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Le gigot d'agneau de Pâques, plat séculaire, n'est pourtant pas toujours préparé avec de la viande française. L'agneau néo-zélandais, sous vide et moins cher, lui fait concurrence.
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Par Emma Derome Publié le 3 avr. 2026 à 6h00
Ce sont des agneaux qui ont eu une « plus longue carrière morts que vivants », disent les éleveurs. Parce qu’ils ont probablement eu une vie moins longue, en Nouvelle-Zélande, que le temps qu’il a fallu pour transporter leur viande sur les 18 000 kilomètres de distance qui les séparent de la France. À l’approche de Pâques, cette viande de jeune mouton néo-zélandais va inonder les rayons des supermarchés, à cette période où encore beaucoup de foyers français cuisinent traditionnellement le fameux gigot d’agneau.
Ces pièces vendues sous vide, qui ont mis une centaine de jours à atteindre l’Hexagone, peuvent séduire la clientèle parce qu’elles sont moitié moins chères que les viandes françaises. Quand le prix d’un gigot d’agneau français se situe entre 25 et 30 euros, l’agneau d’importation néo-zélandaise peut être proposé entre 9 et 14 euros.
Jusqu’à 10 000 animaux par élevage
Comment est-ce possible ? On a posé la question à Patrick Soury, éleveur de brebis en Charente et vice-président de la Fédération nationale ovine (FNO), qui y voit trois raisons.
« D’abord, les producteurs français ont fait un énorme travail en termes qualitatifs », nous explique-t-il. « Sur la traçabilité des animaux – de l’exploitation à l’abattoir, jusqu’à la coopérative et le consommateur – sur les conditions d’élevage (réduction de l’utilisation d’antibiotiques, taille de l’exploitation…), de bien-être animal, notamment en termes de transports, et sur les normes des outils d’abattage. »
En France, on a toutes ces exigences qui contribuent à gagner en qualité, mais tout ça a également contribué à augmenter les coûts de production. À juste titre, pour répondre aux attentes sociétales, on a progressé. Et ce n'est pas tout à fait la même chose dans les pays tiers.
La taille de l’exploitation est un élément déterminant permettant de réduire les coûts, selon l’éleveur. « On n’est pas non plus sur les mêmes dimensions d’exploitation. Chez nous, on est entre 400 et 600 animaux par élevage spécialisé ovin. En Nouvelle-Zélande ou en Australie, on est plutôt entre 4 000 et 10 000 animaux par élevage. »
Des pays qui, par ailleurs, élèvent les moutons davantage pour leur laine que pour leur viande, ce qui leur permet de baisser autant les prix.
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Un accord commercial avec l’Australie qui fait peur aux éleveurs
Et malgré le fait que ce gigot traverse la moitié de la planète, ce qui représente, on l’imagine, un certain coût de transport, la viande reste bien moins chère. « C’est de la viande qui est sous atmosphère modifiée et réfrigérée, à environ 4°C, transportée par bateau, ce qui permet aussi d’abaisser le coût du transport », assure Patrick Soury.
Quand un animal naît sur mon exploitation, le même jour, il peut y avoir un agneau qui va être abattu en Nouvelle-Zélande. Pourtant les deux vont être proposés en même temps au consommateur. C’est-à-dire que l’agneau français va avoir entre 100 et 150 jours d’âge. Et l’agneau de Nouvelle-Zélande va avoir jusqu’à 150 jours de temps de transport et conservation. Alors, c’est permis, mais vous imaginez bien que la qualité n’est pas tout à fait la même.
La présence de ces viandes est rendue possible grâce à un accord de libre-échange passé avec l’Union européenne. C’est-à-dire que le pays du kiwi dispose d’un quota en tonnes sur lequel il n’est pas soumis aux droits de douane européens. Mais en réalité, il n’utilise que 50 % de ce qu’il a le droit d’envoyer « gratuitement » à l’UE.
Ce qui n’est pas le cas, par ailleurs, pour la viande ovine australienne. L’UE vient en effet d’approuver un accord de libre-échange avec l’Australie lui permettant d’importer beaucoup plus de viande ovine qu’avant.
« En ce qui concerne l’Australie, avant la signature des derniers accords, ils avaient un tout petit contingent de 3 800 tonnes qu’ils honoraient à 100 %. Et demain, ce sont 20 000 tonnes supplémentaires qui vont être envoyées, progressivement sur quelques années, et on craint que l’Australie honore à 100 % ces contingents », disserte Patrick Soury, ajoutant que la viande australienne est également moins chère que la viande française.
Ce qui nous heurte profondément, c’est qu'on fasse rentrer des viandes qui ne correspondent pas aux normes qu’on s’est imposées, à nos valeurs, à nos objectifs de qualité, et qu'on permette à ces viandes étrangères d'être vendues à des coûts beaucoup plus faibles. Il y a une distorsion de concurrence.
En France, seule 41 % de la viande ovine consommée est produite sur le territoire national, le reste provient d’importations européennes et mondiales. Il faut dire qu’en 40 ans, la moitié du cheptel français et les deux tiers des éleveurs ovins ont disparu.
Alors, aujourd’hui, acheter français est un geste politique. « C’est plus cher, on en a bien conscience. Mais c’est ce qui permet de maintenir les éleveurs, et de soutenir le renouvellement des générations. C’est le challenge qu’on doit relever, nous, d’assurer cette transmission des savoir-faire de l’élevage », manifeste le représentant de la filière.
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