années de l’astronautique.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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