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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le président du PS Olivier Faure a déposé le 23 juin, avec deux autres députés, une proposition de loi pour interdire l’importation de produits des colonies israéliennes. Pour l’essayiste, cette mesure camoufle un plus grand projet : la négation de l’histoire d’Israël et de son récit.
Rachel Khan est juriste, scénariste, actrice et écrivain. Elle est l’auteur de Encore debout. La République à l’épreuve des mots (L’Observatoire, 2024).
Lorsque Olivier Faure propose d’interdire l’importation des produits israéliens, le débat semble, à première vue, bien rodé. Une mesure qui vise à légaliser un boycott de plus. Évidemment, Olivier Faure et ses alliés convoqueront le droit international et les trois mots désormais récités comme un mantra dès qu’il est question d’Israël : «génocide», «apartheid», «colonisation». On nous expliquera que seuls les produits de Judée-Samarie sont concernés, comme si nous étions des experts en termes de traçabilité.
L’affichage invoque les droits humains. Le message, lui, vise Israël. Or, cette fois un cap est franchi. Si certains contestent depuis des mois le droit d’Israël à exister, aujourd’hui, Olivier Faure en rajoute une couche. Cette interdiction d’importation révèle une bataille beaucoup plus profonde. Ce qui est attaqué, c’est ce que représente Israël.
Ce pays a transformé un désert en une terre fertile. Voilà tout. Dès lors, le véritable symbole de cette loi n’est pas l’olive, l’avocat ou le pamplemousse trouvés au supermarché. Le véritable symbole, c’est l’idée même du travail des pionniers. Car derrière chaque tomate, chaque datte ou chaque grappe de raisin israélienne, il y a cette histoire. Celle d’hommes et de femmes qui, depuis plus d’un siècle, ont choisi de faire fleurir une terre aride. Celle des premiers kibboutzim, de la coopération agricole, et ensuite des ingénieurs, leaders mondiaux de l’irrigation au goutte-à-goutte, de la désalinisation de l’eau de mer, de la reforestation, de la recherche scientifique appliquée à l’agriculture.
C’est la légitimité de ce récit, c’est cette réalité, c’est ce symbole qui est aujourd’hui sanctionné dans cette proposition de loi.
Rachel KhanIsraël n’a pas seulement développé une production. Il incarne un récit quasi-miraculeux. Le récit d’une contrainte transformée en innovation. Le récit d’une terre de sable et de pierres devenue oasis. Le récit d’une société qui a répondu au manque d’eau non par le renoncement, mais par le travail, la recherche, la création, la beauté. C’est la légitimité de ce récit, c’est cette réalité, c’est ce symbole qui est aujourd’hui sanctionné dans cette proposition de loi.
En contestant systématiquement ces productions, ce n’est pas seulement une économie que l’on vise. C’est une mémoire. C’est une œuvre. C’est une manière d’habiter la terre. Ce sont des réveils à 4h du matin, depuis un siècle, pour aller planter des pamplemousses. La haine d’Israël n’a pas de limite. Elle veut gommer le territoire, elle veut désormais gommer ce qu’a fait ce peuple. On ne délégitime plus seulement un État. On délégitime progressivement ce qu’il produit avec ses mains, ce qu’il invente avec sa tête, ce qu’il transmet avec son cœur et ce qu’il apporte au monde. Après avoir contesté les frontières, on s’attaque désormais au récit, sans savoir d’ailleurs qu’il existe de nombreux projets agricoles israélo-arabes en Judée-Samarie.
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Et puis, le calendrier de cette proposition n’a rien d’innocent. Elle sera examinée par l’Assemblée nationale en décembre, quelques mois avant l’ouverture de la campagne présidentielle de 2027. Une heureuse coïncidence, diront les plus naïfs. Depuis le 7 octobre, le conflit entre Israël et le Hamas est devenu un marqueur. Et pour certains, la haine d’Israël et des Juifs, un puissant levier électoral.
C’est précisément ce qui rend ce débat si révélateur du boycott de trop. Nous traversons une époque où les ressources deviennent stratégiques. L’eau, l’agriculture et la souveraineté alimentaire en crise sont désormais les grands enjeux de notre temps. Or, Israël est une référence mondiale en la matière.
Des délégations venues d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine s’y rendent pour étudier l’irrigation de précision, la réutilisation des eaux usées, la désalinisation, l’agriculture en milieu aride ou encore les cultures sous serre. Ils ne viennent pas chercher un récit idéologique. Ils viennent chercher des solutions. Au moment même où ce savoir-faire pourrait inspirer une partie du monde confrontée à la violence du dérèglement climatique, certains proposent de s’en éloigner, au nom des «droits humains» ! C’est une contradiction qui mérite d’être interrogée.
Car un pays peut évidemment faire l’objet de critiques politiques ou diplomatiques. Mais pourquoi le cibler encore et sur ce champ-là, lorsque ce même pays contribue à répondre à l’un des défis majeurs de notre siècle ? Tout simplement parce qu’on ne peut pas tolérer le fait qu’Israël puisse aider les peuples les plus affectés par la sécheresse. Il y a une ligne officielle de propagande à suivre : faire passer l’État hébreu comme étant responsable de tous les maux de la terre.
Dès lors, «Ce que fait Israël dans le désert, on ne veut pas le savoir et d’ailleurs s’il a des récoltes, ce ne sont que les fruits du génocide, de l’apartheid et de la colonisation, voilà tout». Ce qu’ignore Olivier Faure et qui devrait aussi intéresser certains communistes, c’est qu’en Israël, la terre n’est pas une propriété ! C’est une responsabilité.
Une société qui partage ensuite ces innovations avec d’autres pays raconte une histoire de transmission et d’évolution de l’humanité.
Rachel KhanElle est uniquement confiée pour être cultivée, préservée, transmise et rendue plus féconde qu’elle ne l’était. Cette conception irrigue toute l’histoire du pays et explique en partie cette volonté constante de transformer la contrainte en création. Mais, peut-être est-ce aussi cela qui dérange ? Et puis, une société qui transforme un désert en terres cultivables raconte une histoire d’espérance. Une société qui invente des solutions pour économiser l’eau raconte une histoire d’avenir. Une société qui partage ensuite ces innovations avec d’autres pays raconte une histoire de transmission et d’évolution de l’humanité.
Dans les grandes confrontations idéologiques, on commence rarement par effacer les hommes. On commence par délégitimer ce qu’ils ont construit. On conteste leurs œuvres, leurs réalisations, leurs apports, jusqu’à rendre invisibles les raisons mêmes pour lesquelles ils sont admirés.
C’est peut-être ce déplacement que nous sommes en train de vivre avec Olivier Faure. Le sujet n’est donc pas seulement celui qui nous est présenté. On nous parle d’importations des «colonies» pour mieux masquer ce qui est à l’œuvre : la négation de l’histoire d’Israël, de son récit, du travail réalisé à la sueur de son front, de sa recherche, de son savoir-faire.
Après les interdictions des artistes et de la culture, voici le boycott de l’agriculture. Alors, dans nos démocraties, deux conceptions s’affrontent. L’une instrumentalise un conflit au service d’un calcul électoral et fait de l’interdiction un horizon. L’autre transforme une contrainte en création, le désert en terre fertile, et partage avec le monde des innovations devenues essentielles. Pendant que l’Europe connaît des épisodes de chaleur extrême, pendant que les agriculteurs français croulent sous les normes et cherchent dans le même temps comment produire avec moins d’eau, on aurait attendu des propositions fortes pour les soutenir. À la place, Olivier Faure, dans la lignée du BDS, nous offre un énième boycott contre Israël.


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