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FIGAROVOX/TRIBUNE - Ce lundi 7 juillet à Téhéran ont eu lieu les funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei. Pour l’historien, la mise en scène de cet événement est révélatrice de la nature du pouvoir qui lui succède.
Docteur ès lettres et sciences humaines, spécialiste de l’histoire de l’Iran, Yves Bomati a publié récemment « L’Iran face à ses défis. 1925-2025 : un siècle d’histoire sous tension » en collaboration avec Davoud Pahlavi (Armand Colin).
Les funérailles d’un homme sont parfois le miroir d’un régime. Celles d’Ali Khamenei disent moins ce que fut son pouvoir que ce que voudrait être désormais la République islamique.
Durant six jours, de Téhéran à Qom, avant un dernier hommage à Nadjaf et Kerbela, hauts lieux du chiisme irakien, puis une inhumation à Machhad, le pouvoir iranien n’accompagne pas seulement la disparition de son Guide suprême. Il organise une démonstration politique à destination de son peuple, de ses alliés et de ses adversaires. Le Grand Mosalla, plus grand complexe de prières d’Iran, les millions d’Iraniens attendus, les drapeaux noirs du deuil et rouges de la vengeance, les références au martyre de l’imam Hossein (« Ya Hossein») inscrites jusque sur le cercueil, les slogans contre Israël, les États-Unis et Donald Trump : tout concourt à transformer la mort d’un homme en affirmation de la permanence d’un système.
Cette mise en scène s’adresse également au reste du monde. L’absence des dirigeants occidentaux contraste avec la présence de délégations venues de Russie, de Chine, du Pakistan, de Turquie, d’Irak, d’Oman, du Qatar ou encore de représentants des Talibans, du Hezbollah et du Hamas. Téhéran rappelle ainsi que son horizon stratégique s’inscrit désormais dans un espace eurasiatique et régional où l’Occident ne constitue plus le centre de gravité. La concomitance de ses cérémonies avec le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis confère à cette confrontation symbolique une portée presque historique.
L’après-Khamenei ne devrait en effet pas reproduire le modèle qui a prévalu durant plus de trente-cinq ans. Plus qu’une succession, c’est une recomposition qui s’engage.
Yves BomatiLe véritable enseignement de ces obsèques ne réside cependant ni dans l’ampleur des cortèges ni dans la ferveur des discours. Il apparaît au premier rang des cérémonies. Alors que Mojtaba Khamenei demeure absent de la scène publique, officiellement pour des raisons de sécurité, les véritables détenteurs du pouvoir sont, eux, parfaitement visibles : Mohammad Bagher Ghalibaf, Abbas Araghchi, le président Pezeshkian, les responsables du Conseil suprême de sécurité nationale, les chefs militaires et, surtout, Ahmad Vahidi, chef des Gardiens de la Révolution, dont la réapparition publique n’est certainement pas fortuite. Cette image vaut sans doute davantage qu’un long discours : elle dessine déjà l’architecture du pouvoir de demain.
L’après-Khamenei ne devrait en effet pas reproduire le modèle qui a prévalu durant plus de trente-cinq ans. Plus qu’une succession, c’est une recomposition qui s’engage. Le pouvoir devrait désormais s’exercer de manière plus collégiale, associant responsables militaires, sécuritaires, politiques et juridiques dans une gouvernance plus opaque mais moins centralisée autour d’une seule autorité. Cette organisation collective ne traduira cependant pas un partage égal des responsabilités. Derrière cette nouvelle architecture institutionnelle, les Pasdaran apparaissent d’ores et déjà comme les grands vainqueurs des derniers mois. Ils se présentent désormais comme les vainqueurs de la guerre, les garants de la sécurité nationale, les interlocuteurs incontournables des négociations et les futurs maîtres d’œuvre de la reconstruction. Leur emprise sur les appareils militaires, sécuritaires, économiques et financiers leur confère une position sans équivalent dans l’histoire de la République islamique.
Pour le peuple iranien, en revanche, cette grandiose liturgie ne change rien à l’essentiel. Inflation, pénuries, crise de l’eau, restrictions des libertés publiques, répressions et contrôle accru de la société demeurent le quotidien d’une population qui aspire moins à de nouveaux symboles qu’à davantage de liberté, de prospérité et de dignité.
Pour les puissances étrangères, une nouvelle équation s’ouvre. États-Unis, Europe, Israël, monarchies du Golfe devront désormais composer avec elle. Les négociations reprendront probablement, les intérêts pétroliers redeviendront centraux, le détroit d’Ormuz conservera toute sa valeur stratégique, mais les véritables décisions se prendront sans doute moins dans les institutions visibles que dans les cercles où les Pasdaran exerceront une influence déterminante.
Les funérailles d’Ali Khamenei n’auront donc pas seulement refermé un chapitre de l’histoire iranienne. Elles auront révélé la nature du pouvoir qui lui succède. Si les institutions survivent souvent à ceux qui les ont incarnées, elles changent parfois de visage pour mieux assurer leur propre continuité. Les cérémonies de Téhéran resteront peut-être, dans quelques années, moins comme les obsèques d’un Guide suprême que comme l’acte fondateur de l’Iran de l’après-Khamenei.


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