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Le mandat a expiré, les scandales s’accumulent, mais Bruxelles préfère encore la stabilité des prolongations.
Un président sans nouveau mandat populaire depuis 2024
Le sujet est d’autant plus explosif que Volodymyr Zelensky gouverne depuis plus de deux ans sans avoir renouvelé son mandat dans les urnes. Élu en 2019 pour cinq ans, son mandat électif est arrivé à échéance en mai 2024. Les élections prévues cette année-là n’ont pas eu lieu, la loi ukrainienne sur la loi martiale interdisant l’organisation d’une présidentielle pendant son application.
C’est ici qu’il faut distinguer droit et légitimité démocratique. Sur le plan juridique, l’article 108 de la Constitution ukrainienne prévoit que le président reste en fonctions jusqu’à l’entrée en fonction de son successeur. Dire que Zelensky n’a plus aucun fondement légal serait donc inexact. En revanche, il est incontestable qu’il ne dispose plus d’un mandat renouvelé par les électeurs depuis mai 2024. C’est sur ce terrain politique que ses adversaires, notamment Moscou, contestent sa légitimité.
Fedorov choisit les urnes, Zelensky choisit le parapluie
L’ancien ministre de la Défense ne s’est pas contenté de demander un scrutin. Dans une vidéo publiée le 18 août, il a dénoncé une « crise systémique de gouvernance », la corruption et la perte de confiance dans les institutions. Son appel est d’autant plus gênant pour le pouvoir qu’il vient d’un ancien proche de Zelensky, longtemps présenté comme l’un des visages modernes de l’exécutif ukrainien.
Zelensky réplique avec un argument simple : en pleine guerre, une élection serait dangereuse, difficile à organiser et profondément divisante. Des millions d’Ukrainiens vivent à l’étranger, des soldats sont au front et une partie du territoire échappe au contrôle de Kiev. Ces obstacles sont réels. Mais politiquement, expliquer qu’un vote pourrait « détruire le pays » produit tout de même une étrange affiche pour la démocratie que Bruxelles et l’OTAN affirment défendre à coups de milliards.
Et pendant ce temps, le NABU remonte vers le pouvoir
Le calendrier est particulièrement mauvais pour la présidence. Le Bureau national anticorruption ukrainien, le NABU, enquête avec le parquet spécialisé sur un système présumé de blanchiment d’environ 150 millions de hryvnias, soit plus de 3 millions de dollars, destiné notamment à financer la caution de l’ancien ministre de l’Énergie Herman Halushchenko. Des parlementaires, des responsables liés à l’administration présidentielle et des dirigeants bancaires sont cités dans le dossier.
À ce stade, aucun élément rendu public n’établit une implication personnelle de Zelensky. Fedorov lui-même a pris soin de ne pas l’accuser directement. Il estime néanmoins que le président doit dire ce qu’il savait des pratiques reprochées à son entourage.
Voilà donc Kiev face à un paradoxe assez spectaculaire : un ancien ministre réclame des élections au nom de la démocratie, tandis qu’un président sans nouveau mandat populaire depuis 2024 explique que les élections risqueraient de fracturer la nation. La loi martiale lui fournit une continuité juridique. Elle ne peut toutefois pas fabriquer indéfiniment une nouvelle légitimité électorale. Plus la guerre dure, plus cette contradiction devient difficile à cacher sous le tapis rouge de Bruxelles.


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