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La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada entre dans une nouvelle phase. Lundi, le président Trump a annoncé que les droits de douane américains sur les voitures, les camions et les pièces automobiles canadiens – imposés l'an dernier en violation flagrante de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) – doubleront, passant de 25 % à 50 % le 1er janvier 2027. L'acier, déjà taxé à 50 %, sera également touché par cette mesure.
Cette menace, publiée sur Truth Social, intervient deux jours seulement après l'imposition par Washington de droits de douane de 50 % sur plus de 20 milliards de dollars de marchandises canadiennes. « Le Canada exploite les États-Unis depuis des années », a écrit Trump. « Ce n'est pas viable, et ÇA SUFFIT ! »
Le Premier ministre Mark Carney a réagi en déclarant que le Canada était « en guerre ». Mardi, son gouvernement libéral a finalisé l'imposition de droits de douane punitifs sur près de 20 milliards de dollars de marchandises américaines – à des taux de 15, 25 et 50 %, égalant ainsi les mesures prises par Washington « au dollar près » – qui entreront en vigueur le 8 septembre.
La guerre commerciale mondiale déclenchée par Trump depuis son retour à la Maison-Blanche a particulièrement durement frappé le Canada. Mais il s'agit d'un front parmi d'autres dans la volonté de Washington de s'assurer le contrôle des marchés, des ressources et des points stratégiques mondiaux par un redécoupage brutal du globe.
Trump, aspirant dictateur fasciste, est déterminé à ruiner l'économie canadienne afin de faire du pays un État vassal ou de l'annexer purement et simplement comme 51e État.
Tel est le contenu de la « doctrine Donroe », proclamée publiquement, qui affirme la domination incontestée des États-Unis sur l'hémisphère occidental. Ce plan inclut la conquête du Groenland et du canal de Panama, l'invasion du Venezuela en janvier et l'enlèvement de son président, Nicolás Maduro, l'intimidation du Mexique et l'asphyxie de Cuba. L'impérialisme américain déclenche ainsi une troisième guerre mondiale, dont la Chine est la cible principale. Cette guerre est déjà en cours : la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie, le génocide à Gaza et la guerre contre l'Iran en sont les premiers fronts.
Pour imposer ces nouveaux droits de douane, Trump a invoqué l'article 338 de la Loi Smoot-Hawley de 1930, la loi qui a alimenté les blocs commerciaux protectionnistes ayant conduit à la Seconde Guerre mondiale. Aucun président américain n'avait jamais utilisé cette disposition auparavant.
Avant l'échec des négociations, Washington exigeait notamment des restrictions au droit du Canada de négocier des accords commerciaux avec des pays hors Amérique du Nord et l’élimination des protections culturelles et de souveraineté. En substance, Trump exigeait que le Canada renonce aux attributs d'un État indépendant. Il l'a lui-même affirmé, raillant le Canada qui souhaite « les avantages d'être un État sans en être un », et déclarant : « NOUS N'AVONS PAS BESOIN DU CANADA, C'EST LUI QUI A BESOIN DE NOUS ! Ils réalisent 95 % de leur chiffre d'affaires avec les États-Unis, mais pour nous, c'est exactement l'inverse ! »
Les travailleurs des deux côtés de la frontière en subissent déjà les conséquences. Un tarif douanier est une taxe sur les importations répercutée sur les consommateurs par une hausse des prix. Les plus de 500 produits visés par la dernière vague de taxes – contreplaqué, ciment, produits laitiers, vêtements, appareils électroménagers, etc. – impactent directement les factures de logement, d'alimentation et d'énergie des travailleurs américains. L'imposition de droits de douane sur l'acier en 2018 a créé environ 1 000 emplois dans la sidérurgie et en a détruit 75 000 dans les industries acheteuses d’acier.
Le doublement des droits de douane sur les automobiles menace de provoquer un véritable carnage dans un secteur où les pièces traversent la frontière à de multiples reprises avant qu'un véhicule ne soit terminé. Quelque 861 000 véhicules construits au Canada ont été vendus aux États-Unis l'an dernier. Le message de Trump sur les réseaux sociaux a clairement exposé le chantage : « Produisez aux États-Unis et il n'y a AUCUN DROIT DE DOUANE. » L'objectif est le transfert massif de la production au sud de la frontière – la désindustrialisation de l'Ontario et du Québec – le chômage étant utilisé pour faire baisser les salaires dans les deux pays.
Les travailleurs canadiens en subissent déjà les conséquences depuis des années : 3 200 employés de Stellantis à Brampton sont au chômage technique depuis début 2024, plus de 1 000 emplois ont été détruits à l'usine CAMI de GM à Ingersoll, et jusqu'à 90 000 emplois sont aujourd'hui menacés. Les travailleurs américains seront touchés d'un autre côté : la liste de représailles d'Ottawa, d'une valeur de 27,6 milliards de dollars canadiens – acier, produits laitiers, électroménagers, matériel agricole, pâtes et papiers, électronique – vise des emplois dans l'industrie et l'agriculture américaines.
