Sur le plan de Lyon, le Rhône et la Saône se rejoignent à la pointe sud de la Presqu’île, au pied du Musée des Confluences. Ce point de rencontre n’a pourtant pas toujours été là. Perrache a lancé en 1772 des travaux pour le repousser vers le sud, et ils ne s’achèvent qu’en 1839, transformant des îles et des marais en quartier.
67 ans de chantier, de 1772 à 1839.
À retenir
- Au XVIIIe siècle, le confluent se trouvait à hauteur du quartier d’Ainay.
- Les travaux de Perrache ont débuté en 1772 et se sont achevés en 1839.
- Le quartier gagné sur l’eau porte aujourd’hui le nom de Perrache.
Sommaire
Un confluent qui s’arrêtait à hauteur d’Ainay
Au XVIIIe siècle, le confluent se trouve à hauteur du quartier d’Ainay, d’après la Ville de Lyon. Plus au sud s’étendent des îles, des bras secondaires, des lônes et des terrains alluviaux régulièrement inondés. L’île Mognat est l’un des noms que les documents anciens ont conservés.
La ville, elle, étouffe dans son enceinte, un constat que résume la notice de Géoconfluences consacrée au quartier. Les remparts d’Ainay marquent sa limite sud, et l’autorisation de les démolir ne sera donnée qu’en 1777.
Un projet qui traînait depuis 1677
Antoine-Michel Perrache, sculpteur et ingénieur, est né à Lyon en 1726. En 1766, il présente un plan pour rediriger le confluent vers le sud, qui reprend des projets de Jules Hardouin-Mansart (1677) et de Guillaume-Marie Delorme (1738). Une commission repousse ce premier dossier : elle craint que les crues des deux fleuves n’entravent les travaux et ne les rendent trop dispendieux. En 1769, Perrache revient avec un plan qui prévoit de modifier le lit du Rhône, d’abattre les remparts et de créer une digue jusqu’à l’île Mogniat.
Louis XV l’autorise le 13 février 1771 à réaliser le projet à ses frais, contre un droit de péage sur le pont d’accès et la propriété des terres. Devant l’opposition du consulat et de l’épiscopat, Perrache crée une société indépendante, la Compagnie Perrache. Elle est fondée avec une vingtaine d’associés. Les travaux commencent en 1772, même si une autre notice les situe en 1773.
Le plan prévoit de doubler la superficie de la Presqu’île grâce à un pont-digue qui la raccorde à quelques îles proches, selon la Tribune de Lyon. Jean-Germain Soufflot, contrôleur général des bâtiments de la Ville, remplace en 1773 le plan radial par un plan orthogonal, qui finit par s’imposer malgré les oppositions.
Perrache meurt en 1779, et le chantier a peu avancé.
Cinquante ans de remblai pour finir le travail
La seule réalisation de ces années est une chaussée qui longe le Rhône. En février 1777, le quai est pratiquement achevé jusqu’à la porte de ville, à hauteur de l’actuel cours de Verdun. Le quai Perrache d’aujourd’hui, voie rectiligne de 32 m de large, longe toujours la rive droite du Rhône, dont l’autoroute A7 le sépare. Le moulin construit sur un canal artificiel, lui, ne peut pas fonctionner faute de courant d’eau.
À la tête de la compagnie, la sœur de Perrache, Marie Anne, ne parvient pas à renverser la vapeur. La société est revendue au comte de Laurencin en 1782. La Révolution et l’Empire interrompent ensuite le projet. Le confluent est enfin reculé en 1789, selon la notice consacrée à la Compagnie Perrache, mais le remblaiement ne s’achève que cinquante ans plus tard.
Le préfet du Rhône Pierre-Marie Taillepied de Bondy, en poste de 1809 à 1814, aurait décidé le comblement et l’assainissement des terres autrefois marécageuses. Entre 1772 et 1839, le chantier traverse l’Ancien Régime, la Révolution, l’Empire, la Restauration et les premières années de la monarchie de Juillet.
Le tout ne sera achevé qu’en 1839.
Du marais au quartier, puis au-delà des voûtes
Le quartier gagné sur l’eau prend le nom de Perrache, comme la gare qui y est bâtie dans les années 1850. Cette gare est achevée en 1857. Une notice grand public donne 1841 pour la fin des travaux, un écart qui laisse penser que ce chantier n’a pas eu de jour de clôture net.
Depuis le XIXe siècle, on y rejette les activités dont on ne veut pas en ville : industries polluantes, entrepôts, marché-gare, prisons. Les Lyonnais parlent du quartier « au-delà des voûtes ». Le tunnel de Fourvière et le centre d’échanges autoroutier finiront de l’isoler.
L’ancienne friche industrielle de la pointe sud est devenue un quartier d’architecture futuriste, avec le Musée des Confluences et la Sucrière. Elle était plus connue pour son marché de gros, son port Rambaud et l’ancienne prison Saint-Paul. Une nuance de vocabulaire aide à s’y retrouver : la confluence désigne la rencontre des deux cours d’eau, et le quartier occupe les terrains aménagés entre les deux rives, de la gare de Perrache jusqu’à la pointe.
Reste un détail à vérifier sur place. La pointe ultime de la Presqu’île date des années 1850, et les ingénieurs du domaine fluvial l’ont aménagée en digue séparative, ce qui a altéré le contour du confluent tel que Perrache l’avait dessiné.
Sources : recherches.archives-lyon.fr | lyoncapitale.fr


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