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L'administration Trump a lancé lundi ce que le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a qualifié de « Jour J économique » contre l'Iran : une campagne de sanctions secondaires visant tous les pays, banques et entreprises commerçant avec Téhéran, et en particulier la Chine, qui absorbait environ neuf dixièmes des exportations de pétrole iranien avant le blocus américain.
Six mois de bombardements américains et israéliens, qui ont fait au moins 3 468 morts en Iran au 10 juin, n'ont pas renversé le gouvernement de Téhéran, et la plupart des navires continuent d'éviter le détroit d'Ormuz. L'administration étend désormais la guerre à l'économie mondiale, sur la voie d'une confrontation avec la Chine.
La campagne annoncée par Bessent lors d'une conférence de presse à Washington lundi ajoute le transport maritime, l'or, les actifs numériques, l'aviation et la technologie aux secteurs visés par les sanctions secondaires américaines, qui touchent déjà le pétrole et les banques iraniennes.
Parmi la soixantaine d'entreprises, de personnes et de navires sanctionnés lundi figurent des sociétés de commerce et de logistique basées en Chine et à Hong Kong, ainsi que des entités à Singapour, aux Émirats arabes unis, en Malaisie, en Suisse, au Royaume-Uni, en France, en Grèce, en Syrie, en Ukraine et aux Îles Marshall, selon le décompte du Trésor américain établi par Al Jazeera.
« Chaque pays dispose d'un délai précis pour cesser les activités que nous avons identifiées », a déclaré Bessent, sans les nommer. La Chine, l'Inde, la Turquie, l'Irak et les Émirats arabes unis sont les pays les plus exposés, ont indiqué des experts à CNN.
Interrogé par des journalistes sur la possibilité que des banques chinoises soient touchées, Bessent a répondu que « personne n'est au-dessus des sanctions américaines » et a annoncé qu'il fallait s'attendre à « une annonce importante concernant une institution financière sanctionnée d'ici la fin de la semaine ».
Le président Donald Trump a lancé cette campagne par une publication sur Truth Social mercredi dernier. « TOUT pays qui autorise ses institutions financières, ses entreprises, ses aéroports ou ses entités gouvernementales à fournir une quelconque aide à l'Iran s'exposera à de GRAVES conséquences économiques », a-t-il écrit.
Bessent a ensuite pris la parole sur CNBC jeudi, qualifiant la campagne de « double coup » de blocus et de sanctions et affirmant que Washington disait aux autres gouvernements : « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. » Il a ajouté : «N'oubliez pas que les Chinois tirent 50 % [...] de leur énergie du Golfe. »
Trois jours avant cette annonce, le comité éditorial du Wall Street Journal, dans un éditorial publié samedi, a clairement indiqué que la cible principale était la Chine. «Après six mois de guerre avec l'Iran, le président Trump a un problème de crédibilité », écrivait-il. « Aucun président n'a encore osé s'attaquer à la Chine en intensifiant les sanctions reliées à l'Iran, en passant des raffineries isolées privées qui achètent le pétrole iranien, aux entreprises d'État chinoises qui les soutiennent. Aucun président n'a non plus donné à Dubaï de véritable ultimatum pour fermer le réseau financier illicite iranien. »
Le dernier paragraphe de l'éditorial avertissait que « l'Iran pourrait riposter militairement, en ciblant à nouveau l'énergie du Golfe, et les États-Unis devront être prêts à réagir fermement. »
Le comité éditorial du Washington Post a écrit lundi soir que la mise en œuvre de la stratégie « zéro fuite » de Bessent « nécessiterait un affrontement majeur avec la Chine, principal acheteur de pétrole iranien ». L'éditorial soulignait que les sanctions américaines avaient jusqu'à présent ciblé des raffineurs et intermédiaires indépendants plutôt que les grandes banques chinoises ou les entreprises d'État.