La bourgeoisie canadienne ne s'oppose à Trump que dans la mesure où son programme « America First » contrevient à ses propres intérêts impérialistes. En utilisant Trump comme excuse, les gouvernements libéraux de Justin Trudeau et de Carney ont fait basculer la politique officielle nettement à droite : réarmement, austérité impitoyable et destruction des droits démocratiques et sociaux des travailleurs, y compris le droit de grève.
La classe dirigeante canadienne n'est pas moins féroce dans sa persécution des immigrants, allant jusqu'à faire livrer des personnes aux agents de l'ICE, ces voyous fascistes de Trump. Ottawa ne réclame que la reconnaissance de son « droit » prioritaire aux profits tirés de l'exploitation des travailleurs et des ressources du Canada, et une place de partenaire au sein d'un bloc commercial et militaire de la «Forteresse Amérique du Nord ».
C'est pourquoi l'ensemble de l’establishment politique s'est rallié à la guerre commerciale. Carney, l'ancien banquier central, déclare : « il y a une attaque, on attaque, dans une guerre ». Lors du sommet de Davos de cette année, il a juré de maintenir l'impérialisme canadien à la « table » du pillage impérialiste afin de ne pas finir au « menu ». Difficile de formuler plus crûment le rôle du Canada comme prédateur dans le redécoupage du monde.
Aux États-Unis, les démocrates ne contestent la guerre commerciale de Trump que comme une mauvaise gestion. Le sénateur Chuck Schumer déplore que « les guerres commerciales chaotiques saignent à blanc le peuple américain », tandis que le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, rencontrait en privé Jared Kushner quelques jours avant l'entrée en vigueur des tarifs douaniers afin de discuter d'un « terrain d'entente » avec l'administration – soulignant ainsi l'unité de classe des deux partis pro-patronaux. Les démocrates soutiennent pleinement la guerre économique et le militarisme pour défendre l'hégémonie des États-Unis et n'opposent aucune opposition véritable à la dictature que Trump instaure.
De son côté, l'appareil syndical a embrassé la guerre commerciale des deux côtés de la frontière. Le président de l'UAW, Shawn Fain, a salué Stellantis pour avoir « ramené de bons emplois en Amérique » alors que les travailleurs de Brampton étaient au chômage partiel. Unifor et le Congrès du travail du Canada ne réagissent pas en s'opposant aux tarifs douaniers, mais en exigeant que le Canada impose les siens. Marty Warren, directeur national canadien des Métallurgistes unis – un syndicat qui prétend représenter les travailleurs des deux pays – a déclaré : « Ce n’est pas une guerre au sens traditionnel du terme, avec des armes et des troupes au sol, mais une guerre économique. Il appartient à notre génération de [...] ne pas perdre le contrôle de notre souveraineté et de notre économie canadienne. »
Ce nationalisme toxique va de pair avec le soutien de la bureaucratie au réarmement et aux préparatifs de guerre contre la Chine. Il cherche à canaliser l’hostilité populaire généralisée envers Trump – envers l’oligarchie, la dictature et la guerre – dans des avenues réactionnaires. Mais les travailleurs ne peuvent pas combattre l’impérialisme américain en se ralliant à la bourgeoisie impérialiste canadienne ou à l’une de ses factions.
Des millions de travailleurs à travers le continent se radicalisent et entrent en lutte. On peut citer la grève en cours de 1 400 travailleurs à l’usine National Steel Car de Hamilton, en Ontario, tandis que 10 000 travailleurs de John Deere, en Iowa, en Illinois et au Kansas, ont massivement rejeté une prolongation de convention collective de deux ans proposée par l’entreprise.
Nous appelons les travailleurs de l'automobile, les métallurgistes et tous les travailleurs des États-Unis, du Canada et du Mexique à former des comités de base, unis au sein de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base. En mobilisant la force sociale et politique de la classe ouvrière du continent, ce mouvement luttera pour : s'opposer à tous les licenciements et fermetures d'entreprises menés au nom de la guerre commerciale ; mettre fin à la guerre et à la dictature ; défendre les travailleurs immigrés et réfugiés ; et unir leurs luttes à celles des travailleurs de toute l'Amérique latine confrontés à la même violence impérialiste.
L'économie intégrée des Amériques, bâtie par la classe ouvrière de chaque pays de l'hémisphère, doit être soustraite au contrôle du secteur privé et réorganisée sur des fondements socialistes : les banques et les grandes entreprises doivent être transformées en services publics sous contrôle démocratique ouvrier, et la production doit être orientée vers les besoins sociaux plutôt que vers le profit privé et la guerre impérialiste. Cela exige que les travailleurs luttent pour prendre le pouvoir : pour des gouvernements ouvriers aux États-Unis, au Canada et dans tout l'hémisphère, et pour les États socialistes unis des Amériques.


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