Le Post a ajouté : « L'équipe Trump ne peut s'empêcher de décrire sa nouvelle approche en termes militaires [...] Or, le Jour J évoque une campagne militaire avec un objectif clair : la capitulation sans condition de l'ennemi. La pression économique fonctionne rarement ainsi [...] C'est pourquoi l'endiguement ne vise pas réellement un changement de régime. Son but immédiat est d'affaiblir davantage un Iran déjà affaibli, afin de réduire sa capacité à menacer ses voisins et à développer l'arme nucléaire. »
Cela témoigne de l'aggravation de la crise politique déclenchée par l'échec de l'impérialisme américain à atteindre ses objectifs stratégiques dans sa guerre contre l'Iran.
Cette guerre avait été conçue comme un moyen de s'emparer du point névralgique de l'approvisionnement mondial en pétrole et d'obtenir un avantage décisif sur la Chine. Au lieu de cela, les États-Unis font face à un désastre politique, et c'est la position de la Chine qui s'en trouve renforcée.
La campagne de sanctions vise à récupérer par la force économique ce que les bombardements n'ont pu permettre, et elle dirige cette force contre Pékin. Washington a suspendu les bombardements depuis fin juillet, mais ne les a pas abandonnés ; le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré lundi : « Nous n'excluons en aucun cas le recours à des frappes cinétiques dans le détroit d'Ormuz ou aux alentours de l'Iran. »
La guerre que les sanctions sont censées sauver a débuté le 28 février, lorsque Washington et Tel-Aviv ont lancé les bombardements. Un cessez-le-feu en avril et un mémorandum signé le 17 juin avec Téhéran ont levé le blocus et permis à l'Iran d'exporter du pétrole jusqu'à ce que Washington rompe l'accord début juillet en envoyant des navires emprunter une voie maritime dans le détroit d'Ormuz, sans l'accord de l'Iran. Lorsque l'Iran a ouvert le feu sur ces navires, les États-Unis ont riposté, et le 8 juillet, Trump a déclaré la fin du cessez-le-feu. Le blocus a été rétabli. Le 17 août, jour de l'expiration du mémorandum, Trump a déclaré à propos d'Oman, avec lequel l'Iran négocie un corridor maritime : « Si Oman nous met des bâtons dans les roues, on va leur bombarder la gueule. »
« Couper tous les liens économiques vitaux » de l'Iran, comme l'a formulé Bessent, signifie sanctionner les raffineries, les compagnies maritimes et les banques chinoises qui achètent et transportent son pétrole, et, par leur intermédiaire, l'État chinois. Derrière ces raffineries se tient la première économie manufacturière mondiale, dont le commerce de matières premières et de produits finis serait soumis à un régime de sanctions « zéro fuite ».
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré mardi lors d'un point de presse que « la Chine fera tout le nécessaire pour défendre fermement ses droits et ses intérêts ». Interrogé par Bloomberg sur un éventuel changement de cap de la Chine, il a affirmé que sa coopération avec l'Iran « ne devrait pas être perturbée ». Pékin, selon un article du Financial Times paru mardi, a averti Washington que toute imposition de sanctions aux entreprises chinoises entraînerait des représailles.
Interrogé lundi sur les raisons pour lesquelles les sanctions n'étaient pas imposées immédiatement, Bessent a répondu : « Nous donnons à chacun la possibilité de corriger ses erreurs. Pourquoi voudrais-je faire exploser le système financier mondial ?»
Les déclarations de Bessent sont une admission du caractère provocateur des actions américaines. Cherchant désespérément à consolider sa position géopolitique, les États-Unis prennent des mesures de plus en plus imprudentes et désespérées, qui ont pour effet d'étendre la portée mondiale de la guerre.
Le Financial Times a écrit mardi dans un éditorial que l'opération « ressemblait davantage à une série de tirs de semonce effectués depuis les côtes lointaines », et a conclu qu'elle « constitue un nouveau pari risqué sur une voie qui, pour les deux parties, doit finalement mener à la table des négociations ».
Or, la stratégie adoptée par Washington ne conduit pas à la table des négociations. Elle conduit à une conflagration mondiale qui s’étend et qui vise principalement la Russie et la Chine.


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